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Un gars, une fille : Sylvie Léonard avait le même salaire que Guy A. Lepage

Les deux acteurs lors d'un match de baseball.
Guy A. Lepage et Sylvie Léonard dans une scène de la série Un gars, une fille le 23 septembre 2000 Photo: Avanti Ciné Vidéo
Radio-Canada

Dans les dernières semaines, plusieurs histoires de différences salariales entre des acteurs et des actrices partageant l'affiche d'une série télévisée ont fait les manchettes.

Un texte de Cécile Gladel

Dans la série The Crown, l’actrice Claire Foy qui joue le rôle d’Élisabeth II était moins payée que l'acteur qui incarnait le prince Philip, Matt Smith. Jean Dujardin avait un salaire trois fois supérieur à celui d'Alexandra Lamy dans la série Un gars, une fille en France, avant que le comédien ne l’apprenne et n’exige la parité.

Jean Dujardin grimace et Alexandra Lamy le menace en pointant son doigt près de son visage dans la série <i>Un gars, une fille</i>.Jean Dujardin et Alexandra Lamy dans la série Un gars une fille Photo : France TV

Sylvie Léonard, qui a créé et joué le rôle de la fille au Québec, a été totalement abasourdie d’apprendre la différence de salaire entre les comédiens en France. « En même temps, je me pose seulement la question. Est-ce que la société française est différente? »

Celui qui a créé cette série au Québec, l’animateur de Tout le monde en parle, Guy A. Lepage, a tout de suite réagi en répondant à une question sur Twitter pour dire que son salaire d'acteur était le même que Sylvie Léonard.

En entrevue, il explique que la parité salariale était fondamentale pour lui. Il croit à la parité entre collègues qui font le même travail. Il rappelle que les comédiens de Friends et de Seinfeld recevaient tous le même cachet par émission.

C’était ma philosophie, je voulais le même salaire [que Sylvie Léonard], on faisait le même nombre d’heures. J’ai aussi averti mon producteur que, chaque fois que j’aurais une augmentation, [Sylvie] devait l’avoir.

Guy A. Lepage

Une parité que reconnaît la comédienne Sylvie Léonard. « Dans le cas d’Un gars un fille, j’aime dire : "C’est Guy qui a eu le même salaire que moi", dit-elle en riant. Il n’a pas eu à me protéger, il ne s’est pas battu, et c’était transparent entre nous. »

Elle ajoute que la série était une exception et donne plusieurs exemples où elle n’a pas été payée autant qu’un acteur masculin qui avait un rôle de même importance qu’elle. « Un gars une fille, c’était un processus complètement à l’envers. C’est un projet qui est né de notre relation avec Guy. On a décidé de faire ça ensemble. J’ai créé Sylvie », explique-t-elle.

La comédienne se tient à côté du comédien.Guy A. Lepage et Sylvie Léonard en 1998 pour la série « Un gars, une fille » Photo : Radio-Canada / Jean Bernier

Travail égal, salaire égal

À la fin de son entrevue à Tout le monde en parle dimanche dernier, la comédienne Anne Dorval a abordé la question de l’équité salariale dans le milieu du spectacle. Elle affirme ne pas trop s’en faire, mais que si elle apprenait qu'un comédien était payé plus qu'elle pour un rôle semblable, elle serait en colère. « Ce n'est pas juste, ce n'est pas normal. » Elle a souligné qu'elle avait le même salaire que Marc Labrèche lors de leurs projets communs et qu'ils s'en parlaient.

Elle sourit. Elle porte un chandail à motifs de fleurs.La comédienne Anne Dorval parle de son séjour au Vietnam pour le tournage d'un film. Photo : Radio-Canada / Karine Dufour

D’ailleurs, Guy A. Lepage applique la parité dans tous ses autres projets. « Je viens du milieu communautaire, on fonctionne à travail égal, salaire égal, tous les membres de Rock et Belles Oreilles étaient payés le même salaire. » La parité salariale s’étendait aux auteurs de la série Un gars, une fille.

Comme producteur, il travaille actuellement à un projet sur lequel il ne veut pas en dire trop. Il y tient l’un des trois rôles principaux avec une femme et un enfant.

On a le même cachet quotidien. Je continue à appliquer ça. Ce niveau de justice est important.

Guy A. Lepage

Même chose quand il participe à une émission qui existe déjà, il veut être payé comme ses collègues qui ont le même type de rôle. « Je ne veux pas gagner plus que les autres. Je ne joue pas sur ma notoriété pour les projets qui ne sont pas les miens. »

Cependant, si Guy A. Lepage a imposé la parité salariale pour la série Un gars une fille au Québec, il n’a pas pu avoir les mêmes exigences dans les pays où la série a été reprise. « Je n’étais pas le producteur, je n’avais aucun pouvoir. »

L’animateur cite une étude interne de l’Union des artistes (UDA) de 2016 sur les différences de salaires entre les artistes hommes et femmes qui se creusent et parle des récentes histoires sorties dans les médias. « Il semblerait qu’à part les grandes vedettes féminines, il y a une disparité. C’est affligeant et pas cool », se désole-t-il.

Il souritL'animateur Guy A. Lepage Photo : Radio-Canada / Karine Dufour

Les artistes doivent se parler d’argent

Guy A. Lepage se souvient d’avoir eu une discussion avec le comédien Jean Dujardin avant le début de la série en France sur le cachet qu’il devrait demander.

« C’est très rare que les comédiens se parlent de leurs cachets, que ce soit au Québec, en France ou aux États-Unis. Parfois, tu l’apprends et tu es en colère contre ton collègue, alors qu’il n’a rien à voir avec cette disparité. Ce n’est pas la faute de l’acteur, c’est le producteur qui a abusé, ou l’agent qui n’a pas fait son travail. La négociation se passe entre le producteur et l’agent, les comédiens n’ont rien à y voir », soutient-il.

À l'émission Tout le monde en parle, Anne Dorval a souligné qu'elle ne savait pas si elle était jalouse du cachet des hommes avec qui elle travaille. « Ce sont des choses dont on ne discute pas entre nous. »

Si, pour l'animateur, ce sont les producteurs et les agents qui détiennent la clef pour l’atteinte de la parité salariale, il pense que les comédiens devraient mettre de côté leur pudeur et s’en parler.

La pire erreur, c’est de ne pas parler d’argent. Cette pudeur n’a aucune utilité. Il faut que les agents se parlent, il faut que les comédiens se parlent.

Guy A. Lepage

Sylvie Léonard souligne que les acteurs se parlent de plus en plus, mais que ce n’est pas systémique. « On s’en parle quand il s’agit d’amis. Mais c’est encore un combat, à expérience égale, c’est une bataille. Ce n’est pas gagné. »

Elle sourit. Elle porte une robe à pois.La comédienne Sylvie Léonard Photo : Radio-Canada / Mathieu Valiquette

Guy A. Lepage comprend la pudeur des artistes et la difficulté d’apprendre la négociation dans un milieu géré par l’offre et la demande ainsi que la popularité.

« Si l'on ne connaît pas le marché, ça s’apprend au fil des années, et tout le monde ne veut pas donner ses trucs de négociation. Mais un agent qui défend bien son client devrait exiger le même cachet [que les covedettes de son comédien]. Le montant ne veut rien dire », soutient-il.

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