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Rapport sur les collèges : la parole aux étudiants de l’Université de Saint-Boniface

une jeune femme.

Catherine Nandjui : « Les étudiants ont pleinement le droit d'être là. »

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'analyse d'un rapport du gouvernement provincial selon laquelle l'Université de Saint-Boniface dépend trop des étudiants étrangers soulève des commentaires de la part de la communauté étudiante.

Selon une analyse de tous les établissements d'éducation postsecondaire du Manitoba produite par le gouvernement, le « talon d'Achille de l'Université de Saint-Boniface (USB) est le nombre élevé d'étudiants étrangers inscrits dans ses programmes collégiaux ».

L'étude a été menée par le Higher Education Strategy Associate (HESA), un institut de Toronto. Selon le rapport, en 2015-2016, les étudiants étrangers représentaient 52 % des effectifs de l'école technique, et 83 % en excluant les soins infirmiers.

« Le gouvernement investit dans ces programmes-là, et on voudrait que les retombées de cet investissement soient visibles et manifestes au Canada », explique le recteur de l'USB, Gabor Csepregi. « Bon nombre d'étudiants retournent chez eux. Donc, on considère que le nombre d'étudiants étrangers est trop élevé. »

C'est une faiblesse, notamment en administration des affaires, où on doit augmenter le nombre d'étudiants canadiens.

Gabor Csepregi, recteur de l'USB

La situation reste paradoxale, puisque les étudiants étrangers paient des droits de scolarité majorés.

« Ce qu'il faut faire, ce n'est pas nécessairement écarter ces étudiants, propose Gabor Csepregi. Il faut les encourager à venir chez nous, mais [aussi] augmenter le nombre d'étudiants canadiens [et] ça, ça va demander beaucoup d'efforts. »

Une analyse qui ne passe pas

Cette analyse comptable ne passe pas, pour la communauté étudiante de l’USB.

L’étudiante Jessica Soko, par exemple, préfère parler de richesse. « Il y a ici beaucoup d’étudiants qui viennent de la Division scolaire franco-manitobaine et de l’immersion, alors c’est bien d’avoir différentes expériences de la francophonie, d’avoir cette diversité », dit-elle.

Une jeune femme. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jessica Soko apprécie la diversité qu'apportent les étudiants étrangers.

Photo : Radio-Canada

Les étudiants étrangers représentent plus de la moitié des effectifs de l’École technique et professionnelle. Sans eux, se demande Ayman Soussi, combien resterait-il d’étudiants à l’USB? « Je crois que la plupart des étudiants ici sont étrangers, donc ça aide à agrandir l’école et à agrandir notre communauté francophone dans Saint-Boniface », dit-il.

Djily Diop fait justement partie de ces étudiants qui comptent repartir chez eux à l’issue de leurs études. Mais selon lui, c’est loin d’être la majorité. « Il y a beaucoup d’étudiants, principalement ceux de l’École technique et professionnelle, qui restent et travaillent ici dans leur domaine. Et il y a tous ceux qui s’installent ici avec leur famille », dit-il.

Un jeune homme. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Djily Diop compte retourner dans son pays après ses études à Saint-Boniface.

Photo : Radio-Canada

Catherine Nandjui en appelle à la logique. « Je ne vois pas en quoi ça pose un problème. Ce sont des personnes qui paient des cours, qui viennent avoir de la connaissance, ils ont pleinement le droit d’être là! »

L’actualité s’invite

Le rapport du gouvernement dévoilé lundi arrive en plein dans la Semaine de la diversité à l’USB. Mercredi, un Forum sur l’expérience internationale à l’USB est au programme, de 11 h 30 à 13 h, salle 1218. On y entendra notamment des étudiants témoigner de ce qu'ils vivent au Manitoba.

Le témoignage d'un ancien

Ben Maréga s’inquiète des messages qu’envoie le gouvernement provincial. Arrivé du Sénégal en 2007, il a choisi le Manitoba pour son bilinguisme, y a étudié l’administration des affaires à l’USB, dont il a présidé l’association étudiante. Et il est resté.

« Je pense que les étudiants internationaux sont en train d’être la cible du gouvernement Pallister. Pourquoi, avant même ce rapport, on a coupé l’accès à la santé alors que paradoxalement on voudrait garder ces personnes? On leur dit : “Ça va vous coûter plus cher de rester chez nous.” C’est une autre façon de vous dire qu’on vous montre la porte », avance-t-il.

un homme, jeune, regarde vers la droite. Il a les cheveux courts et porte des lunettes, Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Originaire du Sénégal, Ben Maréga est diplômé en administration des affaires de l'USB.

Photo : Radio-Canada

Pour lui, ce rapport est empirique et oublie la dimension humaine apportée par les étudiants étrangers.

« On omet de dire que ces étudiants paient jusqu’à trois fois plus que les étudiants manitobains ou canadiens. On oublie de dire que ces étudiants sont les meilleurs ambassadeurs du Manitoba et du Canada à l’extérieur du pays, que ces Manitobains permettent un service bilingue ou francophone à toute la communauté. On oublie de dire que ces mêmes étudiants permettent un enrichissement de l’excellence de l’Université… Je vais m’arrêter là, mais la liste est longue, des choses qu’on apporte. Et c’est présenté par le gouvernement comme si c’était un investissement unilatéral », déplore-t-il.

La question de la situation minoritaire

La directrice générale de l’Association des collèges et des universités de la francophonie canadienne, Lynn Brouillette, pense que les auteurs du rapport n’ont pas correctement pris en compte le fait que l’Université de Saint-Boniface est un établissement francophone dans une province majoritairement anglophone.

« Je ne suis pas certaine que l'on comprenne toujours bien le contexte des collèges et des universités en milieu minoritaire, dit-elle. il y a trois clientèles importantes : celle des écoles francophones, celle des écoles d’immersion et celle de l'international. »

Elle pense qu’un manque de services contribue au taux de diplomation plus bas des étudiants étrangers.

« Ce qu’il faut faire, ce que l’ensemble de nos collèges et de nos universités font, c’est de mettre en place des services pour appuyer la réussite de ces étudiants-là », affirme Lynn Brouillette. « Quand un programme a une forte majorité d’étudiants étrangers, ça change la dynamique [et] les besoins sont très différents. »

« Ça reste une situation où l’on peut avoir du succès », conclut-elle.

Collaboration avec la DSFM

Par ailleurs, le rapport souligne que « l'Université de Saint-Boniface et la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM) devraient élaborer une stratégie qui facilite la transition de l'école secondaire vers les études postsecondaires ».

Il y a six mois, la DSFM et l’USB ont créé un groupe de travail à cette fin, affirme le directeur général de la DSFM, Alain Laberge.

Alain Laberge se tient debout en costume-cravate dans une salle de conférence. Il est souriant avec les mains sur les hanches.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alain Laberge, directeur général de la Division scolaire franco-manitobaine

Photo : Radio-Canada / Gavin Boutroy

Il précise que le groupe de travail a déterminé qu'il faut faire découvrir l'USB aux élèves de la DSFM à un plus jeune âge.

Le rapport du HESA soutien en outre que « le partenariat actuel entre le Manitoba Institute of Trades and Technology (MITT) et la DSFM n'est pas durable ou viable ».

« On est chanceux d’avoir un partenariat avec le MITT, parce qu’ils nous permettent d'avoir des cours dans leurs locaux en français », soutient Alain Laberge, « mais à un moment donné, il faut aussi comprendre que la DSFM voudrait aussi avoir ses propres installations. »

Avec des informations de Barbara Gorrand et de Denis-Michel Thibeault

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