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  • La fin des faims avec les cuisines collectives?

    Des participantes de la cuisine collective Lèche-babines à l'Université du Québec à Rimouski lavent des aliments.
    Reportage du journaliste Luc Tremblay sur le groupe Lèche-babines qui pratique le déchétarisme. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    En 1985, Jacynthe Ouellette en a assez. Elle n'en peut plus de quêter pour arriver à la fin du mois, pour nourrir ses deux jeunes enfants. Elle propose à sa sœur Sylvie d'unir leurs efforts aux chaudrons pour abaisser leur facture d'épicerie. C'est ainsi qu'a vu le jour, au Québec, le mouvement des cuisines collectives qui, comme le révèlent nos archives, a fait boule de neige dans bien des milieux.

    Mettre fin à la faim

    Dans Hochelaga-Maisonneuve où habitent les deux sœurs, la pauvreté et l’isolement social sont répandus. Par hasard, Louise Garnier, coresponsable de Carrefour familial, un organisme communautaire du quartier, est mise au courant de l’initiative. Impressionnée par les réfrigérateurs remplis de Jacynthe Ouellette, elle lui propose de communiquer cette idée à d’autres femmes qui subissent elles aussi la précarité alimentaire.

    Second regard, 12 février 1992

    Le journaliste Gilles-Claude Thériault s’intéresse à cette histoire pour l’émission Second regard du 12 février 1992. Le fonctionnement des cuisines collectives est simple. Chaque mois, les membres se réunissent pour établir un budget, planifier les menus, partager la corvée de l’épicerie et réaliser les recettes. L’objectif est d’arriver à un coût de moins d’un dollar par portion tout en apprêtant des repas sains et équilibrés.

    Les cuisines collectives s’implantent un peu partout au Québec. Assez vite, on constate que leur création signifie beaucoup plus que d'économiser de l'argent. Elles combattent la faim physique et émotive. Cuisiner en groupe, c’est briser la solitude, ramener la dignité, éloigner la peur.

    C’est plus que de faire de la popote, cette histoire-là. Ensemble, on a commencé à rêver, on prend notre place, on développe des talents, on reconnaît qu’on en avait qu’on ignorait. […] Être en collectif, ça nous donne de la force.

    Louise Garnier, coresponsable de Carrefour familial

    Les hommes aux chaudrons

    L’épicerie, 29 mars 2006

    Ne croyez pas qu’on retrouve seulement des femmes dans les cuisines collectives. C’est ce que constate le 29 mars 2006 Denis Gagné. L’animateur de l’émission L’épicerie se joint à cinq retraités du quartier montréalais de Rosemont qui se sont appropriés tabliers, marmites et fourneaux.

    Depuis le printemps 1993, ils partent à la chasse aux promotions dans les épiceries, concoctent un menu et mettent la main à la pâte. Le fruit de leur travail? Une vingtaine de repas, dont leur fameux bœuf à la bière, dont le coût ne dépasse pas un dollar cinquante. Mais là encore, la question financière n’est pas l’unique raison de leur collaboration.

    Ça a un petit aspect thérapeutique. On parle de ce qui nous arrive de bon ou de moins bon.

    Robert Teasdale, retraité participant à une cuisine collective pour hommes

    Un moyen de contrer le gaspillage

    C’est ça la vie, 18 mars 2011

    Certaines cuisines collectives se sont donné comme mission de lutter contre le gaspillage alimentaire. C’est ce qu’a observé le journaliste Luc Tremblay lorsqu’il est allé chez Lèche-babines pour l’émission C’est ça la vie, diffusée le 18 mars 2011.

    Le collectif Lèche-babines est constitué principalement d’étudiants de l’Université du Québec à Rimouski. Être étudiant, ça rime habituellement avec précarité économique et horaires éclatés. Bref, c’est fréquemment une recette pour mal manger.

    Cédric Bernard, qui a fondé le collectif, voulait que sa cuisine soit végétarienne et responsable. Cet objectif l’a amené à convaincre les grandes chaînes alimentaires de se joindre à son effort. C’est ainsi que les membres utilisent des fruits et légumes « moches » donnés par les épiceries, dont le sort aurait été sinon de remplir les dépotoirs. Les provisions qui ne peuvent être cuisinées sont distribuées aux étudiants de l’université.

    Cette semaine, on a dû récupérer quelque chose comme une centaine de kilos de denrées alimentaires qui autrement auraient été jetées. Et ça, c’est toutes les semaines.

    Cédric Bernard, fondateur du collectif Lèche-babines

    En mars 2018, le mouvement compte 1382 groupes aux quatre coins du Québec. On y recense 9848 membres et l’on y prépare annuellement 1 361 468 portions cuisinées. Il existe des collectifs constitués à la fois d’immigrants et de Québécois de souche. Des gens atteints de maladie mentale se sont organisés pour cuisiner ensemble.

    Dans plusieurs quartiers du Québec, mais aussi ailleurs dans le monde, collaborer dans une cuisine constitue un pilier de solidarité et de développement très important.

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