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Trump annonce d'importantes sanctions commerciales contre la Chine

Le président des États-Unis, Donald Trump, a signé un mémorandum imposant des tarifs douaniers qui pourraient atteindre jusqu'à 60 milliards de dollars sur des importations chinoises.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Radio-Canada

Donald Trump a annoncé jeudi qu'il imposera des droits de douane qui pourraient atteindre « jusqu'à 60 milliards de dollars » sur des importations chinoises, alimentant du coup les craintes d'une guerre commerciale entre les deux plus importantes économies de la planète. Pékin a déjà fait connaître sa riposte, tandis que les marchés ont chuté.

Avant de signer un mémorandum confirmant sa décision, le président américain a déclaré que la Chine est un pays « ami » et qu'il a « un immense respect pour le président Xi », mais qu'il ne peut tolérer le déficit commercial des États-Unis avec la Chine ni le vol de propriété intellectuelle que les firmes américaines subissent.

C'est le déficit commercial le plus important de l'histoire du monde. C'est hors de contrôle. Nous avons un énorme vol de propriété intellectuelle en cours, et, également, de centaines de milliards de dollars.

Donald Trump

Les produits qui seront visés par les mesures américaines ne sont pas connus pour l'instant. Selon la Maison-Blanche, il va plutôt ordonner au représentant au Commerce, Robert Lighthizer, de publier une « liste de produits et des taxes qu'il compte prendre dans les 15 jours suivant la signature du mémorandum ».

Selon Associated Press, le bureau de M. Lighthizer aurait déjà identifié 1300 gammes de produits d'une valeur totale de 48 milliards de dollars qui pourraient être la cible de sanctions. La presse américaine annonce depuis plusieurs jours que les secteurs de la technologie et des télécommunications seront notamment touchés.

La Maison-Blanche indique en outre que le président Trump va demander à son secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, de présenter une liste de restrictions qui pourraient toucher les investissements chinois en sol américain.

Les sanctions seront adoptées en vertu de l’article 301 d’une loi sur le commerce remontant à 1974, qui autorise le président américain à adopter des mesures de rétorsion contre un pays qui préconise des pratiques « injustes ». Une enquête de sept mois menée par le bureau de M. Lighthizer a conclu que des firmes américaines sont victimes de vol de technologies ou de propriété intellectuelle.

Nous avons des preuves particulièrement solides que la Chine utilise des restrictions telles que la nécessité de [créer des] coentreprises [...] dans le but d'exiger un transfert technologique d'entreprises américaines au profit d'entités chinoises.

Un responsable du représentant américain au Commerce, qui a requis l'anonymat, lors d'une conférence téléphonique

Elles pourraient aussi limiter les investissements chinois aux États-Unis et le nombre de visas accordés à des ressortissants chinois.

L'affaire ne plaît guère aux investisseurs. Le Dow Jones a chuté de 2,9 %, ou 724 points, pour clôturer la journée à 23 957 points, affecté par l'annonce de l'administration américaine portant sur de nouvelles sanctions commerciales visant la Chine. De son côté, le NASDAQ a perdu 178 points, ou 2,4 % de sa valeur, pour terminer la séance à 7166 points.

Un déficit commercial abyssal

Lors de sa campagne électorale, le président Trump s’est régulièrement indigné de l’important déficit commercial des États-Unis avec la Chine, qu’il accuse de concurrence déloyale, et a promis à ses partisans d’agir pour corriger la situation.

Selon le département américain du Commerce, ce déficit commercial s’est établi à 375,2 milliards de dollars pour les seuls échanges de marchandises en 2017, en hausse de 8,1 %.

Cela équivaut à plus de la moitié du déficit commercial total des États-Unis, qui est de 566 milliards.

Le nouveau président de la Banque centrale américaine, Jerome Powell, a admis mercredi qu'une possible guerre commerciale entre les États-Unis et certains de ses partenaires commerciaux constituait désormais un risque « plus important » pour l'économie que par le passé.

La Chine riposte

Pékin a réagi rapidement aux menaces de sanctions commerciales américaines, évoquant à son tour l'imposition de tarifs douaniers sur plus d'une centaine de produits en provenance des États-Unis.

