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Trudeau déçu du refus du Vatican de s'excuser pour les pensionnats autochtones

Le Premier ministre Justin Trudeau et le pape François.
Le premier ministre Justin Trudeau, à gauche, rencontre le pape François à l'occasion de leur audience privée, au Vatican, le lundi 29 mai 2017. Photo: Associated Press / Ettore Ferrari
Radio-Canada

Le premier ministre Justin Trudeau s'est dit « très déçu » par la décision du pape François de ne pas offrir les excuses du Vatican pour le rôle joué par des membres de l'Église catholique dans les pensionnats fédéraux pour Autochtones au Canada. Dans son rapport, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a conclu que ces pensionnats étaient un outil central d'un génocide culturel à l'égard des peuples autochtones.

« Je pense que c'est un élément important de la guérison, de la réconciliation que ça nous prenait dans le pays, a dit le premier ministre. Nous allons continuer de travailler avec les communautés autochtones pour avancer la cause de la réconciliation et on espère que tous les Canadiens non autochtones seront aussi au rendez-vous. »

La Commission de vérité et réconciliation avait notamment recommandé que le Vatican présente ses excuses aux survivants et aux familles des victimes de sévices subis dans ces pensionnats.

Le premier ministre Justin Trudeau avait même personnellement porté cette invitation au pape, l'an dernier, lors d'une visite officielle au Vatican.

La commission s'inspirait des excuses offertes par le pape en 2010 aux Irlandais victimes d'agressions sexuelles perpétrées par des prêtres catholiques.

Dans une lettre aux Autochtones, mardi, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Lionel Gendron, explique qu'après avoir examiné attentivement la demande de la commission et en avoir « discuté abondamment avec les évêques du Canada », le pape François était d'avis qu'il ne pouvait « y répondre personnellement ».

L'évêque de Saint-Jean-Longueuil ajoute qu'« une visite papale pourrait être envisagée dans le futur », qui pourrait comprendre une rencontre avec les peuples autochtones. En attendant, monseigneur Gendron encourage les évêques « à continuer de s'engager dans un travail intensif de pastorale visant la réconciliation, la guérison et la solidarité avec les peuples autochtones ».

Le gouvernement fédéral avait confié aux communautés religieuses la gestion de ses pensionnats pour Autochtones. Pendant plus d'un siècle, des milliers d'enfants arrachés à leur famille ont subi des sévices physiques, psychologiques et sexuels dans ces établissements destinés essentiellement à assimiler les petits Autochtones.

La Commission de vérité et réconciliation a conclu que ces pensionnats étaient un outil de « génocide culturel » à l'égard des nations autochtones.

Le Canada n'abandonnera pas

Enfants autochtones en salle de classe au pensionnat indien catholique de Fort George (Québec), 1939Enfants autochtones en salle de classe au pensionnat indien catholique de Fort George (Québec), 1939 Photo : Archives Deschâtelets

Le Chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Perry Bellegarde, a déclaré dans un communiqué qu'il avait écrit au pape François pour l'inviter à venir au Canada et à rencontrer les peuples autochtones. Il aimerait également croiser le pape afin de discuter avec lui du sujet.

« Entendre des excuses directement du pape François serait un acte important de guérison et de réconciliation, tout comme ses excuses présentées aux peuples autochtones des Amériques en 2015 », a déclaré M. Bellegarde.

La ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, CarolynBennett, a affirmé que le Canada ne renoncerait pas à cette idée.

« Les commissaires ont recommandé cela comme une partie importante de la réconciliation de guérison pour les survivants », a déclaré Mme Bennett dans un courriel.

Nous continuerons à plaider pour cet appel à l'action.

Carolyn Bennett

Pendant plus d'un siècle, les pensionnats gérés par les églises ont tenté d'assimiler les enfants autochtones en les contraignant à fréquenter des écoles où ils n'étaient pas autorisés à parler leur langue ou de se livrer à leurs propres pratiques culturelles et spirituelles. Près des deux tiers des 130 écoles étaient dirigés par l'Église catholique.

Des années 1880 jusqu’au milieu des années 1990, le gouvernement canadien, avec le concours d’un certain nombre d’églises chrétiennes, a exploité un système de pensionnats pour les enfants autochtones.

Plus de 150 000 enfants des Premières Nations, Inuits et Métis ont été placés dans ces pensionnats. Un certain nombre d'enfants y ont également subi des sévices physiques et sexuels. Les conditions de vie y étaient souvent très difficiles.

Cette situation a marqué des générations d’Autochtones, contribuant à la multiplication des problèmes sociaux dans les communautés amérindiennes d’aujourd’hui.

L'ancien premier ministre canadien, Stephen Harper, en compagnie d'un autochtone arborant une coiffe traditionnelle, en 2008L'ancien premier ministre canadien, Stephen Harper, après avoir présenté des excuses pour les pensionnats autochtones, en 2008 Photo : La Presse canadienne / Fred Chartrand

L'ancien premier ministre, Stephen Harper, a présenté des excuses pour les pensionnats autochtones, en 2008. Par la suite, la Commission de vérité et de réconciliation est née d'une entente de règlement négocié prévoyant une indemnisation pour les survivants.

Le chef conservateur Andrew Scheer, lui-même catholique, n'a pas dit que le pape devrait s'excuser comme tel, mais il a estimé que tout groupe impliqué devrait reconnaître ses erreurs passées.

Je pense que tout groupe ou institution qui a joué un rôle important dans le système des pensionnats autochtones devrait contribuer à la réconciliation en s'excusant pour le rôle qu'il a pu jouer.

Le chef de l'opposition Andrew Scheer

D'autres confessions chrétiennes impliquées dans les sévices subis au sein des pensionnats ont déjà présenté des excuses, l'Église anglicane en 1993, l'Église presbytérienne en 1994 et l'Église unie en 1998.

Un porte-parole du Saint-Siège a déclaré que l'Église était toujours engagée dans la réconciliation. « Ce n'est pas le gouvernement qui établit le programme de ce que le pape va faire », a déclaré le père Thomas Rosica, chef de la direction de la Salt and Light Catholic Media Foundation à Toronto, à CBC.

Nous parlons d'un engagement à long terme et non d'excuses bon marché.

Le père Thomas Rosica
Avec les informations de La Presse canadienne, et CBC

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