•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Portrait en cinq temps, à six mois des élections québécoises

Le ministre des Finances Carlos Leitao et le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.
Le ministre des Finances Carlos Leitao et le premier ministre du Québec, Philippe Couillard. Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Radio-Canada

On vient de passer deux caps importants en politique québécoise : depuis la fin de semaine, nous sommes à moins de six mois de l'élection du 1er octobre prochain et, avec le cinquième budget Leitao, on peut dire que le gouvernement Couillard a fait son lit et ne peut plus tellement lancer de nouvelles initiatives avant l'élection. Bref, voici le moment parfait pour tracer le portrait des forces en présence. Un portrait en cinq temps.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

1. Cette élection se jouera circonscription par circonscription

C’est presque un cliché de dire qu’il n’y a pas une, mais 125 élections. Cela a rarement été aussi vrai que cette année. Regardez la liste des principales promesses du budget Leitao et leur impact régional.

Le Réseau express métropolitain (REM) permettra de sécuriser l’appui des électeurs des circonscriptions de l’ouest de l’île, où les libéraux craignent une certaine montée de la Coalition avenir Québec (CAQ). Le prolongement de la ligne bleue du métro se situe exactement dans, ou à proximité, d’une série de circonscriptions libérales dans le nord-est de l’île de Montréal, où la CAQ pourrait faire une percée.

La région de Québec est choyée avec deux systèmes de transport en commun, l’un à Québec, l’autre à Lévis et le bureau de projet du fameux « troisième lien », dont la CAQ se fait la championne, même si on n'a aucune idée des coûts ni du tracé.

(En passant, un bureau de projet est une très belle façon d’avoir l’air de dire oui tout en se réservant le droit de dire non un peu plus tard.)

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, cher au cœur du premier ministre, et pour la Côte-Nord, un autre bureau de projet pour un pont entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine, deux municipalités situées à l’embouchure de la rivière Saguenay. Il se trouverait à détruire un des plus beaux paysages naturels du Québec et un écosystème fragile, mais c’est le temps de promettre, pas de construire!

Bref, on voit combien les projets sont ciblés et, dans le contexte d’une élection possible d'un gouvernement minoritaire, chaque siège va compter au soir du 1er octobre.

2. Avec un nombre important de luttes à trois, tout est possible

Dans notre système à un tour de scrutin, tout devient possible dans des luttes à trois : le candidat qu’on n'attendait pas peut facilement se faufiler entre les deux favoris. Regardez l’élection fédérale de 2015 : le Bloc québécois est passé de 23 % des voix à 19 %. Pourtant il a gagné 10 sièges plutôt que seulement 4.

À l'autre bout du spectre, le NPD, qui avait bénéficié de ces luttes à trois en 2011 (59 sièges avec 43 % des voix), a remporté seulement 16 sièges avec 25 % des voix quatre ans plus tard.

Cette élection pourrait être une véritable boîte à surprises, et particulièrement cette année. On peut s’attendre à des imprévus tant locaux que nationaux.

3. Les trois grands partis sont encore dans la course, même le PQ

Une petite différence dans le nombre de voix pourrait signifier une grande différence dans le nombre de sièges. Ce qui fait que personne n’est, d’emblée, hors jeu à ce moment-ci. Cela est particulièrement vrai pour le Parti québécois (PQ), même s’il est actuellement troisième dans les sondages.

Un résultat de 19 % du vote populaire, comme on l’a vu dans de récents sondages, pourrait l’empêcher d’avoir un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. Mais un progrès de quelques points pourrait lui donner plusieurs sièges supplémentaires.

Et comme le vote du PQ est concentré dans les régions-ressources, qui détiennent un nombre plus important de sièges que leur part du vote populaire, rien n’est à exclure pour Jean-François Lisée et son parti. Les chances de former le prochain gouvernement ne sont pas très fortes, mais ce n’est pas complètement impossible non plus dans le contexte actuel.

4. La CAQ est première dans les sondages, mais elle n’est pas encore clairement en territoire majoritaire

La CAQ est en tête dans presque tous les sondages depuis maintenant six mois, mais elle n’a jamais dépassé le seuil de 40 % d'appuis. Or, aucun parti n’a jamais formé un gouvernement majoritaire avec moins de 40 % des voix. Et certains signes montrent un plafonnement des appuis à la CAQ.

Il faudra attendre de voir la plateforme électorale de la CAQ et sa capacité de la défendre avec des candidats connus et expérimentés avant de voir ce qui pourrait arriver.

Aux dernières élections, Philippe Couillard, peu connu pour ses affinités avec le monde de l’économie, avait réussi un grand coup avec la présentation de son « trio économique » formé de Carlos Leitao, feu Jacques Daoust et Martin Coiteux. M. Legault a une semblable obligation d’ici au début de la campagne électorale.

5. Les libéraux finissent toujours par être plus forts qu’on le pense

Même dans ses pires défaites, comme en 1976, 1994 et 2012, les libéraux trouvent le moyen de ne pas tout perdre. En particulier, ils ont un don pour garder une représentation importante dans presque toutes les régions du Québec. La « prime de l’urne », cette portion d’électeurs discrets qui ne paraissent pas dans les sondages, vote normalement pour les libéraux.

Et les libéraux sont au pouvoir, l’économie va bien, le taux de chômage est bas et ils viennent de faire un budget électoraliste qui pourrait séduire certains électeurs. Normalement, ce devrait être un signe d’une réélection facile. Mais les libéraux traînent encore des casseroles en matière d’éthique et doivent craindre une descente de l’UPAC au mauvais moment.

Politique provinciale

Politique