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L’Occident expulse une centaine de diplomates russes dans la foulée de l’affaire Skripal

Deux piétons longent la grille devant le consulat de Russie à Montréal.

Le consulat de Russie sur la rue du Musée à Montréal.

Photo : Reuters / Christinne Muschi

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une quinzaine de pays occidentaux, dont le Canada et les États-Unis, ont annoncé lundi l'expulsion imminente de diplomates russes dans le cadre d'une action coordonnée visant à dénoncer l'empoisonnement au gaz innervant de l'ex-agent russe Sergueï Skripal au Royaume-Uni. Moscou dénonce une « provocation » et promet de riposter.

Le geste le plus décisif en ce sens est venu des États-Unis, où l'administration Trump a annoncé l'expulsion de 48 « agents de renseignement connus » du consulat de Russie à Seattle, qui sera par ailleurs fermé, et de 12 autres en poste à la mission russe des Nations unies. Ils ont tous sept jours pour quitter le territoire américain.

« La décision du président montre que les gestes de la Russie ont des conséquences », a commenté l'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley. « Au-delà des actions déstabilisatrices de la Russie partout dans le monde, comme sa participation aux atrocités en Russie et ses gestes illégaux en Ukraine, elle a maintenant utilisé une arme chimique à l'intérieur des frontières de l'un de nos plus proches alliés. »

« Ici, à New York, la Russie utilise les Nations unies comme un refuge sûr pour des activités dangereuses à l'intérieur de nos frontières », a-t-elle poursuivi. « Aujourd'hui, les États-Unis et plusieurs de nos alliés envoient un message que nous n'allons pas tolérer les inconduites russes. »

« Les États-Unis sont prêts à coopérer pour bâtir une meilleure relation avec la Russie, mais cela ne peut se produire que si le gouvernement russe change d'attitude », a pour sa part commenté la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders.

Selon le département d'État américain, la fermeture du consulat russe à Seattle, sur la côte ouest des États-Unis, s'explique notamment en raison de la proximité d'une base de sous-marins.

Action concertée de 14 pays d'Europe

Peu après l'annonce américaine, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a fait savoir que 14 pays membres de l'Union européenne (UE) ont aussi décidé d'expulser des diplomates russes.

L'Allemagne (quatre expulsions), la France (quatre), la Pologne (quatre), la République tchèque (trois), la Lituanie (trois), l'Italie (deux), le Danemark (deux), les Pays-Bas (deux), la Finlande (une), la Lettonie (une) et l'Estonie (une) ont déjà confirmé qu'ils suivent le mouvement. La Roumanie, la Suède et la Croatie seraient les trois autres pays qui feraient de même, selon des sources diplomatiques.

De manière concertée, 14 pays de l'UE ont décidé d'expulser des diplomates russes. [...] Des mesures supplémentaires, incluant de nouvelles expulsions, ne sont pas exclues dans les prochains jours et [les prochaines] semaines.

Une citation de : Donald Tusk

Selon un responsable européen cité par l'AFP, une trentaine de diplomates russes seront expulsés au total, mais il incombe à chaque pays de faire ses annonces. La décision d'agir de manière concertée dans ce dossier a été prise lors du sommet européen tenu jeudi passé, à Bruxelles.

Un participant à la réunion soutient qu'il a d'abord été question d'expulser des diplomates en poste dans les représentations de la Russie auprès de l'UE. Ces derniers sont cependant officiellement accrédités auprès du Royaume de Belgique, qui accueille les institutions européennes. La décision de les expulser aurait donc incombé aux autorités belges, ce que le premier ministre belge, Charles Michel, a refusé de faire.

Les dirigeants européens ont finalement demandé le rappel du chef de la délégation de l'UE à Moscou pour consultations pendant le sommet, renvoyant à lundi des mesures nationales coordonnées. À moins d'un revirement de situation, il semble toutefois que l'Autriche, la Belgique, l'Espagne, la Grèce, la Hongrie, le Portugal, la Slovaquie, la Slovénie, la Bulgarie, l'Irlande, le Luxembourg, Chypre et Malte ont décidé de ne pas emboîter le pas à leurs alliés.

L'Ukraine, qui n'est pas membre de l'UE, a aussi suivi le mouvement en expulsant 13 diplomates. Le président ukrainien, Petro Porochenko, cité par son service de presse, dit agir « dans un esprit de solidarité avec nos partenaires britanniques et nos alliés transatlantiques et en coordination avec les pays de l'UE ».

« La Russie a une nouvelle fois confirmé son mépris non seulement pour la souveraineté des États indépendants, mais aussi pour la vie humaine », a-t-il poursuivi. « L'Ukraine le ressent quotidiennement dans sa Crimée occupée et dans le Donbass », une région de l'est du pays en proie à une insurrection prorusse.

L'attentat de Salisbury, « un acte méprisable » - Chrystia Freeland

Image prise d'un moniteur vidéo montrant Sergueï Skripal avec son avocate en discussion.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'ex agent russe Sergueï Skripal discute avec son avocate dans une salle de cour.

