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Matt Holubowski, l’ambition internationale d’un complexé

Matt Holubowski joue dans l'église Sainte-Thérèse avec ses musiciens.

L'auteur-compositeur-interprète Matt Holubowski a fait plus d'une fois le tour du Québec avec son dernier album Solitudes.

Photo : Courtoisie/Geneviève Ringuet

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le printemps 2018 a des parfums d'Europe pour Matt Holubowski, grâce à une tournée prévue aux côtés du chanteur Ben Folds. Cette première incursion sur le Vieux Continent reflète les aspirations artistiques de celui qui s'est acharné à se défaire d'une célébrité télévisuelle en faisant ses preuves sur scène.

Un texte d'Antoine Aubert

Dans son plan de carrière alla Céline Dion, Matt Holubowski veut franchir une étape importante. Si les styles musicaux des deux Québécois n’ont guère de similarités, l’artiste né à Hudson voit la stratégie de la diva et de René Angélil comme le modèle à suivre : oui à la conquête des marchés étrangers, mais seulement après avoir fait ses preuves chez soi.

« Je pense que si elle a réussi à être propulsée ainsi par le public québécois, c’est parce qu’elle lui a vraiment donné toute son âme avant d’en faire de même à l’international », explique-t-il, attablé tranquillement dans un café de l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, à Montréal.

Voilà pourquoi, depuis presque deux ans, Matt Holubowski s’est démené, parcourant cinq fois le Québec avec sa tournée Solitudes, du nom de son deuxième album (qui évoque le mur d’incompréhension entre anglophones et francophones du Québec).

Le public a eu plus que le temps de se familiariser avec son épaisse tignasse brune, sa voix sensible et son beau folk (essentiellement) anglophone. Connu pour sa réelle modestie – qui prend parfois l’apparence d’une autoflagellation –, l’artiste assure en avoir profité pour s’améliorer, évoquant des « fautes d’amateurs » que seuls des habitués pourraient pardonner.

Son corps lui a d’ailleurs peut-être signifié qu’il avait un peu trop tiré sur la corde. En novembre 2017, après une centaine de concerts, il a été victime d’une mauvaise chute sur scène qui s’est conclue par un pied cassé. Les spectacles ont néanmoins continué, mais il a dû faire une croix sur un séjour en Inde prévu depuis longtemps. Rien de bien réjouissant pour cet amoureux des voyages, dont il s’inspire pour ses chansons.

La tournée en Europe, où il assurera les premières parties de Ben Folds, (en mai et en juin), devrait lui permettre de rassasier son envie voir d’autres contrées, tout en franchissant un palier artistique.

Une première partie, si t’es chanceux, t’as 30 minutes pour vérifier le son, 20 minutes de prestation et encore 30 minutes pour ranger ton matériel. Donc ça laisse du temps pour apprécier la musique de Ben Folds, et aussi apprécier les villes.

Matt Holubowski

Ne pas partir la fleur au fusil

Néanmoins, ne nous y trompons pas : Matt Holubowski aura beau parfois déambuler dans les rues de Paris, de Londres, d'Amsterdam ou de Berlin comme un touriste, son ambition professionnelle reste grande. Il dit rêver d’une carrière en Europe depuis qu’il s’est lancé dans la musique.

L'artiste s’est montré patient, histoire de ne pas devenir l’un des ceux qui partent la fleur au fusil « sur une tournée gigantesque, avec des villes glamour, [qui] dépensent 20 ou 30 000 dollars pour jouer devant 15 personnes et vendent une centaine de CD quand ils sont chanceux, puis se retrouvent endettés. »

Pour sa part, son pari financier mise sur des prestations dans des salles pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes. Cette expérience sur scène s’accompagne aussi d’une stratégie qui vise à faire connaître la musique du poulain d’Audiogram au Royaume-Uni, en France et en Allemagne.

Inconnu au Canada anglais

Paradoxalement, percer dans ces trois pays pourrait l’amener, par ricochet, à se faire remarquer au Canada hors Québec. Solitudes a beau être composé 9 titres sur 11 enregistrés en anglais, Matt Holubowski reste aujourd’hui un quasi inconnu dans le reste du pays.

Il cite le nombre restreint de médias anglophones intéressés par les nouveautés artistiques pour tenter d’expliquer cette anomalie. Le jeune homme regrette également une autre solitude culturelle, cette fois à l’échelle de tout le Canada. Charlotte Cardin lui sert d’exemple : bien que cette dernière chante elle aussi en anglais, c’est surtout parce qu’elle est partie en tournée aux États-Unis et en Europe que la Québécoise, nommée aux prix Juno cette année, a pu se faire remarquer d’un océan à l’autre.

Dans le cas de Matt Holubowski, le grand saut européen se fera sans ses musiciens, à la demande de l’équipe de Ben Folds (qui ne sera lui-même accompagné que de son seul piano). Il s’agit d’une nouveauté pour le Québécois qui emploie presque toujours « nous » au lieu du « je » lorsqu’il parle de sa passion et de ses concerts.

Pas du genre à jouer au coq égocentrique, l’artiste n’est pas non plus un habitué des premières parties; tout juste se souvient-il de celles pour Milky Chance et City and Colour – une influence musicale primordiale pour le Québécois – à l'occasion de festivals en 2017. « Je n’en ai pas fait autant qu’un artiste en développement devrait », s’autocritique-t-il.

Le complexe de l’imposteur encore présent

Au détour de cette phrase, on retrouve toute la contrariété de l’auteur-compositeur-interprète d’avoir été découvert à La voix plutôt que sur scène. Il parle de l’expérience TVA sans jamais mentionner le nom de l’émission, son « Voldemort » à lui, ni même sans qu’on ait eu l’intention de lui poser de questions sur le sujet – comme pour devancer l’instant pénible qu’il serait dans l’obligation d’expier.

Matt Holubowski chante dans l'église Sainte-Thérèse.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'artiste dit rêver d’une carrière en Europe depuis qu’il s’est lancé dans la musique.

Photo : Courtoisie/Geneviève Ringuet

Loin des studios télé, on peut supposer que la tournée québécoise de Matt Holubowski a pris des allures de baume sur la brûlure que représentait ce qu’il décrit comme un culte de la personnalité extrême, aveuglant et malsain.

L’intéressé dit aujourd’hui être plus à l’aise avec la lumière, se prêtant plus facilement aux entrevues ou aux séances de photos. Voir son nom associé à celui d’un grand nom du rock alternatif devrait achever de le convaincre qu’il n’est plus l’imposteur qu’il décrit dans l’une des rares chansons en français de Solitudes. Il dit d’ailleurs s’être aujourd’hui détaché du titre, parce qu’il « trouve le texte banal ».

Au moment de l’entrevue, fin février, le chanteur n’avait toujours pas arrêté son choix sur les morceaux qu’il prévoyait jouer de l’autre côté de l’Atlantique. Il envisageait de présenter des nouvelles créations, qu’on pourrait ensuite trouver sur son troisième album, entièrement en anglais, attendu à l’automne 2019.

Le public montréalais aura également l'occasion de découvrir ces nouveautés dès cette année, puisque Matt Holubowski est attendu à Osheaga, début août. Il retrouvera ainsi ses admirateurs québécois; celles et ceux qui l’ont aidé à se sentir assez légitime pour partir à la conquête de l’Europe.

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