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Une artiste algonquine fait du perlage au Musée des beaux-arts de Montréal

L'artiste algonquine Jobena Petonoquot au Musée des beaux-arts de Montréal

L'artiste algonquine Jobena Petonoquot au Musée des beaux-arts de Montréal

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Radio-Canada

Le tissage de perles s'invite cette année au Musée des beaux-arts de Montréal. En plus de l'exposition de Nadia Myre au sous-sol, une première résidente autochtone au Musée fait découvrir aux visiteurs cette pratique ancestrale, un moyen pour elle de créer des ponts et de réaffirmer son identité.

Un texte de Laurence Niosi

Depuis le 2 février, l’artiste algonquine Jobena Petonoquot effectue de la recherche autour des collections du musée et réalise quelques esquisses – qu’elle reproduit souvent sur des objets de la vie quotidienne : des mocassins, des mitaines, des sacs à main.

Pour Jobena Petonoquot, il ne s'agit pas juste de simples objets : elle se réapproprie sa culture à travers le perlage, une technique ancestrale largement répandue dans les communautés autochtones. Parmi les sujets évoqués dans son art, on retrouve le colonialisme, les femmes disparues et assassinées, les stéréotypes...

« Je ne parle pas très bien ma langue [l’algonquin], donc l'art est un outil très puissant pour moi. D’une certaine manière, je peux parler ma langue à travers l'art », affirme la lauréate d’ « Empreintes », une résidence décernée depuis cinq ans en collaboration avec le Conseil des arts de Montréal à un artiste professionnel issu de la diversité culturelle ou des communautés autochtones.

Depuis quelques semaines, l’artiste algonquine a pris l’habitude de « parler sa langue » – elle perle – devant les visiteurs du musée au nouveau Pavillon pour la Paix. Une façon pour elle d’affirmer sa présence. « J’envahis le musée. Je suis comme un colonisateur, mais avec des perles », dit-elle en riant.

Et d’ajouter, plus sérieuse : « je pense qu'il est temps pour nous d'arrêter d'être inactif et de dire aux gens qui nous sommes ».

Des mocassins recouverts de perles par l'artiste algonquine Jobena Petonoquot

Des mocassins recouverts de perles par l'artiste algonquine Jobena Petonoquot

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

De Kitigan Zibi à Montréal

Née dans la communauté de Kitigan Zibi, près de Maniwaki, l’artiste de 37 ans a passé une bonne partie de sa vie dans la communauté naskapie de Kawawachikamach, près de Schefferville. Même si elle vient d’une famille artistique, Jobena a appris seule le métier : ni sa mère ni sa grand-mère, trop occupée à élever 16 enfants, ne faisaient du perlage. « C’était vraiment de l’essai-erreur au début [pour moi] », raconte-t-elle.

Si elle a vécu quelques années à Montréal pour terminer des études en arts visuels à l’Université Concordia, aujourd’hui, elle travaille chez elle, dans sa communauté. Ses perles, elle les achète sur Internet, sur les sites de revente Ebay ou Etsy.

Celle qui cite parmi ses influences les artistes cris Kent Monkman et Ruth Cuthand s’inspire particulièrement de l'époque victorienne, et de ses liens avec les cultures autochtones. Dans l'une de ses oeuvres, Drinking tea with the queen (« Prendre le thé avec la reine »), l’artiste représente, dans une série de trois images, une peau de castor, une tasse de thé victorienne et une « poupée indienne » de boutique de souvenirs. Trois symboles de la « présence coloniale ».

Son travail n’est pas sans rappeler celui de l’artiste montréalaise bien établie Nadia Myre, elle aussi d’origine algonquine, dont les oeuvres sont exposées jusqu’en mai au Musée des beaux-arts de Montréal. L’artiste dénonce elle aussi la politique coloniale, notamment dans son oeuvre Indian Act, dans laquelle elle recouvre de perles brodées les 56 pages du texte de la Loi sur les Indiens.

La commissaire Geneviève Goyer-Ouimette, mentore de Jobena Petonoquot pendant sa résidence, affirme avoir été particulièrement impressionnée par la capacité de l'artiste à s’approprier ses sujets.

« Le travail de Jobena, quand on est devant, on a l’impression de rencontrer une personne. Et le format de ses pièces est très intéressant, car c’est tout petit. Alors traiter de sujets d’envergure nationale et les ramener à quelque chose d’intime, il y a quelque chose de fort, là dedans », souligne la conservatrice d'art québécois et canadien contemporain.

L'artiste algonquine Jobena Petonoquot

L'artiste algonquine Jobena Petonoquot

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Dans le cadre de sa résidence, Jobena Petonoquot s’est aussi intéressée aux rapports entre les Autochtones et les non-Autochtones, tels qu’ils transparaissent dans la collection d’art québécois et canadien du musée, particulièrement dans l’art des peintres du Groupe des Sept.

« Je me souviens d'avoir vu ces peintures à l'université. Elles sont très belles, mais il y a toujours beaucoup d’absence, dans ces peintures. Elles semblent suggérer la notion que c'est une zone inhabitée par les Premières Nations », dit-elle, passant devant une oeuvre du peintre Tom Thomson, In the Northland.

« Même si ce n'était pas là l'intention, je pense que parfois, l'art peut être utilisé comme une arme pour transmettre un message qui n'est pas nécessairement vrai », ajoute-t-elle.

Dans quelques mois, Jobena Petonoquot aura l'occasion de transmettre son propre message, puisqu'elle montera son exposition, inspirée de ses réflexions au musée. Elle sera présentée dans les locaux du Conseil des arts de Montréal, rue Sherbrooke.

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