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Des leaders autochtones s’indignent contre le refus du pape de s’excuser

Le grand chef de la nation Nishnawbe Aski, Alvin Fiddler.
Le grand chef de la Nation Nishnawbe Aski, Alvin Fiddler Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Des chefs autochtones nord-ontariens déplorent la décision du pape François de ne pas « répondre personnellement » à la demande formulée par la Commission de vérité et réconciliation. Celle-ci recommandait au souverain pontife de s'excuser auprès des survivants des pensionnats autochtones et de leurs familles pour le rôle qu'a joué l'Église catholique dans la gestion de ces institutions.

« Je suis tellement indigné que je ne remettrai plus les pieds dans une église catholique », lance le grand chef du conseil de la Nation Anichinabée, Patrick Madahbee. Il indique ne pas comprendre le verdict, d’autant plus que l’Église intervient davantage auprès de la jeunesse autochtone pour démontrer son engagement envers le processus de réconciliation. « On ne peut pas dire une chose et faire le contraire », ajoute-t-il.

Le chef de la Nation Nishnawbe Aski, Alvin Fiddler, se dit « très déçu ». Il estime également que « les excuses du pape auraient été d’une grande importance et auraient permis d’enclencher un processus de guérison pour tous ceux et celles qui ont vécu des atrocités dans les écoles résidentielles ».

Justin Trudeau avec le grand chef de la Nation Nishnawbe Aski, Alvin Fiddler, et des membres du conseil de bandeJustin Trudeau avec le grand chef de la Nation Nishnawbe Aski, Alvin Fiddler, et des membres du conseil de bande Photo : La Presse canadienne / John Woods

La décision du pape François a été rendue publique par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) dans une lettre qu’elle a publiée le 27 mars.

Pour le chef Madahbee, « l’Église protège [ainsi] des auteurs de crimes ».

Les deux leaders autochtones disent ne pas comprendre la réticence du pape, alors qu'il a déjà transmis ses excuses pour les torts causés par l’Église catholique, notamment envers des communautés autochtones de l’Amérique du Sud. « Pourquoi ne s’excuserait-il pas dans ce cas? », se demande le chef Fiddler.

Ce dernier fait savoir qu’il tentera d’organiser, de concert avec les chefs autochtones régionaux et nationaux, une campagne afin d’exiger de nouveau des excuses au pape. Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a indiqué dans une déclaration qu’il demandera une audience au pape dans les plus brefs délais pour discuter du sujet.

Charlie AngusCharlie Angus Photo : La Presse canadienne

À l’Église canadienne de s’expliquer, dit Charlie Angus

La réponse du pape François surprend le député fédéral de Timmins-Baie James, Charlie Angus. L’ardent défenseur des causes autochtones dit avoir « beaucoup de respect pour le pape et pour sa vision de la réconciliation dans le monde », mais renvoie la balle dans le camp des responsables de l’Église au Canada.

Les crimes sexuels et les tortures contre les enfants sont le résultat d’une politique systémique des églises catholiques du pays. C’est le rôle des évêques d’expliquer le blocage de la réconciliation.

Charlie Angus

Pas d’excuses « personnelles »

Des membres de la Conférence des évêques catholiques du Canada ont rencontré le pape et le corps diplomatique du Vatican. Toutefois, même parmi le clergé canadien, « il y avait des réticences » avec le fait de demander au pape de s'excuser, selon le président de la CECC, Mgr Lionel Gendron. « Nous lui avons exprimé le plus de contenu possible pour que sa décision puisse se prendre objectivement », déclare celui qui est également l’évêque du diocèse de Saint-Jean-Longueuil.

Pour Mgr Gendron, la réponse du pape ne devrait pas être interprétée comme un manque d’engagement envers les peuples autochtones du Canada. « S’il venait au Canada, c’est sûr qu’il [leur] donnerait un temps privilégié », dit-il. Il estime que la raison du refus réside ailleurs.

Nous ne devons pas réagir à cause de la demande de la Commission de vérité et réconciliation, nous devons réagir, comme évêques et comme Église, au nom de l’Évangile.

Mgr Lionel Gendron, président de la CECC

Mgr Lionel Gendron compare la situation au refus du premier ministre Pierre Elliott Trudeau en 1984 de s’excuser auprès des Canadiens d’origine japonaise internés pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Il a dit qu’il ne pouvait pas s’excuser pour des choses qu’il n’avait pas faites. On ne peut pas rectifier l’histoire. Ce que l’on peut faire, c’est d’arriver à être justes aujourd’hui. Le pape et nous, les évêques canadiens, nous voulons prendre des mesures justement pour briser ces injustices qui étaient pratiquement systémiques à une époque », fait savoir Mgr Gendron.

L’appel à l’action de la Commission de vérité et réconciliation ne ferait d’ailleurs pas l’unanimité chez les Autochtones, toujours selon l’évêque. « Il y a des gens autochtones qui m’ont dit que la façon de demander était même impolie. Au fond, on peut inviter mais sans pression. Il faut laisser la liberté à l’autre de répondre », explique-t-il.

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