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France : les réformes Macron à l'épreuve des manifestations

La police a fait usage de canons à eau pour disperser les manifestants à Paris.

Photo : Reuters / Stephane Mahe

Radio-Canada

Des dizaines de milliers de personnes dans les rues, des écoles fermées, des transports perturbés : les réformes tous azimuts du président français Emmanuel Macron subissaient jeudi leur plus grand test social.

Sept syndicats de fonctionnaires sur neuf, dont la puissante Confédération générale du travail, ont appelé à la grève dans toute la France pour protester contre la réforme de la fonction publique et défendre leur pouvoir d’achat.

Hors Paris, plus de 130 000 personnes ont manifesté en France, selon une compilation fournie par la police. Un premier décompte de la CGT faisait état de son côté de 400 000 manifestants dans tout le pays. À Paris, le syndicat a recensé plus de 25 000 participants à la manifestation des cheminots et quelque 40 000 autres à celle des fonctionnaires.

Cette mobilisation massive s’inscrit dans le cadre d’une série de grèves qui vont s’étendre sur trois mois au rythme de deux jours tous les cinq jours, rapporte notre correspondant à Paris, Jean-François Bélanger, qui fait état de 180 rassemblements recensés jeudi.

Aujourd'hui est un jour qui fera date

Jean-Marc Canon, secrétaire général de la CGT Fonction publique

Le gouvernement « pose des bombes à fragmentation qui sont en train de détruire peu à peu les fondements mêmes de notre modèle social et républicain », a relevé Pascal Pavageau, futur numéro un de Force ouvrière, premier syndicat du géant de la distribution Carrefour.

Des affrontements sporadiques ont éclaté à Paris et à Nantes entre de jeunes encagoulés jetant des projectiles et des policiers faisant usage de canons à eau et de gaz lacrymogènes.

Une pancarte brandie lors d'une manifestation à Toulouse sur laquelle nous pouvons lire : "Macron t'as voulu mettre la France en marche. T'as gagné...Elle est dans la rue"

L'appel à la grève a été lancé à l'initiative de sept syndicats.

Photo : AFP/Getty Images / Pascal Pavani

Fortes perturbations dans les transports

À la Société nationale des chemins de fer (SNCF), l'opérateur du rail français, un arrêt de travail suivi par plus d'un tiers des employés, selon la direction, a entraîné de fortes perturbations.

Les cheminots protestent contre un projet de réforme de la SNCF qui vise à la transformer en société anonyme et à mettre fin au statut très protégé de cheminot pour les nouveaux embauchés. Ce statut garantit notamment l'emploi à vie.

Quant aux fonctionnaires (hôpitaux, enseignants, contrôleurs aériens, etc.), leur grève a provoqué nombre de fermetures d'écoles, de garderies et de bibliothèques et des annulations de vols.

Les fonctionnaires étaient déjà des centaines de milliers à manifester le 10 octobre dernier contre la suppression annoncée de 120 000 postes au cours du quinquennat, sur un total de 5,64 millions d'agents.

La colère s'est intensifiée avec l'annonce d'un projet de réforme prévoyant des plans de départs volontaires et un recours accru à des personnels non bénéficiaires du statut de fonctionnaire.

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, n’a pas exclu un élargissement du mouvement. « Nous pensons qu’il faut d’autres journées de mobilisation pour permettre d’élargir le mouvement », a-t-il dit sur France Info, évoquant notamment les salariés de Ford à Bordeaux et ceux d’Air France. « Si on ne fait rien, le gouvernement ne pliera pas », a-t-il lancé.

Des dizaines de passagers bloqués sur la plateforme d'une gare ferroviaire à Paris.

La grève a entraîné une forte perturbation du trafic ferroviaire à travers la France.

Photo : Reuters / Gonzalo Fuentes

Plus de 70 % des Français mécontents

Le président garde le cap sur ses promesses de campagne de « transformer » la France, un pays qui n'est pourtant « pas réformable », avait-il dit en août.

Emmanuel Macron a jusqu'à présent réussi à éviter les contestations sociales d'ampleur, en particulier lors de la refonte très controversée du droit du travail, à l'automne dernier. Toutefois, selon un sondage diffusé jeudi, si une majorité de Français (58 %) jugent la politique du gouvernement conforme aux engagements de campagne d'Emmanuel Macron, près des trois quarts (74 %) la trouvent « injuste ». Un sentiment qui progresse dans la population avec une augmentation de 6 points en trois semaines.

La grogne sociale réveille le spectre de 1995. Une grève massive contre un projet de réforme des retraites, la plus importante en France depuis mai 1968, avait alors paralysé le trafic ferroviaire pendant une vingtaine de jours. Le gouvernement de droite avait fini par reculer.

« Je cours moins vite qu'en 1968, mais je gueule plus fort », assurait, non sans humour, une pancarte brandie par une retraitée manifestant à Montpellier, en référence à la mobilisation des étudiants de Nanterre, dans la banlieue de Paris, le 22 mars 1968, il y a 50 ans jour pour jour, qui avait lancé la « révolte » de mai 68.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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