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D’où proviennent les étudiants étrangers du Canada?

Deux affiches à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal indiquent avec des flèches pointant à droite: "Accueil Plus, Bienvenue aux nouveaux étudiants internationaux" et ce, en français et en anglais.

Accueil des étudiants étrangers à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal par le service Accueil Plus

Photo : Laetitia Laronze – Concertation Montréal (CMTL)

Radio-Canada

Depuis les 15 dernières années, le nombre d'étudiants étrangers au Canada a explosé. De 2006 à 2016, leur nombre a plus que doublé et leurs origines se sont diversifiées. Analyse du phénomène.

Un texte de Djavan Habel-Thurton

Lors de l’année scolaire 2015-2016, il y avait 221 862 étudiants étrangers dans les classes des universités et collèges canadiens. Découvrez de quels pays ils provenaient sur la carte interactive ci-dessous.

Carte des étudiants étrangers selon leur pays d'origine.Agrandir l’image

Carte des étudiants étrangers selon leur pays d'origine

Photo : Radio-Canada / Carto

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

Les Chinois se démarquent en étant plus de 70 000 citoyens à étudier au Canada. L’Inde se trouve en deuxième position de ce classement, alors que plus de 26 000 de ses ressortissants étudient au pays. Les quelque 18 000 étudiants qui placent la France en troisième place sont presque tous inscrits dans des établissements d'enseignement québécois.

Imposante délégation chinoise

Les Chinois représentent, à eux seuls, 32 % de tous les étudiants étrangers qu’accueille le Canada. La délégation massive de la Chine est, selon Guy Lefebvre, vice-recteur aux affaires internationales et à la Francophonie à l’Université de Montréal, le résultat de la croissance d’une classe moyenne considérable, d’une culture accordant beaucoup d’importance à l’éducation supérieure, mais aussi d’une généreuse aide financière de l’État chinois à la mobilité étudiante.

« En Chine, il y a énormément de bourses offertes aux étudiants pour compléter toute sorte de séjours d’études », explique-t-il.

En analysant ces chiffres, il faut toutefois tenir compte du poids démographique de la Chine. Près de 44 millions de Chinois fréquentaient l’université en 2016. C’est donc somme toute une infime fraction d'entre eux qui choisissent le Canada. Les pays qui se démarquent le plus par la proportion de leurs étudiants qui choisissent le Canada sont les îles des Caraïbes. Parmi les nations plus peuplées, c’est en France que le plus grand pourcentage de jeunes décident d’étudier au Canada.

La Chine n’est pas le seul pays dont le nombre d’étudiants au Canada a connu une croissance fulgurante. On remarque aussi, de 2006 à 2016, l’augmentation marquée du nombre d’étudiants en provenance de l’Inde (de 4191 à 26 562), du Nigeria (de 950 à 6600) et de l’Arabie saoudite (de 1035 à 6540).

Pour Kareem El-Assal, associé de recherche sénior au Conference Board du Canada, l'afflux d’étudiants saoudiens s’explique par les généreuses bourses offertes par le gouvernement de leur pays. En échange de cette aide financière, les étudiants doivent toutefois retourner en Arabie saoudite après leurs études.

Dans le cas de l’Inde et du Nigeria, l’expert évoque la croissance fulgurante de leur classe moyenne. « Avec plus de revenus disponibles dans les pays en développement vient une augmentation de la demande pour les universités des pays anglophones », explique M. El-Assal, auteur du rapport Attirer et retenir plus d’étudiants internationaux.

À l’inverse, depuis 10 ans, le nombre d’étudiants américains inscrits dans les universités et collèges canadiens a stagné.

Le Canada, un hôte de choix

Selon Karen McKellin, directrice générale de l’accueil des étudiants étrangers de l’Université de Colombie-Britannique (UBC), l’augmentation du nombre d’étudiants étrangers au Canada est aussi le résultat des conditions optimales qu’on leur offre. « Le programme de visa étudiant soutient la mobilité internationale en permettant aux étudiants de travailler à temps partiel durant leurs études et même de rester travailler un certain temps après la fin de leurs études », précise celle qui est responsable du développement de la clientèle étrangère depuis 20 ans.

Kareem El-Assad va encore plus loin. « Nous offrons certaines des conditions les plus compétitives au monde. La période de travail permise après les études est l'occasion de déposer une demande d'immigration », explique-t-il.

