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Crise au Conseil scolaire francophone?

Une femme se tient la tête en regardant des documents, assise à un bureau dans une classe, avec le tableau derrière elle.

Le CSF s'inquiète de la santé psychologique de son personnel éducatif.

Photo : getty images/istockphoto / coscaron

Radio-Canada

Le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF) doit composer avec des employés qui sont en détresse psychologique, des personnes à des postes importants qui partent en congé de maladie et des charges de travail énormes.

Un texte de Julie Landry

La dernière année a été éprouvante pour tous les conseils scolaires de la Colombie-Britannique à cause de la pénurie de personnel, mais la situation semble être pire au CSF.

Le conseil francophone a le défi supplémentaire de devoir trouver des employés qui parlent français et il est le seul à avoir des écoles partout dans la province. Les syndicats admettent que les conditions de travail se sont détériorées au cours des dernières années.

Le Conseil scolaire francophone de la C.-B.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Conseil scolaire francophone de la C.-B.

Photo : CSF

Sébastien Théberge dit en savoir quelque chose. Il avait été embauché à l’été 2017 pour travailler comme enseignant à l’école virtuelle, mais il ajoute qu'il a vite compris qu’il n’arriverait pas à remplir ses objectifs. « La tâche qu’on me demandait était tout simplement trop grande, et puis, bien que je sois un grand travailleur et vraiment dévoué, j’arrivais à peine à faire la moitié de ce qu’on me demandait. »

Après avoir travaillé sept jours sur sept et tous les soirs pendant six semaines, il a démissionné.

Citation sur une image portrait de Sébastien Théberge, ancien employé du CSF, école virtuelle : « Je voyais que j’allais vers un épuisement mental, c’était certain. C’était juste une question de temps, et non pas d’organisation. »Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sébastien Théberge, ancien employé du CSF, école virtuelle

Photo : Radio-Canada

Il aurait souhaité avoir plus d’aide du CSF au bureau central de Richmond où il travaillait, mais il dit qu'il a rapidement compris qu’il devait se débrouiller tout seul. « Quand on a des problèmes, on ne sait pas vers qui se tourner parce que tout le monde est un peu dans le même bain », se souvient-il. « Je n’avais plus de sourire à la fin, et puis, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de gens qui n’avaient pas de vrais sourires là-bas. »

Une inquiétude partagée

Les syndicats s’inquiètent justement pour la santé psychologique des enseignants. « De notre point de vue, je dirais que c’est de moins en moins facile pour nos enseignants. Les commentaires qu’on reçoit, c’est que (il y a) beaucoup de changements, peu de temps pour faire de la réflexion, aussi des difficultés au niveau du soutien dans les écoles. Je dirais que la conjoncture actuelle, et des dernières années, la tendance, c’est que c’est de moins en moins facile dans nos écoles », constate la présidente du Syndicat des enseignant(e)s du programme francophone de la Colombie-Britannique (SEPFCB), Linda Thériault.

Même constat de la part de Francine Bisson, présidente de la section locale 4227 du Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente le personnel de soutien.

Moi, je dirais que j’ai vu une dégradation dans les dernières années.

Francine Bisson, présidente, section locale 4227, SCFP

« Il y a des gens, encore là, qui sont possiblement en détresse psychologique et qui n’ont pas été capables de rester à l’emploi, et d’autres qui ont quitté [leur emploi] pour des emplois ailleurs [...] Alors là, ça affecte le moral des autres, et ça devient de plus en plus difficile pour tout le monde », constate-t-elle. Elle accuse une décennie de sous-financement gouvernemental.

Francine Bisson en entrevue, dans sa salle à manger. En citation sur l'image : « Je crois que les conseils scolaires ont été mis dans des situations très difficiles. »Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Francine Bisson, présidente de la section locale 4227 (du SCPF) qui représente le personnel de soutien au CSF, dénonce le sous-financement gouvernemental

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Problèmes de communication?

Ce sentiment d’être laissé à soi-même a aussi été constaté par une autre personne qui veut conserver l’anonymat par peur de conséquences professionnelles et qui connaît bien les relations entre les directions d’écoles et la direction générale.

Cette personne dénonce, entre autres, le manque de communication entre le conseil d’administration, la haute direction et les directions d’école. « On ne les voit pas, on ne les entend pas. On reçoit peut-être de petites bribes d’information et quand on les reçoit, c’est des décisions déjà données. C’est un peu ça, la frustration. [Les directions d'écoles font] partie de l’équipe de gestion du CSF sur papier, mais pas en pratique », constate cette personne.

Ces propos sont corroborés par la présidente du SEPFCB, Linda Thériault. « Je peux dire aussi qu’au niveau de la communication, c’est une communication très structurée, très organisée, très hiérarchique aussi. Donc, ce n’est pas fluide, ça amène des défis de compréhension. »

Le CSF aussi s’inquiète

La présidente du Conseil d’administration du CSF, Marie-France Lapierre admet que la pénurie d’employés a fini par se faire ressentir. « Il y a eu quand même des congés de maladie à des postes importants au niveau du bureau central. Donc, c’est bien évident que ç'a eu un impact. » Elle dit par ailleurs avoir assisté aux trois dernières rencontres régulières des directeurs d’école, ce qui démontre sa disponibilité.

Le directeur du Conseil scolaire francophone, Bertrand Dupain, dit s'inquiéter pour ces personnes qui ne tiennent pas le coup. Il croit cependant que les problèmes sont les mêmes dans tous les conseils scolaires. « Il y a quelque chose dans la profession qui ne va pas », dit-il. Il constate que les directions d’école sont tellement prises par les problèmes quotidiens, comme la gestion du remplacement des enseignants, qu’elles n’ont pas le temps de répondre à leur vocation première.

Un directeur d’école ça devrait être, avant tout, un leader pédagogique dans son école.

Bertrand Dupain, directeur général, CSF

Au sujet du manque de communication entre les départements, il se dit surpris et désolé. Il veut tout faire pour améliorer la situation.

Bertrand Dupain en entrevue dans la salle de conférence du bureau central de Richmond. Citation sur l'image : « Je suis prêt à regarder tous les cas puis si on a fait une erreur, de la réparer. »Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le directeur du CSF, Bertrand Dupain

Photo : Radio-Canada / Harold Dupuis

La directrice des ressources humaines, Kapka Djarova, dit n’avoir reçu aucune plainte au sujet de la surcharge de travail, même si elle admet que la pénurie d’employés fait mal. Elle précise toutefois qu’il n’y a pas un nombre accru de congés de maladie depuis les deux dernières années.

Malgré les défis, Mme Djarova est très optimiste pour l’avenir, entre autres, parce que les campagnes de recrutement pour septembre 2018 vont bon train. Et elle est rassurée de voir le sentiment d’entraide entre les employés : « On se serre les coudes quand ça ne va pas et on continue ensemble. »

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