•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La justice allemande maintient Carles Puigdemont en détention

Le chef indépendantiste catalan, Carles Puigdemont, quitte la prison de Neumuenster à bord d'une fourgonnette pour se rendre au tribunal.
Le chef indépendantiste catalan, Carles Puigdemont, quitte la prison de Neumuenster à bord d'une fourgonnette pour se rendre au tribunal. Photo: Associated Press / Frank Molter
Radio-Canada

Le chef indépendantiste catalan Carles Puigdemont restera en détention en Allemagne, le temps que la justice se prononce sur une éventuelle remise à l'Espagne qui l'accuse de « rébellion », a annoncé le tribunal lundi.

M. Puigdemont va « rester en détention dans un premier temps, jusqu'à ce qu'une décision soit prise concernant une procédure d'extradition », a indiqué le tribunal régional de Kiel, dans la région du nord de l'Allemagne où il avait été arrêté dimanche. Il n'y a aucun recours possible contre cette décision, a-t-il précisé.

Lundi, il a comparu devant un tribunal de Neumünster, où il est maintenu en garde à vue. Il s'agissait de formellement établir son identité et de décider s'il restait ou non en prison. Désormais, il revient au tribunal de Kiel de trancher sur son éventuelle extradition, selon un communiqué.

Sur le fond, la justice allemande dispose d'un délai de 60 jours pour trancher sur la remise de Carles Puigdemont à Madrid.

Une porte-parole du parquet allemand, Wiebke Hoffelner, s'est bornée à dire que la décision ne serait « pas prise cette semaine ».

Un juge devra alors trancher si le délit de « rébellion » que lui reproche la justice espagnole a un équivalent en droit allemand; le cas échéant, il pourrait être remis à Madrid. Selon des médias allemands, le crime qui s'en rapprocherait pourrait être la « haute trahison ».

Il est inculpé avec 12 autres responsables indépendantistes de « rébellion », crime passible de 30 ans de prison, et de détournements de fonds public. En cause, la tentative ratée de sécession par référendum de l'automne 2017.

Le chef d'accusation de « rébellion » reste controversé, car il suppose un « soulèvement violent » qui, selon des juristes, ne s'est jamais produit.

Un caméraman fixe sa caméra sur un trépied devant la prison de Neumünster.Un caméraman s'installe devant la prison de Neumünster, où est détenu l'ex-président catalan Carles Puigdemont. Photo : La Presse canadienne / AP/Frank Molter

Prudence et optimisme

Plus tôt dans la journée, l'avocat de l'indépendantiste Jaume Alonso-Cuevillas s'était dit « prudent », à l'antenne de la radio catalane Rac1, tout en évoquant « beaucoup d'éléments qui incitent à l'optimisme ».

Elsa Artadi, une députée de son parti, a annoncé sur Twitter que Carles Puigdemont s'opposerait à son extradition, car « l'Espagne ne garantit pas un procès équitable, seulement la vengeance et la répression ».

Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière Angela Merkel, a qualifié l'Espagne d'« État de droit démocratique » et relevé qu'il régnait « une confiance toute particulière entre les autorités judiciaires des pays membres de l'UE ».

Il a aussi rappelé que, selon Madrid, M. Puigdemont et ses camarades ne sont pas poursuivis pour des « idées politiques, des idées d'indépendance, mais en raison d'infractions bien concrètes ».

Le gouvernement espagnol est resté en retrait, se contentant de qualifier de « bonne nouvelle » l'arrestation de l'indépendantiste.

90 personnes blessées

L'arrestation de Carles Puigdemont, exilé en Belgique depuis la fin octobre, a entraîné des affrontements entre des milliers de militants indépendantistes catalans et la police, dimanche, à Barcelone.

Les manifestants, répondant à l'appel d'un groupe radical, les Comités de défense de la République (CDR), ont tenté de s'approcher de la préfecture.

Vue aérienne montrant des policiers faisant face à une foule de manifestantsEn soirée, les policiers ont bloqué les rues menant vers les bureaux du gouvernement central. Photo : Getty Images / Lluis Gene

Ils ont lancé des oeufs, des bouteilles et des grilles de fer en direction de la police, qui a fini par les charger, en distribuant des coups de matraque et en tirant des coups de feu en l'air.

Selon les services de secours, 90 personnes ont été légèrement blessées à Barcelone, dont 22 policiers.

Le président du Parlement catalan, Roger Torrent, a lui lancé un appel au calme à la télévision régionale. « Je n'ai aucun doute que la société catalane agira comme elle l'a toujours fait : par la non-violence », a-t-il déclaré.

Interpellé en Allemagne

M. Puigdemont a été interpellé par les policiers du Land de Schleswig-Holstein alors qu'il venait du Danemark voisin en voiture pour rejoindre la Belgique, où il s'était réfugié après l'échec de la sécession, l'automne dernier. Il arrivait de la Finlande où il avait participé à une conférence.

Selon les médias espagnols, M. Puigdemont était suivi par les services de renseignement espagnol, qui ont alerté leurs homologues allemands. « Puigdemont a été arrêté en Allemagne, grâce à une opération conjointe de la police et de la [Centrale nationale de renseignement]) », a confirmé la police espagnole dans un tweet.

Les policiers allemands agissaient en vertu d'un mandat d'arrêt européen réactivé vendredi par un juge de la Cour suprême espagnole, Pablo Llarena. Ce dernier avait décidé de poursuites pour « rébellion » contre 13 dirigeants séparatistes, et pour « désobéissance » de 12 autres, une infraction moins grave.

Le président catalan destitué Carles Puigdemont.Le président catalan destitué Carles Puigdemont est à Bruxelles depuis le 30 octobre. Photo : AFP/Getty Images / JOHN THYS

De fait, la justice espagnole a ainsi porté un nouveau coup au mouvement indépendantiste catalan. Outre les déboires de M. Puigdemont, le candidat à la présidence de la région, Jordi Turull, a été incarcéré la semaine dernière, privant son camp d'un troisième candidat à la tête de l'exécutif catalan.

Le premier candidat était M. Puigdemont lui-même, à titre de chef du parti Ensemble pour la Catalogne (Junts per Catalunya), la formation indépendantiste la plus importante au Parlement catalan. Incapable de rentrer en Catalogne et soulignant la nécessité d'avoir un nouveau gouvernement en marche, il s'est finalement désisté début mars.

M. Puigdemont a ensuite proposé la candidature du numéro deux de son parti, Jordi Sanchez, un partisan de l’indépendance catalane actuellement en prison pour sédition. Un juge de la Cour suprême a toutefois refusé de lui accorder une permission de sortie de prison pour l'occasion.

Une autre chef indépendantiste exilée visée par les plus récentes démarches du juge Llarena, Clara Ponsati, a quant à elle indiqué « prendre des dispositions » pour se « livrer » aux autorités en Écosse.

 La Catalogne en quête d'indépendance

La Catalogne demeure donc plongée dans l'impasse politique, plus de trois mois après que les indépendantistes eurent conservé leur majorité absolue au Parlement catalan, après les élections du 21 décembre.

S'ils n'arrivent pas à faire élire un président avant le 22 mai, de nouvelles élections seront automatiquement convoquées.

Et tant qu'elle n'aura pas de président et de gouvernement, la Catalogne restera sous la tutelle de Madrid, imposée après la déclaration d'indépendance.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Le Monde

Europe

International