Selon les derniers chiffres du gouvernement fédéral, 40 % de ceux qui ont obtenu le statut d’immigrant sont d'anciens étudiants étrangers au Canada.

Toutefois, étudier au Canada est loin de garantir une place permanente au pays, nuance l’expert. Il explique que parmi les anciens étudiants étrangers, ceux ayant les meilleures compétences linguistiques en français ou en anglais ainsi qu’un diplôme en demande sur le marché de l’emploi sont largement favorisés.

Choisir le Canada est aussi une décision économique. Les frais de scolarité y sont fort compétitifs, même pour les étrangers. La relative faiblesse du dollar canadien rend aussi le pays attrayant.

À l’Université de Montréal, on cite la réputation enviable de la métropole québécoise pour expliquer l’augmentation constante du nombre d’étudiants étrangers. « Montréal est reconnue dans les sondages internationaux comme une, sinon la meilleure ville sur la planète pour étudier », affirme Guy Lefebvre, faisant entre autres référence au récent palmarès de Quacquarelli Symonds mettant Montréal en tête des villes étudiantes dans le monde.

Le contexte politique des États-Unis avantage aussi les universités canadiennes, qui sont en compétition directe avec les établissements d'enseignement américains. Devant l’incertitude émanant de la politique étrangère de l'administration Trump, plusieurs étudiants étrangers choisissent le Canada.

Tous ces facteurs expliquent donc pourquoi le flot de mobilité des étudiants étrangers au Canada affiche un important surplus. En effet, selon l’Institut de statistique de l’UNESCO, il y avait, en 2016, 3,7 fois plus d’étudiants étrangers au Canada que de Canadiens étudiant à l’étranger.

Le Québec et la francophonie

Alors que presque partout ailleurs au Canada les étudiants chinois sont les plus nombreux, les Français sont de loin les plus représentés dans les universités québécoises (39 % des étudiants étrangers au Québec). C’est en partie grâce à l’entente entre le gouvernement du Québec et celui de la France, qui permet aux étudiants français de payer des frais de scolarité préférentiels dans les universités de la province.

Les ressortissants d'autres pays de la francophonie sont aussi beaucoup plus représentés au Québec que dans les autres provinces. Par exemple, 82 % des Tunisiens, 70 % des Marocains et 64 % des Sénégalais étudiant au Canada ont choisi un établissement québécois.

Le graphique ci-dessous permet de visualiser les pays d’origine et les provinces de destination des étudiants étrangers. Si plus de 90 % des Français choisissent le Québec pour étudier, une large part des étudiants chinois et indiens optent pour l'Ontario. On voit aussi que l’Ontario, la Colombie-Britannique et le Québec accueillent à eux seuls 80 % des étudiants étrangers du Canada.

Un graphique montre par des bandes reliant des pays d'origine et des provinces de destination le flot d'étudiants. La largeur de ces bandes indiques le nombres d'étudiants. Le faits saillants qui en émanent sont que presque tous les étudiants français vont au Québec, que la province de choix des Chinois et des Indiens est l'Ontario et que le Québec, l'Ontario et la Colombie-Britannique reçoivent à eux trois une grande partie de tous les étudiants internationaux au Canada.

Le pays d'origine et la province de destination des étudiants internationaux au Canada lors de l'année scolaire 2015-2016

Photo : Radio-Canada / Djavan Habel-Thurton

Pour attirer une clientèle plus diversifiée dont la langue maternelle n'est pas le français et ainsi compétitionner avec les autres universités canadiennes, les institutions francophones doivent redoubler d’efforts, explique Guy Lefebvre.

C’est entre autres pourquoi l’Université de Montréal inaugurait, en janvier 2018, son bureau à Beijing dans le but de consolider sa présence et ses relations dans la région. Plusieurs universités francophones proposent également des programmes de francisation ayant lieu tant avant que durant les études au Québec d’étudiants étrangers.

Méthodologie

Cette analyse est basée sur des données colligées et rendues publiques par Statistique Canada et sujettes à révision. Elle inclut les étudiants qui ne sont ni citoyens canadiens ni résidents permanents du Canada et qui sont inscrits dans les collèges et universités du Canada. Pour empêcher l’identification d’individus spécifiques, l’ensemble des valeurs sont aléatoirement arrondies à un multiple de 3 inférieur ou supérieur. Pour alléger le texte et les graphiques, les années utilisées sont celles ayant commencé durant les années scolaires en cours (2016 pour l’année scolaire 2015-2016).

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