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Les gangs criminels, un défi de sécurité croissant pour les prisons fédérales

Les mains d'un détenu.
Le système carcéral canadien fait face à une diversité croissante de gangs criminels derrière les barreaux. Photo: La Presse canadienne

Le système carcéral canadien est aux prises avec une population de gangs de rue qui devient de plus en plus difficile à gérer.

Environ 2306 détenus appartiennent maintenant à ce que le Service correctionnel du Canada (SCC) appelle les « groupes menaçant la sécurité », notamment les gangs autochtones, asiatiques, de motards et de rue, ainsi que les organisations extrémistes, terroristes, suprémacistes et autres.

Près de 10 % de la population carcérale totale au Canada est considérée comme affiliée à un gang, mais les chiffres ne disent pas tout.

« L'identification des groupes, membres, associés et les compatibilités de chacun sont de plus en plus difficiles à identifier nettement », a déclaré Avely Serin, porte-parole du SCC.

Certaines des rivalités et des alliances qui existent dans la collectivité et dans la rue ne se traduisent pas nécessairement dans les institutions fédérales.

Avely Serin, porte-parole du SCC

Des provinces plus touchées que d'autres

Les données fournies à CBC révèlent que la prolifération des gangs est plus élevée dans les Prairies, où 938 détenus sont identifiés comme affiliés à des gangs de rue, de motards ou autochtones, comme les Native Syndicate, Manitoba Warriors et Indian Posse.

L'Ontario arrive au deuxième rang avec 491 membres, suivi de la région du Pacifique, qui comprend la Colombie-Britannique et le Yukon, avec 401, puis le Québec avec 380.

C'est la région de l'Atlantique qui en compte le moins, avec 96 membres de gangs répertoriés.

Parmi les autres gangs représentés derrière les barreaux figurent le crime organisé d'Europe de l'Est et les gangs de motards comme les Annihilators, Coffin Wheelers et Henchmen.

Certains sont peu nombreux, comme les six membres de la bande des Loners.

Les gangs de rue, comme United Nations, Independent Soldiers, Terror Squad and Red Scorpions, représentent le plus grand groupe derrière les barreaux avec 1185 membres.

Selon le SCC, les gangs autochtones comptent 594 membres et sont suivis par les gangs de motards qui en comptent 368.

Le SCC n'a pas été en mesure de fournir de données comparables pour les années précédentes en raison d'un changement dans la façon dont les statistiques sont compilées.

Un univers changeant

Le chiffre officiel est probablement une sous-estimation, car les gangs sont maintenant en transformation et difficiles à détecter et à classer, estime Evan McCuish, un criminologue de l'Université Simon Fraser. La plupart n'ont pas les signes évidents, notamment les tatouages, comme c’était le cas dans le passé.

Selon la classification du SCC, il y a au moins 65 groupes différents qui menacent la sécurité, mais de nouveaux gangs apparaissent continuellement et les allégeances changent rapidement, affirme M. McCuish.

Avant, il y avait des groupes comme les Hells Angels, et c'était assez clair qui était dans les Hells Angels et qui ne l'était pas. Maintenant, ces allégeances changent si rapidement; les groupes se séparent de l'intérieur, les gangs existants ou les anciens gangs se regroupent et les individus créent de nouveaux gangs.

Evan McCuish, criminologue

Les gangs alimentent la violence et le trafic de drogue

Bien que le problème des gangs dans les prisons canadiennes ne soit pas aussi grave qu'il ne l'est aux États-Unis, il pose un important problème de sécurité pour les institutions, dit M. McCuish.

« Le problème n'est pas la proportion de délinquants dans les prisons qui sont impliqués dans les gangs, c'est plutôt la proportion d'agressions perpétrées par des membres de gangs. Même s'ils constituent une petite minorité de la population carcérale, nous constatons qu'ils sont responsables d'une grande proportion de tous les incidents violents, de la contrebande et du trafic de drogue. »

Le SCC affirme qu'il ne fait pas le suivi des données pour déterminer si les problèmes de sécurité, comme les agressions, sont liés à l'activité d'un groupe menaçant la sécurité ou s'ils sont causés par celle-ci.

Jason Godin, président national du syndicat représentant les agents correctionnels, a avoué que les gangs représentent un défi et un risque quotidiens pour les agents de première ligne.

Le problème est de devoir séparer les groupes, car beaucoup d'entre eux sont incompatibles. Tout comme à l’extérieur, ils ont leur propre territoire, mais c'est difficile à gérer à l'intérieur, car il s'agit d'un territoire plus petit et confiné.

Jason Godin, président national du syndicat représentant les agents correctionnels

Pas assez de formation

La formation des agents correctionnels n'est pas suffisante pour bien comprendre le fonctionnement des gangs ni les tactiques que leurs membres emploient, a affirmé M. Godin.

De plus, les agents ne reçoivent pas de renseignements des autorités correctionnelles qui pourraient les aider à mieux surveiller certains délinquants. Ils doivent plutôt compter sur leurs propres observations.

Les autorités correctionnelles ont « besoin de partager avec nous des informations pertinentes sur les gangs rivaux, sur les différents membres des gangs qui arrivent, sur ceux que nous devrions connaître, sur ceux qui devraient nous préoccuper, ceux que nous devrions surveiller », a-t-il déclaré.

Le gouvernement libéral a lancé une stratégie importante pour s'attaquer aux armes à feu et aux gangs de rue; ce plan devrait être élargi pour inclure le système carcéral, estime M. Godin.

L'approche à trois volets du SCC :

  • Reconnaître que les gangs constituent une menace sérieuse pour la sécurité des opérations du SCC et compromettent la protection de la société;
  • Affirmer l'intolérance à l'égard de la violence et d'autres actes criminels perpétrés par des délinquants appartenant à un gang;
  • Donner aux détenus la possibilité de mettre fin à leur affiliation avec des gangs.

Sandra Bucerius est professeure à l'Université de Calgary et étudie les gangs en milieu carcéral. Selon elle, certains délinquants arrivent en prison tandis qu'ils sont déjà affiliés à un gang. D'autres s'identifient toutefois après leur arrivée en milieu carcéral, soit en raison d'un sentiment d'appartenance, d'un besoin de protection ou pour avoir un meilleur accès aux drogues.

La question est en réalité plus compliquée qu'elle n'y paraît, estime-t-elle. Dans certains cas, par exemple, les gangs peuvent réellement aider les unités pénitentiaires à bien fonctionner.

« Si une unité d’une prison est entre les mains d'un gang particulier, qu'il n'y a pas d'autres gangs dans cette unité avec lesquels ils ont des désaccords et que les membres suivent tous les mêmes règles, on ne voit généralement pas beaucoup de disputes ou de désaccords dans cette unité particulière. »

Avec les informations de Kathleen Harris

Avec les informations de CBC

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