•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Chiens dangereux : la pertinence de cibler certaines races au cœur du débat

Un chien s'approche en courant et en montrant les dents.
Le bull terrier du Staffordshire, un type de pitbull, fait partie des chiens visés par le projet de loi 128. Photo: iStock
Radio-Canada

Alors que la commission parlementaire des institutions examine cette semaine le projet de loi du ministre Martin Coiteux sur les chiens dangereux, les premiers intervenants ont exprimé mardi après-midi des réticences très claires devant les dispositions qui visent spécifiquement les pitbulls et les rottweilers. Des réticences que sont loin de partager les représentantes de victimes de pitbulls qui ont pris la parole en soirée.

Un texte de Bernard Barbeau

S'il est adopté, le projet de loi 128 interdira l'adoption de ces types de chiens dans l'ensemble de la province, ce qui viendra, par exemple, contrecarrer les plans de l'administration de Valérie Plante, à Montréal, et les mesures adoptées il y a un an par celle de Marc Demers, à Laval.

Ce projet de loi n’empêchera pas une municipalité d’adopter des normes encore plus sévères que celles qu'il instaure, mais aucune ne pourrait choisir de s'en soustraire et d'opter pour des mesures moins contraignantes.

Lise Vadnais, dont la sœur Christiane a été tuée par le chien d'un voisin en 2016 à Montréal, a beaucoup insisté mardi soir, en commission parlementaire, sur la « dangerosité exceptionnelle » du pitbull, un animal « imprévisible », a-t-elle dit, en soulignant qu'il est responsable de la moitié des attaques de chiens même s'il ne représente qu'un petit pourcentage de la population canine.

« Il est tenace et ne lâche jamais sa proie », a-t-elle exposé, s'exprimant avec aplomb et une certaine colère dans la voix. « Contrairement aux autres chiens, il ne recule jamais, même s’il est blessé. [...] Contrairement aux autres chiens qui lâchent leur adversaire lorsque celui-ci fait acte de soumission, le pitbull profite de la faiblesse de l’autre pour l’éventrer et l’achever. Il est insensible aux signaux d’apaisement de son maître. »

Le pitbull a une histoire génétique unique et incomparable avec celle de tous les autres chiens. Il a été soigneusement croisé et sélectionné pour combattre et tuer, depuis près de deux siècles.

Lise Vadnais, dont la sœur Christiane a été tuée par un chien

Mme Vadnais a cité plusieurs études suggérant que, dans les juridictions où le pitbull a été banni, comme à Toronto, à Winnipeg et en Catalogne, le nombre de morsures nécessitant une hospitalisation a diminué de manière appréciable.

Plan moyen de Lise Vadnais, avec devant elle la photo d'un chien et la photo de sa défunte sœur.Lise Vadnais avait apporté la photo de sa sœur Christiane, qui a été tuée par un chien. Photo : Radio-Canada

Son frère Gaston, aussi présent, s'est dit persuadé que « la grande majorité silencieuse » appuie l’interdiction qui enverra « un signal majeur aux propriétaires » qui choisissent des chiens dangereux. Il a dit croire que, s'il le faut, d'autres types de chiens pourront aussi être bannis.

« Ce qu’on veut, c’est prévenir que d’autres catastrophes comme ça arrivent », a-t-il plaidé, faisant référence à la mort de sa sœur Christiane.

Des représentantes de l'organisme canado-américain National Pit Bull Victim Awareness (NPBVA), qui réunit 75 groupes d'aide aux victimes de morsures, ont également appuyé l'intention de Québec d'interdire l'adoption de pitbulls.

Leurs attaques causent des blessures disproportionnées comparativement à celles d’autres types de chiens, ont fait valoir Mia Johnson et Heather Clemenceau. Ces bêtes ne peuvent donc pas être traitées comme les autres, d'après l'organisme NPBVA.

Il ne faut pas attendre qu’un pitbull se montre agressif avant de le cibler, ont déclaré Mmes Johnson et Clemenceau. Les premières attaques des pitbulls causent presque toujours des blessures graves, ont-elles insisté.

Vision opposée

« On ne peut pas nier la possibilité de différences entre des races, mais à ce moment-là, sur les 300 races qui existent, est-ce qu’on va être capable d’établir des échelles? » a demandé plus tôt dans la journée la présidente de l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ), Caroline Kilsdonk.

Les deux groupes qui sont ciblés par la loi le sont parce des incidents sont arrivés peu de temps avant, mais cette liste-là se trouve à être un peu arbitraire. Est-ce qu’on va ajouter une race complète parce qu’un autre incident est arrivé?

