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Le Festival du film de l'Outaouais a 20 ans... et après?

Trois affiches de cinéma de très grands formats sont accrochés côte à côte sur la façade extérieur d'un bâtiment.

C'est la première mondiale du long métrage « La Bolduc » qui donnera le coup d'envoi officiel du 20e Festival du film de l'Outaouais, le 23 mars.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le Festival du film de l'Outaouais (FFO) célèbre ses 20 ans cette année. L'anniversaire marque un tournant important pour cet événement annuel qui attire environ 24 000 festivaliers sur huit jours. Or, même si le FFO est parvenu à s'imposer comme un incontournable pour les cinéphiles de la région, les organisateurs se butent encore à un sous-financement qui, selon eux, empêche l'événement de rayonner plus largement. Parallèlement, Didier Farré, le fondateur et directeur général du Festival, cherche tranquillement celle ou celui à qui il pourra passer le flambeau.

Un texte de Kevin Sweet

Lorsqu’il a cofondé le FFO avec Radio-Canada, le journal Le Droit et l’ambassade de France en 1998, Didier Farré se préoccupait davantage de la qualité des films qu’il projetait que de l’avenir de l’événement qu’il mettait sur pied.

Vingt ans plus tard, les choses n’ont pas changé.

Didier Farré sourit à la caméra devant une des salles du Cinéma 9.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Didier Farré, fondateur et directeur du Festival du film de l’Outaouais ainsi que propriétaire du cinéma 9.

Photo : Radio-Canada/Martin Vanasse

« On vit au jour le jour et on se dit qu’on travaille fort, et on essaie de présenter les meilleurs films. On ne pense vraiment pas à la durée de vie d’un événement. »

— Une citation de  Didier Farré, cofondateur et directeur général du FFO

Toutefois, M. Farré réfléchit de plus en plus à qui pourrait lui succéder à la direction générale. Cela dit, il n'est pas prêt à passer le flambeau à n'importe qui.

« Je n'aurai pas toujours l'énergie pour le faire et puis, j'aimerais autant que ce soit des jeunes. Mais ce que je cherche, ce sont des jeunes qui sont passionnés. C'est ça que je veux », confie Didier Farré.

Diriger un festival en 2018

Diriger un festival de films en 2018 n'est pas tâche facile.

Les grands événements du genre, y compris le Festival international du film de Toronto (TIFF), remettent actuellement en question leur raison d'être à une époque où les salles de cinéma sont de moins en moins fréquentées et où le numérique règne.

Le programme du festival international du film de TorontoAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le programme du festival international du film de Toronto

Photo : Alexandre Hurtubise

Le FFO doit faire face à un défi supplémentaire : le sous-financement chronique dont il souffre depuis une décennie. Le Festival a même failli disparaître en 2008 à cause d'un manque d'argent. Il a été sauvé de justesse.

« En fin de compte, ce sont les politiciens et les journalistes qui ont dit que ce n'est pas normal d'arrêter ce festival. On a eu un peu plus de financement pour pouvoir continuer », raconte Didier Farré.

Un petit budget

Le budget opérationnel du FFO est de moins de 150 000 $. Selon M. Farré, c'est deux fois moins que le budget d’exploitation d’un événement comme lesRendez-vous Québec Cinéma. Et c’est exponentiellement moins que les 43 millions de dollars qui sont à la disposition des organisateurs du TIFF.

Selon le directeur général du FFO, il serait plus facile de faire rayonner l’événement à l’extérieur de la région de l’Outaouais avec plus d’argent.

« Plus d’argent nous permettrait d’inviter beaucoup plus d’acteurs et de réalisateurs, et de faire des choses un peu plus importantes. »

— Une citation de  Didier Farré
Halle Berry sur le tapis rouge du TIFF.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'actrice Halle Berry sur le tapis rouge au TIFF pour la présentation du film Kings.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Un rendez-vous, malgré tout

Même en l’absence de grandes vedettes et de primeurs très attendues, le FFO demeure un incontournable pour les amateurs du septième art dans la région. Les organisateurs n’ont pas fait de recensement officiel depuis 2014, mais observent qu’il y a de 5 % à 10 % de festivaliers de plus chaque année.

Selon Fanny Robert, la directrice générale du Cinéma Aylmer, le FFO a aidé à créer un engouement pour les films d’auteur dans la région.

« L’avantage d'avoir cet événement-là, c’est que ça crée un momentum. [...] Les gens deviennent d’un seul coup plus passionnés ou redécouvrent le cinéma d’auteur ou redécouvrent que le cinéma, ce n’est pas juste des poursuites en voiture avec des explosions. »

— Une citation de  Fanny Robert, directrice générale du Cinéma Aylmer

Le critique Maurice Graffin, qui couvre l’événement depuis 20 ans en plus de siéger à ses différents jurys, souligne par ailleurs que le FFO permet aux festivaliers de voir des oeuvres qu’ils n’auraient pu voir autrement ou qu’ils ont ratées au cours de l’année.

Un homme à la moustache et aux cheveux blancs porte un anorak ouvert et un foulard au cou.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Selon le critique Maurice Graffin, le côté convivial du FFO plaît aux cinéphiles de la région.

Photo : Radio-Canada

« Il y a des films qui sortent à Montréal qui n’arrivent pas jusqu’à nous. Et lorsqu’ils arrivent, c’est souvent sans avoir été annoncés. Et les gens n’ont pas la chance de se retourner pour les voir », mentionne M. Graffin.

Il poursuit en faisant valoir que le caractère festif et convivial du FFO va continuer d’attirer les cinéphiles et d'assurer la survie de l’événement à l’ère où Netflix, entre autres plateformes, cannibalise l’auditoire.

« C’est se protéger au maximum des tendances actuelles, c’est sûr, tout en entretenant cet aspect "fête" qui continuera à attirer les gens », explique le critique.

« Tant et aussi longtemps que ces gens-là seront heureux de se retrouver devant un écran pour regarder un film particulier et, donc, de qualité, on peut espérer. »

— Une citation de  Maurice Graffin, critique de films

Le FFO : un modèle

Céline Bonnier dans <i>La passion d'Augustine</i>Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Céline Bonnier dans La passion d'Augustine

Photo : Véro Boncompagni/Films Séville

Le FFO a aussi servi de modèle pour d’autres festivals, tel celui d’Angoulême, et de rampe de lancement vers le marché européen pour des films québécois, comme La passion d’Augustine, de Léa Pool.

Tout comme le FFO, la spécificité du Festival du film francophone d’Angoulême (FFA) est de valoriser la production cinématographique en français. Plusieurs longs métrages qui y sont présentés ont d’abord été vus en Outaouais.

« Non seulement est-ce que l’on défend la francophonie, mais nous, les films québécois qu’on a présentés dans notre festival ont toujours été vus au festival de Didier. Ils ont beaucoup de succès à Angoulême et c’est grâce à ça qu’ils sont sortis en France. Donc, [...] du point de vue cinématographique et business, du cinéma francophone, c’est très important », explique Marie-France Brière, coorganisatrice du FFA.

« Si tous les festivals francophones s’associent pour défendre la francophonie, on va aller loin et on va devenir très puissants. »

— Une citation de  Marie-France Brière, coorganisatrice du Festival du film francophone d'Angoulême

Vingt ans plus tard, le FFO n'a pas la prétention d'être Cannes ou le TIFF, mais tout comme ces deux grands festivals, le FFO n'est pas à l'abris d'une réflexion sur son avenir.

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