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Budget de l’Ontario : un déficit de 6,7 milliards pour des promesses électorales

Les explications de Philippe Leblanc
Radio-Canada

À six semaines du déclenchement prévu de la campagne électorale en Ontario, le gouvernement libéral ouvre les vannes, promettant notamment de rembourser jusqu'à 80 % du coût des médicaments des particuliers, en plus d'offrir des services de garde gratuits pour les enfants d'âge préscolaire.

Un texte de Michel Bolduc; infographies de Vincent Wallon

Photo de Charles Sousa derrière un podium rouge portant la mention Budget 2018.Le ministre ontarien des Finances, Charles Sousa Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Au total, les libéraux promettent 20,3 milliards de dollars sur trois ans en nouvelles dépenses dans leur budget 2018 déposé mercredi.

Pour y arriver, la province replonge dans le rouge et ne prévoit pas en sortir avant six ans.

8 choses à retenir du budget 2018 :

  • déficit de 6,7 milliards en 2018-2019;
  • nouveau programme d’assurances dentaire et médicaments pour ceux qui n’ont pas d'assurance complémentaire de leur employeur;
  • garderie gratuite pour les enfants de 2 ans et demi à la maternelle;
  • jusqu’à 750 $/an pour les aînés de 75 ans et plus qui veulent rester à la maison;
  • augmentation de 20 % du budget du ministère des Affaires francophones;
  • hausse d'impôt pour les Ontariens gagnant 71 500 $ et plus;
  • revenus de 35 millions de la taxe sur le cannabis;
  • hausse de 4 $/cartouche de la taxe sur le tabac.

De l’argent pour les familles, les aînés et la santé

Alors que les libéraux tirent de l’arrière par rapport aux conservateurs dans les sondages, leur budget, qui se chiffre à 158,5 milliards, contient de bonnes nouvelles pour à peu près tout le monde.

Garderie gratuite pour les enfants de 2,5 à 4 ans : économie de 17 000 $/an par enfant, soit 2,2 G$ sur 3 ans - Remboursement  de 80 % du coût  des médicaments admissibles, jusqu’à 400 $ (personne seule) et 700 $ (famille) - 300 M$ sur 3 ans pour les élèves avec des besoins particuliers.Faits saillants pour les familles - ministère des Finances de l'Ontario Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon / Icônes : Freepik de www.flaticon.com
Fonctionnement des hôpitaux : 822 M$ supplémentaires en 2018-2019 - Santé mentale et lutte contre les dépendances : 2,1 G$ sur 4 ans - Déficience intellectuelle : 1,8 G$ pour consolider les services.Faits saillants pour la santé - ministère des Finances de l'Ontario Photo : Radio-Canada
Médicaments sur ordonnance gratuits pour toutes les personnes de 65 ans et plus - Jusqu’à 750 $/an pour compenser les frais d’entretien du foyer - 650 M$ sur 3 ans pour les soins à domicile et en milieu communautaire.Faits saillants pour les aînés - ministère des Finances de l'Ontario Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon / Icônes : Freepik de www.flaticon.com

En revanche, le gouvernement n’accorde pas de financement pour l’instant au projet d’Université de l’Ontario français.

Le budget se contente d'indiquer que les membres du conseil des gouverneurs du nouvel établissement seront nommés au printemps.

Université de l’Ontario français : 0$ - ministère des Affaires francophones : 7,8 M$  (+20 % par rapport  à 2017-2018).Faits saillants pour les Franco-Ontariens - ministère des Finances de l'Ontario Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon / Icônes : Freepik de www.flaticon.com

Légalisation du cannabis

La légalisation prévue cet été de l’usage récréatif de la marijuana entraînera des dépenses de 40 millions en 2018-2019 pour le gouvernement ontarien, à cause du coût de lancement des nouveaux points de vente provinciaux de cannabis.

Le gouvernement n'a pas prévu de sensibilisation particulière dans les écoles aux risques associés à la consommation de marijuana. Le gouvernement fédéral doit légaliser la consommation de la marijuana à des fins récréatives cet été. Photo : La Presse canadienne / Pawel Dwulit

À moyen terme, toutefois, le ministère ontarien des Finances prévoit que la légalisation du cannabis lui rapportera plus de 200 millions par année.

  • Portion ontarienne de la taxe fédérale sur le cannabis : 35 M$ (2018-2019); 80 M$ (2019-2020); 115 M$ (2020-2021).
  • Revenu net de la Société ontarienne de vente du cannabis : -40 M$ (2018-2019); 35 M$ (2019-2020); 100 M$ (2020-2021).

Déficit

Le ministre ontarien des Finances, Charles Sousa, avait fait de l’équilibre budgétaire son cheval de bataille dans le passé, réussissant à sortir du rouge en 2017-2018, après neuf déficits d’affilée.

Toutefois, les libéraux renient maintenant leur promesse de maintenir l’équilibre budgétaire. En fait, même s’ils sont réélus en juin, ils ne prévoient pas de budget équilibré durant le prochain mandat.

