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L'Île-du-Prince-Édouard a la cote chez les Chinois

Le reportage d’Elisa Serret

Vous avez envie de bons dumplings ou de nouilles chinoises? Vous en trouverez pour tous les goûts à l'Île-du-Prince-Édouard, la province où la communauté d'immigrants chinois, en proportion, est la plus importante du pays. Depuis une quinzaine d'années, cette communauté transforme le paysage du berceau de la Confédération.

Un texte d'Elisa Serret

Charlottetown a de quoi charmer. Une petite ville où l’architecture nous ramène au coeur de l’histoire du pays. Mais dernièrement, les commerces avec des inscriptions en chinois entre les bâtiments historiques se multiplient. Dans les années 1990, la population de l’Île-du-Prince-Édouard était vieillissante et en déclin. La province a donc misé sur l’immigration pour revitaliser son économie. Alors qu’ils n’étaient que quelques dizaines de Chinois dans les années 1990, aujourd’hui ils sont plus de 2500. Soit un peu plus de 2 % de la population de l’île.

Selon le dernier recensement, en proportion, c’est à l’Île-du-Prince-Édouard qu’il y a la plus importante communauté d'immigrants chinois au Canada. La province devance la Colombie-Britannique et l’Ontario.

La communauté d’immigrants chinois à l’Île-du-Prince-Édouard représente 20 % de tous les immigrants de la province. Par comparaison, en Colombie-Britannique, très populaire auprès des Chinois, la communauté représente 15 % de l'ensemble des immigrants.

Produits chinois dans une épicerie.Les épiceries chinoises dans la capitale de l'Île-du-Prince-Édouard se multiplient. On y retrouve une foule de produits chinois. Photo : Elisa Serret

Le calme, le rythme et l’air pur

Ally Guo, avec son mari et son fils, vit à l’Île-du-Prince-Édouard depuis deux ans. Venus de Shanghai, ils avaient d’abord mis le cap sur Toronto, parce qu’il y a déjà une communauté chinoise bien développée, mais après quelques mois passés dans la Ville Reine, ils ont opté pour l’Île-du-Prince-Édouard.

La nature ici, c’est vraiment ce qui a charmé mon fils. L’été ici, c’est magnifique.

Ally Guo, immigrante chinoise

Ally Guo adore le rythme de vie de l’île, la nature, les plages, l’air pur et la qualité de l’éducation.

Et la plupart des Chinois rencontrés sur l’île aiment cette province pour les mêmes raisons.

À Shanghai, Ally devait rouler 40 minutes dans les embouteillages juste pour amener son fils à l’école. Ensuite, elle devait conduire encore 40 minutes pour se rendre au travail. Ici, son fils peut marcher pour se rendre en classe. Et il n’y a presque jamais de congestion sur les routes.

J’ai maintenant beaucoup plus de temps, et mon fils aussi pour jouer avec ses amis.

Ally Guo, immigrante chinoise

Malgré le nombre d'immigrants chinois, leur taux de rétention est très bas. Quatre Chinois sur cinq quittent l’île pour les plus grandes villes. Souvent faute de ressources pour faciliter leur intégration. Plusieurs d’entre eux parlent à peine l’anglais. Ils n’ont donc pas de point d'ancrage sur l’île.

Bâtir une communauté forte

Ally Guo a décidé de tout faire pour les aider à rester sur l’île. La femme d’affaires a démarré un site Internet entièrement en mandarin. Sur GiGiGU.com, elle y met toutes les informations utiles aux nouveaux arrivants. Par exemple, on y retrouve la façon d’ouvrir un compte bancaire ou d'obtenir un permis de conduire.

Elle utilise aussi son site pour promouvoir des entreprises chinoises qui viennent de démarrer leurs activités sur l’île. Un coup de pouce incroyable, affirment certains de ses clients rencontrés dans la capitale.

Ally Guo travaille avec Phil Muise depuis peu. Son nouvel associé est agent immobilier avec Exit Realty PEI et l’ancien directeur de l’immigration de la province.

Il y avait de bonnes affaires à faire avec les Chinois, mais comme je ne parle pas mandarin, c’est super de travailler avec Ally.

Phil Muise, agent immobilier et associé d'Ally Guo

Ally a obtenu sa certification d’agente immobilière. Ensemble, ils sont en mesure d’accompagner les Chinois qui arrivent et de les mettre en contact avec d’autres membres de la communauté. Tout en les aidant à acheter une maison et remplir les documents d’immigration. Ils offrent ainsi un service d’accompagnement complet.

Une affiche de l'agente immobilière Ally Guo à l'Île-du-Prince-Édouard.Ally Guo est devenue agente immobilière pour aider les Chinois à acheter une maison à l'Île-du-Prince-Édouard. Photo : Elisa Serret

Nous n'avons pas de grosses infrastructures et une communauté forte et bien établie comme à Montréal, Vancouver et Toronto, alors l'adaptation est un peu plus difficile. Mais là, ça change!

Phil Muise, agent immobilier et associé d'Ally Guo

Le service d’immigration de la province travaille aussi avec Ally Guo. La province organise des réunions mensuelles dans les locaux de l’entreprise d’Ally pour aider la communauté chinoise et prendre contact avec elle.

Phil Muise voit combien la communauté chinoise apporte un nouveau souffle économique à la province. Il affirme que les Chinois sont souvent très qualifiés et ont une fibre entrepreneuriale développée. Ils emploient des gens de l’île et partagent leur culture et leurs compétences. C’est un changement inespéré pour celui qui a vécu les années moins prospères de sa province.

Les commerces chinois sont de plus en plus nombreux à l'Île-du-Prince-Édouard. Les commerces chinois sont de plus en plus nombreux à l'Île-du-Prince-Édouard. Photo : Elisa Serret

Grâce à l'immigration, l’Île-du-Prince-Édouard est la province qui connaît la plus forte croissance démographique.

Croissance de la population de 2011 à 2016 en Atlantique :

  • Île-du-Prince-Édouard : 1,9 %
  • Terre-Neuve-et-Labrador : 1 %
  • Nouvelle-Écosse : 0,2 %
  • Nouveau-Brunswick : -0,5 %

Si les Chinois sont nombreux sur l’île, la province attire de plus en plus d’immigrants d’autres pays. On y trouve maintenant des immigrants de plus de 90 pays. Une forte proportion d’entre eux provient de l’Asie. Pour ceux qui vivent sur l’île depuis toujours, selon Phil Muise, cela bouscule un peu les habitudes et le paysage, mais les Prince-Édouardiens s’y font de plus en plus.

Ally Guo estime que sa mission porte ses fruits. En quelques mois, sa base de clients a doublé. Et elle croit que les nouveaux arrivants chinois se sentent de plus en plus chez eux sur l’île.

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