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Inondations : des cartes dépassées et des propriétaires mal informés

Un terrain inondé.

Seulement 6% des propriétaires canadiens savent qu’ils vivent dans une zone inondable, selon une étude co-dirigée par Daniel Henstra.

Photo : Radio-Canada / Catherine Poisson

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Plusieurs régions du pays s'apprêtent à mettre à jour les cartes des zones inondables parfois vieilles de plusieurs décennies et auxquelles le public a un accès souvent limité.

Un texte de Justine Cohendet

Le chiffre est édifiant. Seulement 6 % des propriétaires canadiens savent qu’ils vivent dans une zone inondable, selon une étude d'avril 2017 codirigée par Daniel Henstra, professeur associé de science politique à l’Université de Waterloo et commanditée par la compagnie d'assurance Co-operators.

« Nous savons que certaines zones sont fortement inondables, pourtant les gens qui y vivent n'ont pas souvent connaissance de ces risques », explique le professeur.

« C’est un problème que l’on retrouve à travers tout le Canada. Les cartes que nous avons sont incohérentes, ajoute-t-il. Les autorités les mettent à jour de temps en temps, mais leurs ressources sont limitées; elles n’ont pas assez d’argent. »

Des propriétaires peu informés

« Certaines personnes achètent une maison et réalisent lorsqu’elles viennent nous voir qu’elles se trouvent dans une zone à risque. »

— Une citation de  Katelyn Lynch, agente de l’Office de protection de la nature de North-Bay-Mattawa

En Ontario, la prévision et la gestion des inondations relèvent de la responsabilité de l’Office de protection de la nature.

Cette structure unique au pays désigne les zones inondables et réglemente les nouvelles constructions.

Inondation à Clarence Rockland. L'eau est à la hauteur des fondations des maisons.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des sinistrés des inondations à Clarence Rockland ont baissé les bras et abdiquent leur bataille contre la crue des eaux.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Paul Couture

Mais si la construction de nouveaux bâtiments est contrôlée par cette autorité, celle-ci n’exerce aucune surveillance sur les maisons existantes.

« Si vous achetez une maison qui a été construite il y a longtemps, il n’y a vraiment aucun moyen de savoir si elle se trouve dans une zone inondable », regrette Daniel Henstra.

Au Québec, il y a un an, certaines municipalités continuaient d’autoriser les constructions dans les zones à risque.

Des données disparates

Contrairement à certains pays européens, comme l’Angleterre, le Canada ne dispose pas de carte centralisée en ligne qui permette aux propriétaires de connaître les risques d’inondation auxquels ils sont exposés.

La responsabilité de la cartographie des zones inondables est laissée à la discrétion des gouvernements provinciaux et territoriaux.

Résultat, les cartographies de certaines villes, comme Toronto, Calgary et Ottawa sont disponibles en ligne quand d’autres villes comme Montréal ne publient aucune données et d'autres encore n’ont pas mis leurs données à jour depuis près de 30 ans.

Pas de mise à jour en 30 ans

Les cartes des zones inondables situées dans le sud-ouest de l’Ontario, ravagées par les inondations fin février, n’ont pas été actualisées depuis les années 1990, explique Jason Wintermute, le responsable de la gestion des eaux à l’Office de protection de la nature de la rivière Thames.

Ce sont pourtant ces cartographies vieilles de près de 30 ans qui servent « à prévenir les inondations et les constructions de maisons dans les zones à risque », développe-t-il.

Même constat du côté de l’Office de protection de la nature de North-Bay-Mattawa, deux villes situées dans le nord-est de l’Ontario.

Des rues complètement inondées, bordées de maisonsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les inondations à Gatineau, au Québec, le 10 mai 2017

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

« Nos cartes n’ont pas été renouvelées depuis les années 1980-1990 et certaines zones n’en ont pas, comme la municipalité de Callander », explique Katelyn Lynch, une agente de l'organisme.

L’Office de protection de la nature de la rivière Thames et celui de North-Bay-Mattawa espèrent obtenir une bourse du fédéral afin de mettre à jour leur cartographie.

Une aide fédérale limitée

Depuis 2015, le gouvernement fédéral propose d’aider les autorités provinciales et territoriales qui souhaitent mettre à jour leurs données via le Programme national d'atténuation des catastrophes (PNAC).

Mais pour Daniel Henstra, cette subvention, « limitée aux municipalités éligibles, comporte un certain nombre de problèmes ».

Selon le professeur, le processus de candidature est coûteux et représente une perte de temps pour les collectivités.

« La plupart des municipalités n’ont pas le temps, les données ou l’expertise pour produire des cartes des zones inondables. »

— Une citation de  Daniel Henstra, professeur associé en Science politique à l’Université de Waterloo

« Nous allons nous retrouver avec un patchwork de cartes de qualité variable et peu d’amélioration concernant la connaissance du public », ajoute-t-il.

Des progrès au Québec

Daniel Henstra souligne toutefois les progrès faits par le Québec dans ce domaine.

Au début du mois de mars, le gouvernement de Philippe Couillard a annoncé que 20,5 millions de dollars allaient être alloués à l’actualisation de la cartographie des zones inondables.

Reste à savoir si ce montant permettra de rendre ces données accessibles à tous.

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