De 6,7 G$ pour 2018-2019 à 0 $ pour 2024-2025.Équilibre budgétaire prévu pour 2024-2025 - ministère des Finances de l'Ontario Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon / Icônes : Freepik de www.flaticon.com

Le ministre Sousa se défend de délier les cordons de la bourse pour tenter d’acheter les Ontariens avec leur propre argent.

On a un choix à faire, beaucoup d’Ontariens ont besoin d’aide.

Charles Sousa, ministre ontarien des Finances

Le ministre Sousa décoche ainsi une flèche à l'endroit des conservateurs.

Plus d'impôt à payer pour les mieux nantis

Le gouvernement veut simplifier la façon dont l’impôt sur le revenu des particuliers est calculé, éliminant la surtaxe pour les mieux nantis, tout en modifiant les fourchettes actuelles d’imposition. Résultat : un allègement fiscal pour 680 000 contribuables, mais un peu plus d’impôt à payer pour 1,8 million d'Ontariens qui gagnent 71 500 $ et plus. Par exemple, un particulier dont le revenu est de 95 000 $ devrait payer 168 $ de plus en 2018. Ces changements doivent faire augmenter les revenus du gouvernement de 275 millions en 2018-2019.

Assez pour gagner les élections?

La professeure de sciences politiques Geneviève Tellier de l’Université d’Ottawa affirme que les libéraux « tournent à gauche » dans leur budget, tentant de couper l’herbe sous le pied du NPD et de se distinguer des conservateurs.

« C’est clairement un budget électoral. Le mot déficit n’est plus tabou. »Geneviève Tellier, politologue, Université d'Ottawa Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Il reste à voir, dit Mme Tellier, si une majorité d’électeurs partageront la vision des libéraux. À ce chapitre, elle perçoit des divisions entre les Ontariens des régions urbaines et ceux des communautés rurales, qui ont plutôt appuyé les conservateurs dans le passé.

De son côté, l’économiste indépendant Donald Rumball soutient que les déficits devraient plutôt servir à relancer l’économie en période difficile.

« Pourquoi avoir un déficit quand l’économie est en pleine croissance? Ce n’est pas normal. »Donald Rumball, économiste indépendant Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Contrairement aux dernières années, l’Ontario ne pourra pas compter principalement sur la croissance économique pour effacer son déficit d'ici 2024-2025 ajoute M. Rumball.

La province prévoit un taux de croissance du PIB plutôt modeste au cours des prochaines années : 2,2 % (2018), 1,8 % (2019), 1,9 % (2020) et 1,7 % (2021).

Pour M. Rumball, il sera « difficile » pour le gouvernement d’équilibrer le budget sans hausse de taxes ou d’impôt.

Réactions de l’opposition

Photo de Doug Ford au podium portant une cravate bleue.Le chef des conservateurs, Doug Ford Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

Le chef conservateur Doug Ford accuse la première ministre Kathleen Wynne et les libéraux de dépenser l’argent des contribuables sans compter, pour tenter de se faire réélire.

Les libéraux pensent qu’ils peuvent acheter votre vote.

Doug Ford, chef de l'opposition

M. Ford affirme aussi que les changements prévus aux fourchettes d’imposition entraîneront des hausses d’impôt pour plus de 1,8 million d’Ontariens. « C’est 2 milliards de plus en impôt (sur trois ans) », dénonce-t-il.

  • Le chef conservateur assure qu’il n’augmentera pas l’impôt des Ontariens, s’il est élu. Toutefois, il n’a pas voulu dire quelles promesses libérales il abandonnerait ni ce que contiendra la plateforme conservatrice.
  • Doug Ford promet, s’il est élu, de sortir l’Ontario du marché conjoint du carbone avec le Québec et la Californie, sans dire comment il compenserait cette perte de revenus. Les quotas d’émissions doivent rapporter 2,4 milliards à la province en 2017-2018.
  • Le chef du PC n’écarte pas un déficit, sans donner plus de détails avant d’avoir lui-même analysé l’état des finances publiques.

Sur les platebandes du NPD

Photo d'Andrea Horwath au podium.La chef du NPD, Andrea Horwath Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

De son côté, la chef du NPD Andrea Horwath soutient que le budget des libéraux n'est « pas un budget de gauche ». Selon elle, il ne contient pas de changements « substantiels », ne s’attaquant pas notamment à la pauvreté infantile ni à l’engorgement dans le transport en commun.

Les libéraux ont eu 15 ans [de pouvoir] et ils n’ont fait qu’empirer les choses.

Andrea Horwath, chef du NPD

Mme Horwath affirme qu’un gouvernement néo-démocrate mettrait entre autres en place un programme universel d’assurances dentaire et médicaments, qui irait beaucoup plus loin que la proposition des libéraux.

Elle n’a pas voulu dire à combien se chiffrerait le déficit provincial sous le NPD, expliquant que la plateforme électorale du parti sera dévoilée « sous peu ».

La campagne électorale en Ontario doit être déclenchée au début mai, en prévision d’élections le 7 juin.

Toronto

Politique provinciale