Caroline Kilsdonk, présidente de l'OMVQ

La présidente de l'OMVQ a invité le gouvernement à adopter « une approche plus globale » axée sur le long terme.

La Dre Kilsdonk a recommandé au gouvernement de mettre sur pied en un registre national des blessures causées par des chiens de même que d'encadrer davantage les éleveurs. « La reproduction et la vente d’animaux devraient être mieux contrôlées », a-t-elle estimé.

Plan moyen de Caroline Kilsdonk, assise à une table, derrière un micro.Caroline Kilsdonk, présidente de l’Ordre des médecins vétérinaires, préconise un meilleur encadrement des éleveurs. Photo : Radio-Canada

Laval et Montréal

Le maire de Laval a abondé dans le même sens que l'OMVQ. « Le bannissement de certaines races ne représente pas la voie optimale », a soutenu Marc Demers.

Si on bannit des races de chiens, [ceux qui] veulent avoir des chiens dangereux vont passer à une autre race.

Marc Demers, maire de Laval

« Le gouvernement devrait plutôt viser la responsabilisation des propriétaires et gardiens de chiens et la mise en place de mesures et conditions en fonction de la gravité des infractions », a-t-il ajouté.

Pour sa part, la Ville de Montréal, qui a suspendu en décembre un règlement mis de l’avant par l'administration de Denis Coderre et ciblant certains types de chiens, rappelle dans un mémoire qu'elle privilégie elle aussi une approche axée davantage sur l'éducation des maîtres.

« Comment diminuer les risques de morsure? Comment assurer la sécurité des gens? Ça passe par une approche globale qui ne cible pas un type de chien en particulier, mais bien un comportement des propriétaires d'animaux », a fait valoir lundi la mairesse Valérie Plante, qui ne participera pas aux audiences de la commission parlementaire.

Après une consultation publique cet hiver, Montréal prépare pour mai prochain une nouvelle réglementation sur le contrôle des animaux.

Mme Plante n’a pas précisé comment la Ville réagira si le projet de loi 128 est adopté.

Plan moyen de M. Demers.Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités, veut éviter « une réglementation excessive ». Photo : Radio-Canada

La réalité rurale

La Fédération québécoise des municipalités (FQM), qui représente les petites localités et les municipalités régionales de comté de la province, a elle aussi demandé le retrait des dispositions interdisant des types de chiens spécifiques.

Son président Jacques Demers, maire de Sainte-Catherine-de-Hatley, en Estrie, a réclamé mardi qu'on laisse aux administrations locales le soin de décider des dispositions appropriées à leur réalité.

« Sur une ferme, c’est régulier d’avoir un chien qui est libre, a-t-il illustré. […] On ne peut pas penser que, dans ces milieux-là, on peut obliger la même chose que dans un milieu urbanisé. »

M. Demers craint de plus une « réglementation excessive » et trop coûteuse à faire respecter pour les moyens de certaines localités : « Dans sa forme actuelle, le projet de loi nous semble difficilement applicable pour plusieurs municipalités. L’étendue des responsabilités à assumer nous apparaît également difficile à cerner. »

Les chiens visés par une interdiction dans le cadre du projet de loi :

  • les pitbulls, dont les pitbulls terriers américains, les terriers américains du Staffordshire et les bulls terriers du Staffordshire;
  • les rottweilers;
  • les chiens issus du croisement entre l’un des chiens précédents et un autre chien;
  • les chiens hybrides issus du croisement entre un chien et un canidé autre qu’un chien;
  • les chiens dressés à des fins de protection, de garde, de combat ou d’attaque.

La loi permettra à une personne déjà propriétaire d’un chien lors de son entrée en vigueur de le conserver, à moins qu’elle ait été reconnue coupable de certaines infractions.

Plan moyen de M. Coiteux, assis à une table.Le ministre Martin Coiteux souhaite trouver « des points de ralliement ». Photo : Radio-Canada

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a déjà indiqué qu’il comptait faire adopter avant la fin de la présente session – et donc avant les élections d'octobre prochain – le projet de loi déposé en avril 2017.

« Je suis conscient que c’est un projet de loi qui ne fait pas l’unanimité, a-t-il dit mardi après-midi, à l'ouverture des audiences. Je suis conscient que ça anime des débats qui sont passionnés au sein de notre société. »

« À défaut de trouver un consensus, essayons de voir s’il n’y a pas des points de ralliement », a-t-il proposé.

Politique provinciale

Politique