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Budget Leitao : Québec se lance dans les dépenses

Analyse de Gérald Fillion
Daniel Blanchette Pelletier

Aînés, jeunes familles, travailleurs et PME; presque tout le monde pourrait trouver son compte dans le plus récent budget du gouvernement libéral. L'opposition, elle, crie à la manœuvre électorale juste avant le scrutin de l'automne.

Le ministre des Finances Carlos Leitao a réussi son pari de mettre de l’ordre dans les finances publiques en déposant un quatrième budget équilibré de suite.

Il s’attaque comme prévu à la dette, en pigeant dans le Fonds des générations au rythme de 2,5 milliards de dollars pendant les cinq prochaines années.

Mais le ministre Leitao profite surtout d’une économie robuste pour réinvestir en santé et en éducation, et pour financer une série de mesures à l'intention des contribuables, à qui il avait déjà consenti des baisses d’impôt l’automne dernier.

Grâce à des finances publiques saines et à la forte croissance économique, nous posons aujourd’hui des gestes importants pour améliorer la qualité de vie des Québécoises et des Québécois.

Le ministre des Finances, Carlos Leitao

Miser sur le temps de qualité

Le ministre étale dans son budget une série de mesures fiscales pour « donner du temps de qualité » aux Québécois et à leur famille.

Les aînés et les aidants naturels se partageront, par exemple, une enveloppe budgétaire de 103 millions de dollars, notamment par des crédits d’impôt distribués au cours des cinq prochaines années.

Les jeunes familles, elles, bénéficieront d’une aide fiscale si leur enfant fréquente un service de garde non subventionné. Le porte-parole en matière de finances du Parti québécois (PQ), Nicolas Marceau, déplore que les libéraux dirigent ainsi « un maximum d’enfants dans un réseau où la qualité est moindre ».

Les jeunes familles pourront aussi, comme tous ceux qui désirent faire l’achat d’une première habitation, profiter d’un nouveau crédit d’impôt non remboursable allant jusqu’à 750 $.

Le programme RénoVert, fort populaire auprès des propriétaires, est pour sa part prolongé d’un an, jusqu’en mars 2019, une dépense chiffrée à 172 millions de dollars.

Allégement fiscal : au tour des PME

Les petites et moyennes entreprises ont enfin été entendues par le gouvernement.

Elles profiteront d’un allégement fiscal chiffré à 2,2 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années pour atténuer l’impact de la hausse à venir du salaire minimum et des bonifications proposées du Régime québécois d’assurance parentale et du Régime des rentes du Québec.

Comme elles l'avaient demandé, l'impôt sur leur revenu passera graduellement de 8 % à 4 % d’ici cinq ans. Leur taux de cotisation au Fonds des services de santé, soit « la taxe sur la masse salariale », sera aussi réduit.

Réinvestissements en santé et en éducation

Sans surprise, le gouvernement libéral augmente ses dépenses dans les services publics, principalement dans la santé et l’éducation.

Après le mécontentement généralisé provoqué par la rémunération des médecins spécialistes et le cri du cœur des infirmières, débordées, Québec hausse de 4,6 % ses dépenses en santé dans une enveloppe totale chiffrée cette année à 38,5 milliards de dollars.

Ces sommes serviront à améliorer l’accès aux soins de santé, à embaucher des infirmières et à soutenir l’autonomie et les services à domicile des aînés.

Mais le gouvernement libéral aurait pu faire plus en renonçant aux hausses salariales consenties aux médecins spécialistes, estime le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

Philippe Couillard a choisi le portefeuille des médecins plutôt que le portefeuille des familles et des Québécois.

François Legault, chef de la CAQ

En éducation, la hausse des dépenses s’élève à 5 % pour atteindre 18,9 milliards de dollars.

Cela se traduira notamment par l’ajout, dès septembre, de 3100 professionnels afin d’accompagner les élèves du primaire et du secondaire dans leur cheminement scolaire. Mille ressources additionnelles seront également consacrées au niveau postsecondaire.

Le financement de base des cégeps et des universités sera en outre bonifié.

Une « taxe Netflix »

Insatisfait de l’immobilisme d’Ottawa, Québec entend taxer l’économie du numérique afin de récupérer certaines des sommes qui lui échappent en ce moment.

Les géants du numérique, comme Netflix, Airbnb, Uber et tous ceux qui n’ont pas de présence physique au Québec, devront percevoir la taxe de vente.

Il y a des gestes qui sont posés, convient Nicolas Marceau du PQ. Mais le Québec continue à se fier aux douanes canadiennes, qui sont inefficaces selon lui, pour récupérer les sommes perdues en TVQ sur les biens matériels qui proviennent de l’étranger. Une position que partage Gabriel Nadeau-Dubois de Québec solidaire.

Québec précise en outre son intention de poursuivre sa lutte contre les paradis fiscaux, un autre dossier où le fédéral manque de poigne, selon le gouvernement.

Tour d’horizon avec Véronique Prince

Métro, tramway, boulot

Le gouvernement libéral mise dans son budget sur trois grands projets de transport en commun déjà annoncés, dans les régions de Montréal et de Québec, mais dont le financement, en partie assumé par la province, restait à préciser :

  • 6,3 milliards pour le Réseau express métropolitain (REM);
  • 3,9 milliards pour le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal;
  • 3,3 milliards pour le tramway du Réseau de transport structurant de Québec.

Quant aux infrastructures routières, plusieurs projets à la grandeur de la province obtiennent un coup de pouce de Québec, de la réfection du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine à Montréal au prolongement de l’autoroute 19 à Laval, en passant par le projet de pont entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine.

Québec s’attaque aussi en transport aérien, avec une enveloppe de 173 millions de dollars pour moderniser les aéroports régionaux et réduire le coût des tarifs aériens.

Se libérer de la dette

L’équilibre budgétaire étant atteint, et son maintien visé dans les années à venir, Québec s’attaque au remboursement de la dette.

Entrevue avec le ministre Carlos Leitao

Les 10 milliards pigés au cours des cinq prochaines années à même le Fonds des générations permettront d’atteindre l’objectif qui est d’établir d’ici là le ratio entre la dette brute et le PIB à 45 %.

Somme toute, rien de bien surprenant ni même d’éclatant pour ce dernier budget avant les élections de l’automne et pour un ministre qui mise sur la santé du portefeuille québécois.

Bandeau de notre section sur le budget du Québec 2018

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