•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les veaux mâles, ces mal-aimés de l’industrie laitière

De jeunes veaux mâles dans un enclos
Les veaux mâles sont envoyés trop jeunes à l’encan parce que les producteurs laitiers estiment qu’ils nuisent à leur rentabilité. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Des voix s'élèvent au sein du milieu agricole pour améliorer le sort réservé aux veaux mâles dans l'industrie laitière. Certains producteurs ont pris l'habitude de les envoyer beaucoup trop jeunes à l'encan, ce qui compromet leur santé.

Un texte de Julie Vaillancourt, de La semaine verte

La discrimination existe dans un domaine où on ne l’attendait pas : dans les étables des producteurs laitiers qui se débarrassent trop rapidement des jeunes mâles, un genre qui leur rapporte peu ou pas d’argent.

La raison est toute simple, explique Denis Fortier, un producteur laitier de Honfleur dans la région de Bellechasse. « On n’a aucun avantage à garder un veau mâle parce qu’il ne produit pas de lait. Moi, mon revenu principal, c’est le lait. »

Denis FortierLe producteur laitier Denis Fortier Photo : Radio-Canada

Jusqu’ici, rien d’anormal. Les veaux mâles que les producteurs ne gardent pas pour la reproduction sont vendus à l’encan et envoyés par la suite dans des fermes où on les engraisse en attendant qu’ils aient atteint le poids requis pour l’abattage.

Là où le bât blesse, c’est ce qui se produit entre leur séjour à la ferme laitière et la ferme d’engraissement. Les producteurs envoient les animaux dans des encans où ils sont vendus aux enchères. Les veaux sont souvent âgés d’à peine quelques jours lorsqu’ils font ce voyage en camion.

Maxence Paiement, un producteur laitier de Mirabel, ne s’en cache pas. « J’envoie mes veaux mâles à l’encan le plus rapidement possible, trois ou quatre jours après le vêlage. Ça m’évite de nourrir des animaux qui ne me rapporteront rien à long terme », explique-t-il.

Pour écouter le reportage de Julie Vaillancourt et Michel Rock Poirier, rendez-vous sur la page de l’émission La semaine verte.

Des veaux beaucoup trop jeunes à l’encan

L'animal semble très jeune.Un veau est mis aux enchères. Photo : Radio-Canada

En décembre dernier, nous avons assisté à la vente aux enchères des veaux à l’encan de Saint-Hyacinthe en compagnie de Bob Wynands, président de l’Association canadienne du veau. M. Wynands est aussi responsable des achats de nourrissons pour la compagnie Délimax, la principale entreprise de l’industrie du veau lourd au Québec.

J’ai vu des veaux âgés de un à deux jours, leur nombril n’était même pas sec! C’est une indication que le veau est beaucoup trop jeune pour avoir quitté la ferme.

Bob Wynands

Selon lui, les mâles sont également plus souvent privés de colostrum que les femelles. Le premier lait donné à la naissance permet pourtant de renforcer le système immunitaire des animaux.

« Lorsqu’on fait des tests sanguins, on constate que les génisses ont généralement reçu du colostrum, alors que seulement 30 % des petits bœufs en ont eu, explique Bob Wynands. On travaille pour que les producteurs comprennent que le mâle a autant besoin de colostrum que la femelle. »

Bob WynandsLe président de l’Association canadienne du veau, et responsable des achats de nourrissons chez Délimax, Bob Wynands Photo : Radio-Canada

Les Producteurs bovins du Québec tentent de corriger le tir. L’organisation a même conçu des capsules vidéo éducatives à l’intention de ses membres, dont une qui porte spécifiquement sur le statut des mâles dans la hiérarchie familiale bovine.

« Il faut s’occuper autant des veaux mâles que des génisses, et cela, même s’ils ne restent pas longtemps dans l’entreprise », martèle Louis Blouin, directeur de mise en marché de l’association.

Des veaux euthanasiés

Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation tente de mettre au pas les producteurs laitiers récalcitrants.

Un de ses vétérinaires a fait euthanasier 50 veaux à l’encan de Saint-Isidore, en Beauce, l’automne dernier, en majorité parce qu’ils étaient mal en point. Le document d’inspection, dont nous avons obtenu copie, indique que les animaux souffraient de « maigreur, faiblesse, diarrhée, infection ombilicale […] des problèmes qui affectent la capacité des veaux à être transportés sans douleur ».

Luc BergeronLe vétérinaire Luc Bergeron de la Direction de la santé animale du MAPAQ Photo : Radio-Canada

Sans vouloir commenter ce cas précis, le vétérinaire Luc Bergeron de la Direction de la santé animale du MAPAQ souligne la nécessité de changer les mentalités.

« Les jeunes veaux de moins de quatorze jours n’ont pas le système immunitaire suffisamment développé pour faire face à un stress tel que le transport, le temps d’attente à l’encan et la mise en marché, souligne-t-il. Ces animaux-là sont plus susceptibles de contracter différentes maladies, notamment tout ce qui est diarrhées néo-natales. »

Quatorze jours, c’est un minimum avant d’envoyer les mâles à l’encan, selon l’Association canadienne du veau (ACV).

« Si on se compare avec l’Europe, là-bas, le taux de mortalité des veaux en démarrage est de 2 % parce que les animaux quittent la ferme entre 14 et 21 jours après la naissance. Ici, la mortalité dans les élevages de veaux est d’environ 10 % », résume Bob Wynands, président de l’ACV.

Ils sont assis et regardent avec attention l'enchère.Des acheteurs potentiels évaluent le veau qui leur est présenté à l’encan de Saint-Hyacinthe. Photo : Radio-Canada

Mais la recommandation de garder les veaux quatorze jours à la ferme embête bien des producteurs laitiers.

Denis Fortier y voit un obstacle à la rentabilité de son entreprise. « Présentement, les infrastructures ne sont pas conçues pour ça, dit-il. Je ne peux pas garder un veau deux semaines, parce qu’on doit les mettre seuls dans des enclos en attendant de les envoyer à l’encan. »

« À raison de trois ou quatre naissances par semaine, je n’ai pas assez d’espace sur ma ferme pour loger tous ces animaux-là, poursuit le producteur laitier. Et en plus, si je dois le nourrir une semaine de plus, il faudrait que les acheteurs payent en conséquence, ce qu’ils ne semblent pas prêts à faire. »

Quels types de veaux élevons-nous au Québec?

Les veaux de lait et les veaux de grain sont les deux types de veaux élevés au Québec dans le but d'en faire de la viande.

Les veaux de lait, dont la viande est rosée et pâle, sont nourris de lait en poudre reconstitué, un produit qui s’apparente au lait maternisé. Ils ingéraient auparavant strictement une diète liquide. Les défenseurs des droits des animaux, faisant valoir qu’il est cruel d’interdire à ces ruminants d’utiliser leurs dents, ont réussi à faire ajouter des grains à leur alimentation.

Les veaux de grains sont quant à eux nourris avec du lait reconstitué au début de leur séjour en pouponnière. Puis, lorsqu’ils sont sevrés, la nourriture solide est introduite dans leur diète. C’est grâce à cette alimentation de maïs-grain et de suppléments protéiques que la viande du veau de grain acquiert sa couleur rose foncé.

Les éleveurs de la province produisent annuellement environ 114 000 veaux de lait et 70 000 veaux de grain.

Industrie alimentaire

Société