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Le premier album de Lydia Képinski voit le jour

Lydia Képinski
Lydia Képinski Photo: Radio-Canada / Pascale Fontaine
Radio-Canada

Un peu moins d'un an après avoir été propulsée par sa victoire aux Francouvertes, Lydia Képinski s'offre, mardi, une naissance artistique au lendemain de Pâques, en lançant son tout premier opus, Premier juin, en version numérique.

Un texte de Pascale Fontaine

Drôle de moment pour sortir un album, le 3 avril, un mardi, en revenant du congé pascal, non? « Avec quatre jours de congé, les gens ont pu regoûter à la vie et ils sont retournés travailler tellement déprimés », lance, moqueuse, l'auteure-compositrice-interprète, accoudée au bar du Darling, à deux pas de l'ancienne maison de Leonard Cohen. « Ils vont voir surgir sur Internet l’album de Lydia Képinski et ils vont pouvoir, premièrement, vivre leur peine, et deuxièmement, retrouver l’espoir. C’est très stratégique finalement, cet “adon”. »

Ce « hasard » semble étonnamment en phase avec le concept de l'album, oscillant entre la mort et la lumière. Le tout livré à la sauce Képinski : frontal, avec une voix plus assurée qui se promène entre la dissonance et le parler, question de garder les auditeurs en haleine.

Pochette de l'album Premier juin de Lydia KépinskiPochette de l'album Premier juin de Lydia Képinski Photo : Illustration : Marianne Tremblay / Graphisme : Pier-Philippe Rioux

Épitaphe?

« Lydia is dead », lisait-on déjà vendredi sur son site. Cette pierre tombale numérique d’un jaune criard laisse présager un coup d'éclat, mais n'a provoqué que des éclats de rire chez Lydia Képinski.

« C'est ça qui est drôle : j'annonce ma mort, mais je ne suis pas morte. Le jaune, c'est la mort, la naissance... deux extrémités qui se rejoignent », explique-t-elle. Son seul coup d’éclat de la journée, finalement, est de mettre ses dernières créations en ligne.

Rien que ça. Ou plutôt tout ça : tuer l'adolescente et ses angoisses pour faire naître l'artiste. L'âge adulte, le non-amour, les relations abusives, la maladie mentale et la mort sont au coeur de Premier juin, date d’anniversaire de la jeune femme.

Je n'ai pas tant ça eu recours à la fiction. C'est pas mal tout du vécu. C'est pour ça que c’est viscéral, mais c'est bizarre de mettre [ses idées noires] sur un piédestal [et] de mettre la hache dedans. [...] Avec mes chansons, je veux catalyser tout ça et célébrer la vie.

« Le plus proche de la mort que j'ai pu vivre, c'est d'avoir eu des pensées suicidaires, explique l’artiste de 23 ans. Ma façon de vivre avec ça, c'est d'écrire des chansons. L'an passé, j'ai écrit une toune sur la fin de l'adolescence, je pense avoir vu le bout. À partir de là, ça devrait être plus smooth. »

Mallarmé sur vélin

Pas de mythologie pour illustrer son vague à l'âme cette fois-ci. Les références sont plus contemporaines : Stéphane Mallarmé, à qui elle a emprunté un vers, caché dans une vieille édition en vélin, pour Les balançoires (« Jamais un coup de dé n'abolira le hasard »), ainsi que le parc Belmont, notamment celui que chante Diane Dufresne flirtant avec la folie, la mort et le plaisir.

« [Dans Belmont], il y a une métaphore avec les montagnes russes », raconte-t-elle à propos de cette chanson relatant une relation abusive « à s'éclater les genoux sur le trottoir ». « Quand t’es avec quelqu’un, t’as des hauts et des bas, puis là, tu penses que c’est fini, et non, ça revient (rires) : avoir la tête qui tourne avec une petite envie de vomir. »

Celle qui étudie en littérature et en cinéma à l’Université de Montréal est loin d’avoir la langue dans sa poche cette fois-ci, contrairement à d’autres entrevues qu’elle a pu donner, baveuse, un peu refermée sur elle-même.

Il y a quelque chose en moi qui a envie de faire la révolution, mais il faut que j’apprenne à le faire avec amour et vulnérabilité. C’est une chose avec laquelle j’ai de la difficulté à vivre sur scène, parce que je me sens déjà tellement vulnérable dans mes textes.

Elle espère qu’au cours des prochaines années, les gens percevront la générosité dans son art, qu’ils ne se buteront pas nécessairement devant son ironie et son arrogance.

Sortie souvent repoussée

Ce premier opus devait sortir initialement l'automne dernier, mais la quarantaine de spectacles – qui ont déboulé avec sa victoire aux Francouvertes – en ont repoussé l'enregistrement. Ces prestations ont toutefois permis à Lydia Képinski de gagner en expérience pour arriver en studio bien solide, la voix plus posée, moins éthérée.

Pas question d’aguicher les auditeurs. Au lieu de livrer un single – qu'elle compare au petit chocolat sur un gâteau alléchant qu'on ne peut goûter –, Lydia fait un lancement en deux temps : un album numérique, puis un album physique, monté comme un livre, qu’elle lancera, en chair et en os, le 1er juin au Centre Phi. D'ici là, elle est ses musiciens auront environ huit semaines pour étrenner les nouvelles chansons, notamment au festival Santa Teresa au mois de mai.

Lydia Képinski, qui avoue encore ne pas connaître son public, aura-t-elle alors l’occasion de faire connaissance avec celui-ci? Avec quelques spectacles qui portent enfin son nom, nous le lui souhaitons.


Premier juin
Lydia Képinski
Réalisation : Blaise Borboën-Léonard
Offert en format numérique
Lancement le 1er juin au centre Phi

Musique

Arts