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Scandale des données Facebook : Cambridge Analytica suspend son patron

Le reportage d'Emmanuelle Latraverse
Radio-Canada

Le cabinet d'analyses Cambridge Analytica annonce qu'il suspend son grand patron, Alexander Nix, en attendant le résultat d'une enquête « complète et indépendante » sur ce qu'il est maintenant convenu d'appeler le scandale des données Facebook.

Cambridge Analytica affirme que les « commentaires » de M. Nix enregistrés par Channel 4, ainsi que d'autres « allégations » formulées à son encontre, « ne représentent pas les valeurs » de l'entreprise.

De leur côté, la Commission fédérale américaine du commerce, la Commission de l'information britannique ainsi que le Parlement européen ont ouvert des enquêtes pour savoir comment Cambridge Analytica a pu collecter les données de 50 millions d'utilisateurs de Facebook, soit bien plus que ce à quoi elle avait droit.

Elizabeth Denham, directrice de la Commission de l’information britannique, une autorité de régulation, a également annoncé qu’elle voulait obtenir l’autorisation de perquisitionner les locaux de la société Cambridge Analytica, basée à Londres.

Nous regardons si oui ou non Facebook a sécurisé et sauvegardé des informations personnelles sur la plateforme, si, quand la société s'est rendu compte qu’il y avait perte de données, elle a agi de façon ferme et si les gens en ont été informés ou pas.

Elizabeth Denham à la BBC

Cette demande de perquisition intervient dans le cadre d’une enquête ouverte par la Commission de l’information britannique après les révélations sur l’utilisation des données de 50 millions d’utilisateurs Facebook dans la campagne présidentielle américaine de 2016.

L’équipe de Donald Trump a engagé la société d'analyses de données Cambridge Analytica afin qu'elle conçoive une application initialement présentée comme un test de personnalité.

En réalité, ce logiciel a servi à prédire les résultats et à influencer les votes de la campagne en récoltant les données des utilisateurs, comme leurs activités et leur liste d’amis, à leur insu.

Les déclarations d'Alexander Nix sur la chaîne britannique Channel 4

Alexander Nix, le patron de Cambridge Analytica suspendu de ses fonctions mardi, affirme dans un enregistrement vidéo réalisé en caméra cachée que son cabinet d'analyses a joué un rôle décisif dans la victoire de Donald Trump lors de la campagne présidentielle américaine de 2016.

Dans un document vidéo diffusé lundi par la chaîne britannique Channel 4, Alexander Nix a fait cette déclaration :

« Nous avons fait toutes les recherches. Nous avons trié toutes les données. Nous avons fait toutes les analyses. Nous avons tout ciblé. Nous avons dirigé toute la campagne numérique et nos données alimentaient leur stratégie », explique-t-il à un journaliste infiltré lors d'un entretien filmé en secret dans un hôtel de Londres.

Selon Reuters

Par ailleurs, Elizabeth Denham a demandé et a obtenu du réseau social Facebook qu'il arrête sa propre enquête sur Cambridge Analytica, car elle était susceptible de compromettre celle du régulateur.

La directrice de la Commission de l’information britannique ainsi que le Parlement européen ont demandé au patron de Facebook, Mark Zuckerberg, de venir s’expliquer devant eux sur cette affaire.

En ce qui a trait à Cambridge Analytica, le vice-président et directeur juridique adjoint de Facebook, Paul Grewal, a eu cette réaction : « Si les informations rapportées sont vraies, il s’agit d’une violation majeure de nos règlements. Toutes les parties impliquées, y compris SCLGroup/Cambridge Analytica, Christopher Wylie et Aleksandr Kogan, nous ont certifié avoir détruit les données en question. Or, à la lumière de nouvelles informations laissant entendre que les données n’ont pas été détruites, nous avons pris la décision de suspendre ces trois parties de Facebook, dans l’attente de précisions supplémentaires. »

M. Grewal a ajouté que l'entreprise va « déployer tous les moyens nécessaires pour vérifier que les données en question ont bel et bien été supprimées, une fois pour toutes, et [...] entreprendre des actions à l'encontre de toutes les parties fautives ».

Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a de son côté annoncé lundi que les eurodéputés allaient « enquêter pleinement » sur cette « violation inacceptable des droits à la confidentialité des données », révélée par le New York Times et The Observer, l'édition dominicale du quotidien britannique The Guardian.

Des enquêtes des deux côtés de l’Atlantique

De l’autre côté de l’Atlantique, la Commission fédérale du commerce (FTC), le gendarme américain du commerce, veut également faire la lumière sur cette affaire.

Une enquête a été ouverte pour déterminer si Facebook a violé les règles d’un décret de consentement datant de 2011 en autorisant Cambridge Analytica à recevoir certaines données d’utilisateurs.

Par ce décret, Facebook est désormais contrainte de demander le consentement des utilisateurs pour changer certains paramètres de confidentialité. Il a été adopté après que Facebook eut fait l'objet de poursuites pour avoir trompé ses utilisateurs en les forçant à partager plus d’informations personnelles qu’ils ne l’auraient souhaité.

Le gouvernement Trudeau fait face à des pressions pour protéger davantage la vie privée en ligne des Canadiens. Le député néo-démocrate Charlie Angus dit que si les géants de l'information comme Facebook ont le potentiel d'influencer les résultats des élections, ils doivent être tenus de rendre des comptes.

Le NPD veut également que le gouvernement Trudeau soulève la question de la protection des données, lorsque le Canada sera l'hôte du sommet du G7 cet été.

De son côté, l’Université de Cambridge veut elle aussi en savoir davantage sur ce scandale. L’université voudrait que Facebook confirme qu’Alex Kogan, le créateur de l’application qui a extrait les données de millions d’utilisateurs, n’a pas utilisé de données, de ressources ni d’installations universitaires lors de ses recherches pour Cambridge Analytica.

Dans un courriel envoyé à ses collègues de l'Université de Cambridge que CNN a obtenu, Aleksandr Kogan dit avoir changé les conditions de son application pour qu'elle passe d'un usage universitaire à un usage commercial.

M. Kogan ajoute que Facebook n'a émis aucune objection, mais le réseau social dit ne pas avoir été informé de cette modification, toujours selon CNN.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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