•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'enfer du trouble d'accumulation compulsive

Le reportage de Pascal Robidas
Radio-Canada

Francine (nom fictif) a tellement d'objets de toutes sortes accumulés devant les plinthes électriques de son appartement qu'elle n'a pas de chauffage en plein hiver. Bienvenue dans l'univers de cette femme de 62 ans atteinte du trouble d'accumulation compulsive (TAC).

Un texte de Pascal Robidas

À nos yeux, l'endroit est bordélique. Mais pour Francine, chaque objet parmi la centaine qui sont empilés chez elle a une valeur. Se départir d'une seule de ces choses serait un supplice.

La sexagénaire n'a plus de vie sociale. Sa maladie mentale l'a isolée au fil du temps.

Ce n'est pas pour rien que je suis habillée [tout en noir] comme ça. Bien sûr qu'on a honte... On n'accepte pas que les gens viennent chez nous. Qui vas-tu laisser entrer, à part une équipe de tournage comme vous?

Francine, atteinte du trouble d'accumulation compulsive

Tout son appartement est encombré. C'est le résultat de dizaines d'années à être incapable de se départir de biens matériel n'ayant aucune utilité, la plupart du temps.

J'ouvre un tiroir et il y avait des cuillères pour nettoyer les bols quand on fait un gâteau... Et il y en avait 42.

Francine, atteinte du TAC

Cela fait des années qu'elle n'a pas pris un seul repas sur sa table de cuisine. Dans ce fouillis, il ne lui reste donc qu'un seul endroit pour s'asseoir et déposer une assiette : sur le bureau où se trouve son ordinateur, déjà enseveli sous une montagne de paperasse.

Une femme couverte de noir est assise devant une table d'ordinateur ensevelie sous une montagne de papiers.Cette table d'ordinateur ensevelie sous une montagne de paperasse est le seul endroit qui reste à Francine pour s'asseoir et manger. Photo : Radio-Canada

Elle dispose à peine de l'espace nécessaire pour dormir dans son lit qui est aussi recouvert de vêtements et d'objets de toute sorte.

« Il y a tellement de choses ici. Tu fais un lavage et tu sais que tu vas devoir forcer pour le rentrer entre deux choses... (elle pointe le garde-robe). La vérité, c'est qu'il n'y en a plus, d'espace. Donc, tu arrêtes de mettre de l'ordre et tu empiles où tu peux le faire », ajoute-t-elle.

1,4 million de Canadiens atteints du trouble d'accumulation compulsive

Au Canada, c'est 4 % de la population, soit 1,4 million de Canadiens, qui est atteinte du TAC.

C'est deux fois plus que le trouble de la bipolarité et quatre fois plus que la schizophrénie.

L'anxiété est très présente dans le portrait clinique. La dépression peut être présente quand la personne est dans une impasse, qu'elle ne sait plus quoi faire... Qu'elle sait que le propriétaire va venir.

Natalia Koszegi, psychologue

Le trouble d'accumulation compulsive est diagnostiqué dans toutes les classes sociales, peu importe le niveau d'éducation.

« Une personne atteinte du TAC va souffrir d'acquisition compulsive. C'est-à-dire de l'envie irrésistible d'acheter des choses à rabais, même s'il n'y a pas de besoin particulier », ajoute la psychologue Natalia Koszegi.

Des experts se sont donc réunis à Montréal pour démystifier cette maladie mentale apparentée au trouble obsessif-compulsif. Depuis cinq ans, le TAC est reconnu comme un trouble distinct dans le DSM-5, le manuel des troubles mentaux. Dans la moitié des cas, le TAC est intergénérationnel.

Toujours selon ces experts, cette maladie mentale, pratiquement invisible en société, n'empêche pas forcément une personne qui en souffre de fonctionner normalement à l'extérieur de son domicile. Pour en détecter les symptômes, il faut aller directement dans sa résidence.

On veut outiller les gens qui sont déjà sur le terrain. Les policiers, les pompiers qui découvrent des maisons qui sont encombrées.

Dr Pierre Rondeau, médecin en santé mentale

La thérapie

À Montréal, tous les Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) offrent des programmes de groupe pour des personnes malades qui souhaient reprendre le contrôle de leur vie.

Selon plusieurs psychologues, il est possible de désamorcer les éléments déclencheurs qui mènent à l'obsession. Il faut de la volonté et beaucoup de courage.

Francine fait partie du nombre. Elle est déjà inscrite dans un programme, dans l'est de l'île de Montréal.

Elle en a assez de se sentir prisonnière de sa maladie mentale.

Pourtant, la vie m'intéresse vraiment beaucoup. Mais ça me tient toujours en entre-deux.

Francine, atteinte du TAC

Santé mentale

Santé