Photo : La Presse canadienne / Misha Japaridze/AP

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a annoncé pour sa part que le gouvernement Trudeau va expulser « par solidarité avec le Royaume-Uni » quatre diplomates russes, dont l'un était en poste à l’ambassade russe à Ottawa et trois autres, au consulat général de la Russie à Montréal, en plus de rejeter des demandes d'accréditation de trois autres futurs diplomates.

Les quatre diplomates expulsés « sont des agents du renseignement ou des personnes qui ont utilisé leur statut diplomatique pour compromettre la sécurité du Canada ou s’immiscer dans sa démocratie », a fait valoir la numéro un de la diplomatie canadienne.

L’attentat à l’agent neurotoxique perpétré à Salisbury, sur le sol d’un proche partenaire et allié du Canada, est un acte méprisable, odieux et irresponsable qui aurait pu mettre en danger la vie de centaines de personnes.

Une citation de : Chrystia Freeland, par voie de communiqué

Selon Mme Freeland, l'attentat de Salisbury « représente une menace évidente pour l’ordre international fondé sur des règles et pour les règles établies par la communauté internationale afin d’assurer que les armes chimiques ne détruisent plus jamais de vies humaines ».

« Cet épisode fait partie des nombreux comportements inacceptables de la part de la Russie, parmi lesquels sa complicité avec le régime Assad, son annexion de la Crimée, les combats dirigés par la Russie dans l'est de l'Ukraine, le soutien aux troubles civils en Ukraine, en Géorgie, en Moldavie et dans d’autres pays voisins, son ingérence dans les élections et ses campagnes de désinformation », a-t-elle ajouté.

Les mesures canadiennes « ne visent pas le peuple russe, avec lequel les Canadiens entretiennent depuis longtemps des relations fructueuses », a précisé Mme Freeland. Le Canada demeure « déterminé à dialoguer et à coopérer avec la Russie en ce qui a trait aux enjeux communs à nos deux pays », a-t-elle également mentionné.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a affirmé dans les murs du parlement que les diplomates expulsés mettaient en péril la sécurité du pays.

Nous avons décidé de les expulser aujourd’hui en solidarité avec le Royaume-Uni, parce que ces personnes-là représentent une menace pour le Canada. On les surveille depuis un certain temps.

Une citation de : Le ministre Marc Garneau

La Chambre des communes a déjà adopté une résolution blâmant la Russie pour l'attaque chimique.

L'ambassade de Russie au Canada a qualifié de « déplorable » et de « scandaleuse » cette décision du Canada.

« En tenant pour acquises les accusations sans aucun fondement du Royaume-Uni, […] le Canada suit docilement la dangereuse politique de confrontation des États-Unis et du Royaume-Uni. Ce geste hostile, basé sur des prétextes biaisés et mensongers, donne un autre dur coup aux relations russo-canadiennes et entraînera une réponse appropriée », affirme un communiqué publié lundi par l'ambassade russe.

Le premier ministre Trudeau s'est par ailleurs entretenu avec le président américain, lundi, à propos de l'appui des deux pays envers l'allié britannique, a-t-on appris de source officielle.

L'Australie s'ajoute

Le premier ministre australien, Malcolm Turnbull, a annoncé mardi (heure locale) que son pays expulserait d'ici une semaine deux diplomates russes « à cause d'agissements non conformes à leur statut ».

« Cette décision reflète la nature choquante de l'attaque, la première utilisation offensive d'armes chimiques en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, avec une substance mortelle dans une zone habitée, mettant en danger un nombre inconnu de personnes », a-t-il déclaré dans un communiqué.

« Une réponse extraordinaire », selon Londres

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, n'a pas tardé lundi à saluer la « réponse extraordinaire » des alliés du Royaume-Uni contre la Russie.

La réponse extraordinaire de nos alliés constitue le plus grand mouvement d'expulsion d'agents russes de l'histoire, et permet de défendre notre sécurité partagée.

Une citation de : Boris Johnson, sur Twitter

L'empoisonnement au gaz innervant de M. Skripal et de sa fille Youlia a incité le gouvernement britannique à expulser 23 diplomates russes le 14 mars; Moscou a répliqué en faisant de même trois jours plus tard.

La diplomatie russe a mis moins de deux heures lundi avant de dénoncer une « provocation » et a promis de riposter.

Le geste provocateur de prétendue solidarité avec Londres de ces pays [...] témoigne de la poursuite d'une ligne de confrontation visant à aggraver la situation. [...] Nous allons forcément y répondre.

Une citation de : La diplomatie russe, par voie de communiqué

Un sénateur russe, cité par l'agence de presse RIA, avait précédemment réagi à l'annonce américaine en annonçant que la Russie expulserait « au moins 60 membres de la mission diplomatique américaine ».

L'ambassadeur de Russie à Washington, Anatoli Antonov, a pour sa part estimé que la décision américaine était « injustifiée » et qu'elle anéantissait le peu qu'il restait des relations américano-russes, écrit aussi RIA.

La riposte russe sera proportionnée, a-t-il dit, puisque les États-Unis ne comprennent que la force.

Le Kremlin dément toute implication dans la tentative d'assassinat visant Sergueï Skripal.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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