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Carte NEXUS : donner ses informations personnelles pour gagner quelques secondes à la frontière

Une voiture s'approche d'un gros poste douanier. On voit l'indication ''United States of America'' en gros au-dessus les pancartes.

Le poste frontalier de Lacolle au Québec photographié en 2011.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Radio-Canada

Plus de 1,2 million de Canadiens participent au programme NEXUS, qui permet de traverser plus rapidement la frontière entre les États-Unis et le Canada. Pour obtenir ce privilège, il faut toutefois laisser aux autorités américaines des données personnelles sans être complètement certain de ce qu'il en adviendra.

Un texte de Colin Côté-Paulette

Selon la plus récente moyenne nationale, les automobilistes possédant une carte NEXUS gagnent environ 44 secondes lorsqu’ils sont traités à la frontière. Cette économie de temps vaut-elle les procédures par lesquelles les voyageurs doivent passer pour participer au programme? Pas selon un avocat canadien, Me Hugues Langlais.

« Ça va plus vite pour entrer aux États-Unis. Si vous êtes d’accord avec le fait que vous allez donner vos données personnelles et que vous ne savez pas ce qu'il en sera fait par la suite, allez-y. Moi j’ai des réserves en tant que juriste », indique Me Langlais.

Comment cela fonctionne-t-il?

Lancé conjointement par les États-Unis et le Canada en 2002, le programme NEXUS a été créé pour accélérer le processus de passage des voyageurs préapprouvés et à faible risque dans les deux pays. Le but est aussi de rendre les frontières plus sécuritaires, si l'on établit que l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) peut se concentrer davantage sur les inspections d’individus potentiellement dangereux.

On voit plusieurs dessins. Un oeil avec reconnaissance de l'iris en dessous, Empreintes digitales sous un doigt et passeport et carte d'identité avec photo.

Plusieurs étapes sont nécessaires à la vérification de l'identité avec une carte NEXUS.

Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon

En tant que citoyen canadien, pour faire partie de ce programme, vous devez fournir aux autorités canadiennes et américaines :

  • des données biométriques (empreintes digitales, photo de votre iris);
  • une foule de renseignements personnels, en plus de passer une entrevue avec un agent des services frontaliers américains.

*Les données personnelles peuvent inclure : le nom complet, les coordonnées, le statut de citoyenneté, la vérification du casier judiciaire, la date de naissance, des informations sur la carte de crédit et d'autres numéros d'identification, tels que ceux de l'acte de naissance, du permis de conduire ou du passeport, le lieu de naissance et la signature.

Ensuite, si votre candidature est approuvée, vous devrez payer 50 $ pour avoir une carte valide durant cinq ans.

Certaines règles à respecter

Si vous avez des enfants, ceux-ci doivent aussi posséder leur carte NEXUS pour emprunter la file avec vous. Il est interdit d’emprunter une file NEXUS aux douanes avec quelqu’un qui ne possède pas ladite carte.

Les participants au programme sont assujettis aux mêmes règles que tous les autres voyageurs par rapport aux importations. Il est donc essentiel de déclarer tous ses achats aux douaniers canadiens pour ne pas risquer de perdre sa carte. Malgré la croyance populaire, les déclarations par rapport aux achats faits peuvent être verbales ou écrites.

Les détenteurs de carte sont aussi assujettis aux inspections secondaires. En cas d’infraction, ils peuvent automatiquement perdre leur carte.

Dessin de voitures qui attendent devant un poste douanier. On peut y lire trois statistiques sur la carte NEXUS. La première: 1280000 utilisateurs canadiens, la deuxième: 320 000 utilisateurs américains et finalement 44 secondes sauvées en moyenne au passage de douane terrestre.

En 2006, les autorités américaines prévoyaient que le programme aurait environ 3 millions d’utilisateurs. Douze ans plus tard, c’est un peu plus de la moitié de ce nombre qui a adhéré au programme.

Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon

Vie privée, renseignements partagés

La majorité des gens possédant une carte NEXUS interrogés dans le cadre de ce reportage ne se disent pas inquiets par rapport à leurs renseignements personnels et sont satisfaits du programme. Néanmoins, dans une ère où les géants des médias sociaux accumulent une immense quantité d’informations personnelles de leurs utilisateurs, certains experts sont perplexes quant au partage d’informations dans le cadre du programme Nexus.

Il y a toujours un risque que les informations que nous communiquons à un gouvernement étranger soient conservées pour des temps immémoriaux. Il n’y a aucune garantie que ce ne sera pas le cas.

Me Hugues Langlais, avocat en immigration

Du côté canadien, des lois font en sorte que les informations partagées deviennent inaccessibles après un certain temps.

« Les demandes d’adhésion à NEXUS, y compris les demandes de renouvellement, sont détruites six ans après leur approbation », précise un porte-parole de l’ASFC par courriel.

Si une demande est refusée, les informations seront détruites deux ans après la dernière intervention administrative, comme un appel pour que la demande rejetée soit acceptée, par exemple.

Pratiques des Américains

Selon les documents internes du ministère américain de la Sécurité intérieure consultés, les données collectées dans les programmes comme NEXUS sont conservées trois ans après l'expiration de la carte.

La loi américaine sur la protection des renseignements personnels est également censée s’appliquer aux « visiteurs » des États-Unis.

On précise toutefois dans l'un des documents qu’il y a toujours un risque que les informations recueillies auprès des membres de programmes comme NEXUS soient utilisées à d’autres fins.

« Moi, personnellement, je ne conseille pas de demander la carte NEXUS. Pourquoi? Parce que je donne aux autorités américaines un droit sur mes renseignements personnels, sur ce qu’ils conservent me concernant pour une durée que je ne connais pas », explique Me Langlais.

Si vous avez quelque chose à vous reprocher, ce n’est peut-être pas la chose à faire que de communiquer des informations aussi sensibles aux autorités américaines.

Hugues Langlais, avocat en immigration

« On ne peut pas tout avoir »

Nadine Deleury est détentrice d’une carte NEXUS depuis 11 ans. Elle vit à Windsor en Ontario, mais elle travaille à Détroit. Elle dit ne pas trop s’en faire avec la collecte de ses données par un autre régime politique.

« Je n’y pense pas. On ne peut pas tout avoir. On ne peut pas avoir le privilège d’habiter au Canada, de continuer ses activités aux États-Unis et de se faire du souci pour ça. Peut-être que je suis un peu naïve », souligne-t-elle.

Mon expérience avec cette carte NEXUS est surtout positive.

Nadine Deleury, détentrice d'une carte NEXUS

La carte n’est pas automatiquement synonyme de traversée rapide de la frontière, particulièrement aux douanes américaines, selon Mme Deleury.

Elle raconte qu'elle part toujours travailler 1 h 30 avant le début de son quart de travail à Détroit, puisque les douaniers américains peuvent parfois poser de nombreuses questions et retenir les détenteurs de carte NEXUS.

Des files NEXUS sont aménagées dans plusieurs postes frontaliers terrestres, aériens et maritimes du Canada, mais il existe un seul poste frontalier réservé exclusivement aux participants du programme au pays, celui du pont Whirlpool, à Niagara Falls.

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