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Mathématiques « afrocentriques » pour entraîner les jeunes Afro-Néo-Écossais vers les sciences

Une adolescente aide un camarade de classe à faire son travail scolaire.

Des étudiants de l'école secondaire Auburn Drive à Cole Harbour, en Nouvelle-Écosse

Photo : Conseil scolaire régional d'Halifax/YouTube

Radio-Canada

Une école secondaire de la Nouvelle-Écosse offrira en septembre un cours « afrocentrique » de mathématiques, une initiative inédite dans la province, dont le but est d'encourager les Afro-Néo-Écossais à s'inscrire en mathématiques avancées et à viser une carrière dans les sciences, les technologies et l'ingénierie.

La pensée d'enseigner les sciences, un jour, dans l'une des plus prestigieuses universités au Canada n'avait jamais traversé l'esprit de Kevin Hewitt. Très tôt, les professeurs blancs des écoles publiques de Toronto ont essayé d'orienter l'étudiant, arrivé des Caraïbes à l’âge de 10 ans, vers des carrières non académiques. Ils ont tenté de le détourner du chemin qu’envisageait pour lui sa mère, qui souhaitait qu’il devienne médecin.

Arrivé au Canada avec sa famille en 1978, M. Hewitt remercie aujourd’hui la ténacité de sa mère et la foi inébranlable de celle-ci envers les capacités de son fils, qui est aujourd’hui professeur agrégé de physique à l’Université Dalhousie, à Halifax.

« Je n’ai jamais pensé qu’en tant qu’immigrant, ne voyant aucun autre Afro-Canadien en physique, que je me rendrais là où je me suis rendu aujourd’hui », admet Kevin Hewitt.

Dans ce contexte, M. Hewitt ne peut qu’applaudir l’initiative de l’école secondaire Auburn Drive, à Cole Harbour en Nouvelle-Écosse, qui deviendra à la rentrée de septembre la première école de la province à offrir un cours « afrocentrique » de mathématiques.

Dans le cadre de ce programme, les professeurs vont incorporer à leurs cours des discussions à propos des antécédents culturels et des expériences personnelles des étudiants, tout en leur enseignant périmètres et équations linéaires sous un angle afrocentrique. Concrètement, cela signifie par exemple d'évoquer les pyramides d’Égypte pour faire comprendre la trigonométrie.

On veut aussi inspirer ces jeunes en leur faisant connaître des modèles inspirants qui ont réussi dans les disciplines des « STIM », c’est-à-dire les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques.

L’objectif est d’encourager des étudiants afro-néo-écossais de la 10e année à s’inscrire en mathématiques avancées et ensuite à viser une carrière dans les STIM.

Des étudiants travaillent à leur pupitre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des étudiants de l'école secondaire Auburn Drive à Cole Harbour en Nouvelle-Écosse.

Photo : Conseil scolaire régional d'Halifax/YouTube

Pour ce faire, la directrice d’Auburn Drive, Karen Hudson, explique qu’outre les mathématiques théoriques, il faut bâtir la confiance de ces adolescents grâce à ce cours et leur faire prendre conscience qu’ils ont ce qu’il faut pour réussir dans cette matière.

Elle veut que ses étudiants développent un esprit critique et possèdent les outils pour se prendre en main et s’investir pleinement dans leur propre réussite.

Essayer quelque chose de différent

L’école Auburn Drive compte beaucoup d’étudiants afro-néo-écossais, et plusieurs membres du personnel se demandaient pourquoi, année après année, si peu de jeunes Noirs s’inscrivaient aux cours de mathématiques avancés.

« On s’est dit qu’on devait essayer quelque chose de différent, car on voyait que ce qu’on faisait ne fonctionnait pas », dit Mme Hudson.

Il y a déjà 23 étudiants qui se sont inscrits au nouveau cours de mathématiques de septembre, sur les 30 places disponibles.

« Je pense que c’est nécessaire », dit Kevin Hewitt, professeur à l'Université Dalhousie.

Souvent, nous [les Afro-Canadiens] nous retrouvons tout seuls dans une classe, et cet isolement fait que quelqu’un, sans modèle devant lui, se sent comme s’il ne pouvait pas réussir, en particulier dans les STIM.

Kevin Hewitt, professeur agrégé de physique à l'Université Dalhousie

Les curriculums pourraient mieux refléter les contributions positives des Noirs dans leurs communautés, estime Karen Hudson. C’est pourquoi, en plus de la matière académique, le cours s’efforce aussi de faire connaître aux adolescents les professionnels noirs qui ont évolué ou font carrière dans les disciplines des STIM.

La directrice Karen Hudson devant un babillard dans une classe de l'école.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Karen Hudson est la directrice de l'école secondaire Auburn Drive, à Cole Harbour en Nouvelle-Écosse.

Photo : Photo fournie par Karen Hudson

Kevin Hewitt est arrivé au Canada en provenance de Saint-Vincent, une île des Caraïbes, lorsqu’il avait 10 ans. Il dit que le premier contact qu’a eu sa famille avec le système éducatif laissait à désirer.

L’éducation qu’il avait reçue jusque-là à Saint-Vincent n’a pas été reconnue par les autorités scolaires de l'Ontario, et il a été assigné à une classe inférieure. À Saint-Vincent, son école lui avait fait sauter une année.

Un effort systématique pour détourner des sciences et des mathématiques avancées

« Tout au long des années passées à Toronto, à l’école primaire et secondaire, il y avait toujours un effort de fait pour envoyer les enfants afro-canadiens dans des classes de rattrapage, qui ne permettaient pas à l’étudiant de se diriger vers les disciplines des STIM », dit M. Hewitt.

Sa mère, toutefois, a été tenace. « Son but était de veiller à ce qu’on reçoive une instruction de qualité, qu’on retire les bienfaits de cette éducation », dit-il.

Kevin Hewitt en classe devant un tableau noir.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Kevin Hewitt est professeure agrégé au département de physique de l'Université Dalhousie, à Halifax.

Photo : Photo fournie par Kevin Hewitt

Elle a élevé ses quatre enfants seule, et ses efforts ont porté leurs fruits. Kevin Hewitt a étudié la biologie à l’Université de Toronto. C’est là qu’il s’est passionné pour la physique, une discipline qu’il semblait naturellement comprendre. Il a terminé son doctorat en 2001 et a plus tard accepté un poste au Département de physique de l’Université Dalhousie, à Halifax.

Pour son nouveau programme, l’école Auburn Drive de Cole Harbour travaillera en collaboration avec les universités locales, et en particulier en partenariat avec le programme Imhotep's Legacy Academy (ILA) de l’Université Dalhousie, qui vise à augmenter la représentation des Afro-Canadiens dans les sciences, les technologies, l'ingénierie et les mathématiques. Kevin Hewitt a aidé à la mise en oeuvre de ce programme.

D’après les informations de Sherri Borden Colley de CBC

Avec les informations de CBC

Nouvelle-Écosse

Éducation