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Un ancien combattant cri se dit victime de harcèlement policier

Nigel Bosum avec son père John Philip Bosum et sa belle-mère, Lorraine Beaton.
Nigel Bosum a témoigné avec son père John Philip Bosum et sa belle-mère, Lorraine Beaton. Photo: Radio-Canada / Anouk Lebel
Radio-Canada

Dans la communauté crie de Mistissini, dans le nord du Québec, Nigel Bosum se démarquait des autres adolescents par son ambition militaire. Il a servi dans les Forces canadiennes pendant dix ans, dont lors de la mission canadienne en Afghanistan. Mais sa famille estime que cela n'a jamais été bien perçu par les policiers locaux, qui le harcèlent depuis son adolescence.

Un texte d’Anouk Lebel

L’ancien combattant, son père et sa belle-mère ont témoigné à Montréal mardi lors des audiences de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics.

Nigel Bosum a raconté comment, lorsqu’il avait 14 ou 15 ans, les policiers de la communauté l’arrêtaient sur la route pour lui confisquer son équipement militaire. Il devait ensuite se rendre au poste pour le « racheter ». Les policiers pouvaient lui demander 15 ou 30 $ pour chaque pièce.

Sa belle-mère, Lorraine Beaton, a pour sa part expliqué que les policiers sont aussi entrés plusieurs fois au domicile familial sans frapper, sous prétexte que Nigel était en train de boire de l'alcool. Ils confisquaient alors des armes, dont certaines appartenaient à son père, John Philip Bosum.

Selon elle, il était ciblé injustement par les policiers en raison de son ambition militaire. Ce harcèlement a recommencé plusieurs années plus tard, après qu’il soit revenu d’Afghanistan, a-t-elle soutenu.

Ils disaient qu’il était dangereux parce qu’il était dans l’armée, qu’il avait appris comment tuer des gens.

Lorraine Beaton, belle-mère de Nigel Bosum

Des accusations « sans fondement »

Le harcèlement dont Nigel Bosum estime avoir été victime a culminé lors de la fin de semaine de la Saint-Jean, en juin 2016, lorsqu'il est parti camper dans le bois. Il a alors été arrêté et accusé de voies de fait graves envers un homme de sa communauté, a expliqué Mme Beaton.

Selon la famille, les policiers ont forcé l’homme à témoigner en cour. Ils ont raconté que ce dernier leur avait dit à plusieurs reprises qu’il ne voulait pas le faire, dont le jour où les accusations sont tombées, en décembre 2017.

M. Bosum dit qu'il avait une machette de camping avec lui lors de son arrestation, mais a soutenu qu’il ne l’a pas utilisée pour menacer l’homme ou les policiers. Ce sont plutôt deux policiers présents qui ont pointé des pistolets en sa direction, a-t-il affirmé.

Il lui ont par la suite confisqué sa machette. Comme ses conditions de libération lui interdisait toute possession d'arme, il a aussi dû rendre les couteaux qu’il avait chez lui.

Son père, John Philip Bosum, a affirmé s’être rendu au poste plusieurs fois pour les récupérer depuis que les accusations sont tombées. Les policiers lui ont redonné la machette le 8 mars dernier, mais pas les couteaux, malgré une ordonnance de la cour.

« Ils m’ont dit qu’ils ne savaient pas où ils étaient », a-t-il expliqué.

Prisonnier de sa cellule

Après son arrestation, Nigel Bosum a été détenu un jour et une nuit à Mistissini. Il ne pouvait pas sortir de sa cellule. « J’avais froid, je n’avais pas de couverture, ils ne me donnaient pas de nourriture », a-t-il raconté.

Il ajoute avoir dû frapper plusieurs fois dans sa porte pour qu’on lui donne une bouteille d’eau, qu’il a dû remplir à même la cuvette de la toilette, à la suggestion des policiers.

Il a par la suite été transféré à Waswanipi pour une nuit, puis à Amos, où il été détenu deux nuits. « C’était un hôtel de luxe comparé à Mistissini. J'étais traité avec le respect que je méritais », a-t-il laissé tomber.

S'il a témoigné devant la commission Viens, c'est qu'il espère qu'il y aura « des répercussions pour les policiers et le département ». « Ils ne peuvent pas traiter les gens comme ça. »

De son côté, son père croit que la communauté et les policiers devraient plutôt être fiers que Nigel ait servi dans les Forces canadiennes.

Il a rédigé une lettre à l’intention des dirigeants de la communauté qui a été déposée en tant que preuve devant la Commission.

Il n'a pas été possible de parler à un porte-parole de la police crie de Mistissini mardi.

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