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La Turquie utilise l'état d'urgence « pour étouffer toute forme de critique ou de dissidence », dénonce l'ONU

Une femme vêtue d'un imperméable violet est tenue au bras droit par un policier turc.
Une femme arrêtée par la police turque à Ankara, lors d'une marche pour les femmes, le 4 mars dernier. Photo: Reuters / Stringer .

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) dénonce le maintien de l'état d'urgence en Turquie depuis juillet 2016, utilisé par le pouvoir pour museler les opposants. Il accuse aussi la police turque de pratiquer la torture en détention, notamment en ayant recours à des passages à tabac et à des chocs électriques.

Dans un document de 29 pages couvrant toute l'année 2017, le HCDH souligne que les reconductions régulières de l'état d'urgence en Turquie ont mené à de graves violations des droits de la personne.

Le rapport fait état de cas de torture, de mauvais traitements, de détentions arbitraires, de privation arbitraire du droit au travail, ou encore d'atteintes à la liberté d'association et d'expression.

D'après le rapport, l'état d'urgence a été utilisé par Ankara « pour étouffer toute forme de critique ou de dissidence à l'égard du gouvernement ».

Des femmes enceintes emprisonnées abusivement

L’état d’urgence a été instauré quelques jours après une tentative de coup d’État le 15 juillet 2016, imputée par les autorités au prédicateur Fethullah Gülen, installé aux États-Unis, qui nie toute implication. La tentative de putsch avait causé la mort de 250 personnes.

Depuis, le HCDH constate que les décrêts passés sous l'état d'urgence permettent une « impunité » des autorités turcques, et des interférences du pouvoir exécutif avec la branche parlementaire et judiciaire.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, souligne dans son rapport le nombre « stupéfiant » de près de 160 000 personnes arrêtées depuis le début de l'état d'urgence. Il note aussi que 152 000 fonctionnaires ont été renvoyés, « dont beaucoup de manière arbitraire ».

Environ 570 avocats ont été arrêtés, et 79 doivent purger de longues peines. Des professeurs et des juges ont également été suspendus.

J'ai vu à la télévision qu'il y avait une liste de juges suspendus. Quelqu'un de ma faculté m'a appelé [...] et j'ai compris que j'étais dedans. Je ne suis pas allé travailler ce jour-là, et depuis, j'ai décidé de me cacher.

Un ancien juge turc interrogé par le HCDH

De plus, 166 médias ont été contraints de mettre la clé sous la porte et 100 000 sites web ont été bloqués.

Des avocats manifestent devant la cour d'Istanbul.En juillet 2017, des avocats avaient demandé la libération de Mustafa Yaman, un avocat soupçonné de liens avec le mouvement de Fethullah Gülen. Photo : La Presse canadienne / Lefteris Pitarakis

L’une des conclusions les plus alarmantes du rapport, selon M. Zeid, est « la manière dont les autorités turques auraient détenu une centaine de femmes enceintes ou venant d’accoucher, principalement au motif qu’elles étaient associées à leurs maris [respectifs], soupçonnés d’être liés à des organisations terroristes ».

Ils [les policiers] m’ont emmené au poste de police [...]. Ils ont appelé le procureur et lui ont dit au téléphone “nous avons arrêté la femme d’un terroriste”. Puis le policier a commencé à me menacer de me déshabiller et de me montrer aux soldats détenus. Il a mis ses mains sous mon t-shirt et a commencé à l’enlever. J’étais incapable de réagir.

Une femme turque interrogée par le HCDH dont le conjoint est suspecté d'être proche du réseau de Fethullah Gülen, opposant au régime d'Erdogan

Selon le Haut-Commissaire, certaines de ces femmes ont été détenues avec leurs enfants et d’autres ont été « violemment séparées d’eux ».

Un rapport biaisé, selon Ankara

Le rapport de l’ONU a rapidement été qualifié d’« inacceptable » par Ankara. Le ministère turc des Affaires étrangères juge les informations qu’il contient de « déformées, biaisées et fausses ».

Le Haut-Commissariat reconnaît cependant dans son rapport que la Turquie doit faire face à « des défis complexes » pour « répondre à la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 et à un certain nombre d’attentats terroristes ».

L’ONU fait aussi état d'allégations continues de violation des droits de la personne dans le sud-est de la Turquie, région en majorité peuplée de Kurdes.

Pour avoir une vision exhaustive de la situation, le HCDH demande un accès complet à la région.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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