Si Donald Trump décide ainsi d'aller de l'avant avec ses sanctions contre l'Empire du Milieu, la Chine ripostera avec des « lignes tarifaires » allant de 15 % à 25 % contre 128 produits.

Néanmoins, les mesures chinoises sont pour l'instant modestes : les produits menacés ne représentent que 3 milliards de dollars en importation par la Chine, l'an dernier, soit à peine 2 % des exportations des États-Unis vers ce partenaire commercial asiatique.

Les fruits frais, le vin, le ginseng, mais aussi des tubes d'acier, seraient ainsi frappés par des droits supplémentaires de 15 %, tandis que la viande de porc et l'aluminium recyclé verraient leur prix augmenter de 25 % à la frontière.

Pas question, dans l'immédiat, de cibler le soja, exporté l'an dernier vers la Chine à la hauteur de 14 milliards de dollars. Si Pékin imposait des tarifs sur cet aliment de base, l'impact serait majeur pour l'industrie agricole américaine, y compris dans les États ayant largement voté en faveur du président Trump au cours de l'élection de 2016.

« Nous exhortons les États-Unis à revenir sur leur décision, à prendre des décisions prudentes et à éviter de mettre les relations commerciales entre la Chine et les États-Unis en danger », détaillait, plus tôt dans la journée, un communiqué de l'ambassade de Chine aux États-Unis.

« La Chine n'a pas peur d'une guerre commerciale et ne reculera pas. La Chine est capable de relever tous les défis. Si une guerre commerciale était déclenchée par les États-Unis, la Chine se battrait jusqu'au bout pour défendre ses intérêts avec toutes les mesures nécessaires », peut-on également lire dans ce communiqué.

Anticipant les mesures américaines, le ministère chinois du Commerce avait assuré plus tôt dans la journée, jeudi, qu’il prendrait « immanquablement toutes les mesures nécessaires pour défendre résolument [ses] droits et intérêts légitimes ».

« La Chine ne restera pas les bras croisés », affirme le ministère, tout en dénonçant le « protectionnisme » et l'« unilatéralisme » de Washington.

Le premier ministre chinois Li Keqiang a appelé lundi les États-Unis à ne pas agir « sous le coup de l'émotion », arguant qu'une guerre commerciale entre les deux pays « ne profiterait à personne ».

Lors d'un entretien téléphonique avec son homologue chinois Xi Jinping, le président français Emmanuel Macron « a souligné l’importance d’éviter la montée des tensions commerciales qui serait préjudiciable à tous, tout en corrigeant, dans un cadre multilatéral, les pratiques de nature à créer des déséquilibres, conformément aux engagements pris dans le cadre du G20 ».

Pékin doit se préparer à une confrontation militaire avec Washington

Le quotidien chinois Global Times a par ailleurs estimé, jeudi, que la Chine doit se préparer à une confrontation militaire avec Taïwan après l'adoption par les États-Unis d'une loi renforçant leurs liens avec l'île. La législation préconise des rencontres de haut niveau entre responsables des deux pays.

Le sous-secrétaire d'État adjoint américain Alex Wong a déclaré mercredi à Taipei que l'engagement des États-Unis auprès de Taïwan n'avait jamais été aussi fort, ajoutant que l'île servait de modèle au reste de la région indopacifique.

Dans un éditorial, le Global Times, qui est publié par le Quotidien du peuple, l'organe central du Parti communiste chinois, estime que la Chine doit « riposte[r] » à cette loi, par exemple en faisant pression sur les États-Unis dans d'autres dossiers, comme la Corée du Nord et l'Iran.

« La Chine continentale doit aussi se préparer à une confrontation militaire directe dans le détroit de Taïwan. Elle doit faire comprendre qu'une intensification des échanges officiels entre Américains et Taïwanais aura de graves conséquences pour Taïwan », poursuit le journal.

L'hostilité de la Chine envers Taïwan n'a fait que croître depuis l'élection en 2016 à la présidence taïwanaise de Tsai Ing-wen, membre du Parti démocrate progressiste, qui est favorable à l'accession de l'île à l'indépendance. Pékin considère Taïwan comme une province chinoise rebelle, destinée à revenir à terme dans son giron.

Avec les informations de Associated Press, Agence France-Presse, et Reuters

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