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  • Exclusif
  • Un mur patrimonial de l'Hôtel-Dieu détruit « sans autorisation »

    Le reportage de Laurent Therrien
    Radio-Canada

    Une portion du mur d'enceinte de l'Hôtel-Dieu, vieille de 157 ans, a été détruite par le CHUM alors qu'elle faisait partie du patrimoine de Montréal. Les travaux de démolition ont été réalisés sans l'autorisation du ministère de la Culture et des Communications, ce qui contrevient à la Loi sur le patrimoine culturel.

    Un texte de Laurent Therrien

    Le mur faisait 47 mètres de longueur et près de 5 mètres de hauteur. Construit en grosses pierres, il a été érigé en 1861 par les Religieuses hospitalières de Saint-Joseph. Le 16 septembre, ce mur d’enceinte a été détruit à la demande du CHUM.

    Vue aérienne du mur d’enceinte.En rouge, la portion du mur d’enceinte maintenant détruite. Photo : Google

    Nous nous sommes rendus sur place avec la cinéaste Annabelle Loyola, qui a réalisé un film sur l’Hôtel-Dieu, et le directeur général d’Héritage Montréal, Robert Turgeon. Ils ont été renversés de constater que le mur d’enceinte avait disparu.

    « Il y a un manque de respect total du caractère identitaire de cette propriété-là, explique M. Turgeon. On est en 2018, est-ce qu’il est temps une fois pour toutes de régler ces problèmes de petite gestion à la pièce, où l'on dilapide un riche patrimoine? »

    « C’est un symbole qu’on a détruit, poursuit-il. On parle des débuts de la présence française en Amérique du Nord avec l'Hôtel-Dieu de Montréal. C'est le deuxième hôpital en Amérique après celui de Québec. On est dans une dimension qui va bien au-delà d'un mur ou d'une pierre. »

    Des travaux effectués sans autorisation

    Ni le CHUM ni le ministère de la Santé et des Services sociaux n’ont demandé les autorisations nécessaires pour démolir ce mur d’enceinte au ministère de la Culture et des Communications, ce qui contrevient à l’article 201 de la Loi sur le patrimoine culturel.

    « La Loi prévoit des sanctions auxquelles pourrait être assujettie toute personne qui ne se conforme pas aux exigences », explique Annie LeGruiec, porte-parole du ministère de la Culture et des Communications.

    Un ministère pourrait donc imposer des sanctions à un autre ministère.

    Une raison de sécurité

    Le CHUM explique avoir détruit le mur parce qu’il présentait des signes d’affaiblissement et risquait de s’effondrer. « C’était une question de sécurité pour les patients et les visiteurs du CHUM. On ne pouvait pas attendre », explique Frank Pigeon, directeur des services techniques du centre hospitalier.

    Le mur tombait en ruine.L’état du mur avant la démolition Photo : CHUM

    La Ville de Montréal n’a pas approuvé les travaux

    C’est le CHUM qui a payé la destruction du mur d’enceinte, mais ce dernier est situé sur le terrain de la Ville de Montréal. La Ville assure ne jamais avoir autorisé les travaux.

    « La Ville n'approuve pas sa démolition, qui va à l'encontre de la protection et de la mise en valeur de son patrimoine », écrit Christine Gosselin, membre du comité exécutif responsable de la culture, du patrimoine et du design.

    Le CHUM soutient toutefois que la Ville était au courant dès le mois de mai 2017 que le démantèlement aurait lieu, et que c’était la responsabilité de Montréal d’obtenir les autorisations nécessaires auprès du ministère de la Culture, puisqu’elle est propriétaire du terrain.

    Le centre hospitalier soutient par ailleurs que, dans un courriel, un employé de la Ville a écrit que « si les travaux sont réalisés, ce sera aux frais du CHUM ».

    De son côté, la Ville de Montréal demande au CHUM de reconstruire à ses frais la portion du mur démoli, ce qui pourrait se révéler difficile, étant donné que les pierres d’origine n’ont pas été conservées. « Elles s’effritaient au fur et à mesure qu’on les retirait », explique Frank Pigeon, le directeur des services techniques qui a supervisé les travaux.

    Avec les informations de Marc-André Carignan, et la collaboration de Dominic Brassard et Marie-Ève Cousineau

    Grand Montréal

    Hôpitaux