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Opioïdes : de plus en plus de grands-parents doivent élever leurs petits-enfants

Des comprimés d'oxycodone et d'acétaminophène.
Des comprimés d'oxycodone et d'acétaminophène Photo: La Presse canadienne / Graeme Roy

De plus en plus de grands-parents sont contraints d'élever leurs petits-enfants, une conséquence indirecte de la crise des opioïdes en Amérique du Nord, estime l'ancien défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick, Bernard Richard.

Les provinces ne compilent pas souvent, sinon jamais, de données sur le nombre d’enfants élevés par leurs grands-parents en raison de la crise des opioïdes. On remarque toutefois que, selon le recensement de 2016, il y a au Canada 32 520 enfants de 14 ans et moins qui vivent exclusivement avec leurs grands-parents. C’est une augmentation de 30 % en 15 ans.

« C’est indéniable qu’il y a un lien », affirme sans hésiter Bernard Richard. « On sait qu’il y a un impact, ça, c’est clair ».

« C’est un peu tôt dans la crise pour avoir des chiffres sur lesquels on peut dépendre, mais c’est clair que de plus en plus de grands-parents sont appelés à jouer le rôle des parents dans ces cas-là », soit parce que les parents sont en traitement, ou parce qu’ils sont morts d’une surdose.

Une crise qui a atteint l’Atlantique

L’Ouest canadien est la région la plus touchée par la crise des opioïdes, mais celle-ci a traversé le pays et atteint maintenant toutes les régions, à divers degrés. Au Nouveau-Brunswick, 19 personnes sont mortes d'une surdose d'opioïdes dans les 9 premiers mois de 2017.

À Terre-Neuve-et-Labrador, La Presse canadienne a rencontré une grand-mère de Saint-Jean, qui demeure anonyme afin de protéger la confidentialité de ses deux petits-enfants, dont elle s’occupe.

Son fils est le père. Son ex-conjointe et lui ont abusé des opioïdes et de divers médicaments ces dernières années. La grand-mère, alors dans la cinquantaine, a décidé de prendre sous son aile ses petits-enfants, tous deux âgés de moins de 13 ans, lorsqu’elle s’est aperçue que le plus jeune d’entre eux n’avait pas été en classe depuis plusieurs semaines.

Les parents ne s’y sont pas opposés. Jamais les enfants n’ont demandé de retourner vivre avec leurs parents, dit la grand-mère, « pas encore ».

Son fils n’a plus d’adresse permanente, dit-elle. « Il est ici quand il est sobre », dit-elle. « Aussitôt qu’il a de l’argent, je ne le vois plus pendant des jours. » La mère communique avec ses enfants à l’occasion, mais les voit rarement.

La grand-mère reçoit environ 1700 $ par mois des services à l’enfance de Terre-Neuve-et-Labrador pour l’aider à couvrir ses dépenses.

Un fardeau financier et juridique

Outre l’impact inévitable sur ces enfants, la situation a aussi pour conséquence un fardeau financier pour des grands-parents qui n’avaient pas prévu, à leur âge, de devoir à nouveau remplir un rôle parental. « De prendre en charge un, deux ou trois enfants » quand on vit d'une pension, « c’est quand même énorme », remarque Bernard Richard.

Bernard Richard. Bernard Richard, représentant de l'enfance et de la jeunesse en Colombie-Britannique. Photo : La Presse canadienne / Chad Hipolito

« C’est sûr que c’est, dans la grande majorité des cas, dans le meilleur intérêt des enfants », signale le défenseur des enfants de la Colombie-Britannique, « mais ça aiderait énormément si les grands-parents étaient soutenus financièrement lorsqu’ils sont obligés de le faire. »

Si ces grands-parents acceptent des responsabilités énormes, certaines responsabilités juridiques leur échappent, et cela cause des problèmes. « On l’entend dans le travail qu’on fait à chaque jour », dit M. Richard.

Si une décision relative à l’éducation ou à la santé d’un enfant doit être prise, le consentement des parents doit être obtenu, mais c’est une tâche considérable lorsqu’il est impossible de communiquer avec eux, ou qu’ils ne sont pas en état de prendre des décisions éclairées.

En 2016, l’Agence de la santé publique du Canada estimait qu’en moyenne sept Canadiens par jour mourraient d’une surdose vraisemblablement attribuable aux opioïdes.

« La tendance est qu’on voit moins de décès dans les quartiers où on s’attendrait d’en voir », dit M. Richard, qui souligne qu’une campagne est en cours en Colombie-Britannique pour sensibiliser la population au fait que les opioïdes font de nombreuses victimes parmi les gens de la classe moyenne, et qui ne vivent pas dans un milieu défavorisé.

« La réponse a été robuste et forte en ce qui concerne la crise des opioïdes », indique M. Richard. « Mais [pour ce qui est des] conséquences secondaires », comme le fait que les grands-parents doivent prendre en charge leurs petits-enfants, « on est en train de réaliser qu’il y en a, et qu’elles sont importantes, et qu’il faut aussi répondre à ces conséquences-là. »

M. Richard est depuis 2016 le représentant de l'enfance et de la jeunesse en Colombie-Britannique. Il a été défenseur des enfants au Nouveau-Brunswick de 2003 à 2011.

Avec les informations de La Presse canadienne

Nouvelle-Écosse

Crise des opioïdes