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Les ovaires, l'hypothalamus et le cœur de Camille Deslauriers

Camille Deslauriers
Le troisième recueil de nouvelles de l'auteure Camille Deslauriers, qui est également professeure au Département des lettres et humanités de l'Université du Québec à Rimouski, vient de paraître chez Hamac. Photo: Radio-Canada / Julie Tremblay

Le troisième recueil de nouvelles de Camille Deslauriers, Les ovaires, l'hypothalamus et le cœur, donne faim. On y parle de poulet au curry, de cardamome verte et de yogourt aux fruits de la passion. Pourtant, ce recueil est à des lieues d'un livre de recettes. Il met en scène une femme qui est à la fois une amie, une sœur et une amoureuse, mais qui n'a aucun désir de devenir, aussi, une mère.

Une chronique de Julie Tremblay

« C'est encore tabou, aujourd'hui, une femme qui ne veut pas d'enfants. C'était important pour moi de mettre en scène une femme qui se choisit », affirme l'auteure également professeure à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Cette femme qui ne veut pas d'enfants « ne fer[a] jamais rien d'autre que des filles d'encre », peut-on lire dans « La Pouponnière ». Elle cultive sa vie comme un jardin en tentant de maintenir l'équilibre précaire entre ce que dictent son cerveau et son cœur, et les différentes sphères de sa vie qu'elle a du mal, parfois, à réconcilier :

Couverture du livre de Camille DeslauriersLe troisième recueil de nouvelles de Camille Deslauriers est paru aux Éditions du Septentrion, dans la collection Hamac. Photo : Hamac

« Tu imagines une série de cordeaux géants qui diviseraient ta vie en deux en trois en dix, une vie enfin bien alignée, symétrique : un rang pour le travail intellectuel [...] un rang pour le jardinage; un rang pour l'amitié; un rang pour la famille; un rang pour l'amour et les promesses », écrit Camille Deslauriers dans « Les heures d'ensoleillement ».

Si Les ovaires, l'hypothalamus et le cœur aborde souvent des sujets graves et met en scène une femme qui doit « enlever sa peau » pour finalement réaliser qu'elle en aura « pour le reste de sa vie à chercher qui [elle est] vraiment », on découvre aussi d'autres nouvelles beaucoup plus légères et lumineuses qu'on lit avec un sourire en coin.

Ainsi, on assiste à un accident commis par la « Corriveau du Brossard rimouskois », une femme iconoclaste qui semble commettre une faute irréparable en heurtant malencontreusement la balise de rue de son voisin; on se retrouve complices d'une hôte qui envoie son amoureux faire l'épicerie avec une liste où les aliments sont classés par couleur; ou encore on partage la nostalgie d'une femme qui, en explorant le recoin d'une armoire, s'ennuie soudainement de son ancien amoureux.

La mémoire, c'est comme ça : on ouvre une armoire à épices et on se retrouve dans le cou de cet ex qu'on pensait pourtant détester. En arrière du lobe d'oreille, juste là où la chair était si tendre.

Extrait de la nouvelle « Des larmes en chocolat »

Cependant, là où l'écriture de Camille Deslauriers nous happe, c'est dans la nouvelle « Cendres de moi ». On y voit la dépression prendre d'assaut une femme ordinaire dans les rayons d'une épicerie où, soudainement, le simple choix d'un yogourt devient une tâche tellement insurmontable qu'elle suffit pour la faire fondre en larmes et lui donner le goût de « se cach[er] dans la penderie avec ses chats ».

Les ovaires, l'hypothalamus et le cœur alterne donc entre des histoires sombres et lumineuses, mais, indéniablement, sa lecture donne le goût de profiter des « crépuscules qui s'éteindront dans un froissement de papier », de manger un bon repas et de siroter les mots « comme de vieux whiskys » pour vaincre comme on le peut cette peur qu'on a tous, quelque part, au fond de nous, « de rester monochrome pour le reste de nos jours. »

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