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Exclusif

Une brèche dans la sécurité d’un laboratoire médical à l’Hôpital de Hull

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Laboratoire médical du CIUSSS MCQ à Trois-Rivières

Laboratoire médical du CIUSSS MCQ à Trois-Rivières

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L’accès aux laboratoires d’hématologie et de biochimie de l’Hôpital de Hull, des zones « potentiellement contaminées et confidentielles », n’était pas contrôlé en tout temps, malgré un avertissement de l'Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec formulé en 2017. C'est ce que révèle une visite de Radio-Canada avec une caméra cachée dans ce laboratoire. Une situation qui « semble ne pas répondre aux normes », selon le ministère de la Santé du Québec.

Une enquête de Guillaume Dumont

Jeudi 8 mars 2018, 7 heures du matin. Radio-Canada entre à l’Hôpital de Hull avec une caméra cachée et réussit facilement à pénétrer dans le laboratoire d’hématologie et de biochimie. Nous y circulons sans être interpellés par les employés présents. Des échantillons médicaux sont à portée de main, mais nous n’y touchons pas.

Au préalable, Radio-Canada a consulté un microbiologiste pour s’assurer de ne pas contaminer des échantillons lors de son passage.

Mis au fait de la situation par Radio-Canada, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSS de l’Outaouais) admet que, jusqu’à notre visite, le laboratoire n’était ni surveillé ni verrouillé entre 6 h 30 et 8 h.

De plus, le laboratoire n’est pas verrouillé lors des heures de bureau. C’est la réceptionniste du laboratoire qui a la responsabilité d’en assurer la surveillance à compter de 8 h.

Le CISSS de l’Outaouais revoit ses procédures après notre passage

En entrevue à Radio-Canada, le directeur des services professionnels du CISSS, le Dr Guy Morissette, affirme avoir corrigé la situation depuis que nous l’avons informé de la brèche de sécurité.

L’incident qui s’est produit, ça nous a fait revoir nos procédures et aussi un peu comment étaient les choses.

Guy Morissette, directeur des services professionnels, CISSS de l’Outaouais

« Il est clair qu’entre 7 h et 8 h le matin, quand la porte était débarrée, peut-être à 6 h 45, il n’y avait pas de contrôle, c’est certain », précise-t-il.

Celui-ci soutient que le va-et-vient des employés au début de leur quart de travail est à l’origine de cette lacune.

« Les gens arrivent vers 6 h 30, 6 h 45, entrent dans leur aire de travail pour faire des prélèvements, comme on le fait à tous les jours ouvrables, mais ils n’enclenchaient pas le système d’accès de nouveau », explique le Dr Morissette.

Le CISSS assure désormais avoir pris les mesures nécessaires pour que le laboratoire demeure verrouillé avec un code d’accès en tout temps lorsque la réceptionniste n’est pas en poste.

Un appel à l’action de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec

Les laboratoires médicaux doivent absolument être sécurisés, et ce, en tout temps, affirme la présidente de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ), Doris Levasseur Bourbeau.

Cette dernière a travaillé pendant 33 ans dans des laboratoires de biologie médicale. Elle a, entre autres, été responsable des laboratoires de trois hôpitaux de la région de Montréal.

L’accès dans un laboratoire se doit d’être excessivement limité aux personnes autorisées.

Doris Levasseur Bourbeau, présidente, OPTMQ
Doris Levasseur Bourbeau dans les studios de Radio-Canada. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Doris Levasseur Bourbeau, présidente de l'OPTMQ, estime que l'accès aux laboratoires doit être limité.

Photo : Radio-Canada

Selon elle, il y a notamment un risque d’erreur si les employés sont dérangés par des visiteurs.

« Les gens du laboratoire travaillent avec des échantillons très précieux, très importants. On parle d'échantillons sanguins, de liquide céphalo-rachidien, donc il ne faut pas que le personnel soit perturbé par des va-et-vient », précise-t-elle.

Plus encore, un accès contrôlé doit être mis en place à l’Hôpital de Hull pour limiter les risques de contamination croisée, soutient-elle. « Pour les visiteurs, il ne faut pas non plus qu’ils entrent dans le laboratoire, parce qu’on travaille entre autres avec du VIH », explique la présidente de l’OPTMQ.

Le ministère de la Santé se penchera sur le cas de l’Hôpital de Hull

Informé de la brèche de sécurité par Radio-Canada, le ministère de la Santé est catégorique : celui-ci effectuera un suivi auprès de l’Hôpital de Hull, puisque l’accès au laboratoire doit être contrôlé en tout temps.

La situation décrite ne semble pas répondre aux normes exigées, mais les vérifications nécessaires vont être effectuées auprès de l'établissement par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Noémie Vanheuverzwijn, porte-parole, MSSS

Dans cette déclaration écrite, la porte-parole du ministère précise qu’« il est de la responsabilité des établissements de prendre les moyens nécessaires pour respecter les normes en vigueur ».

En effet, les laboratoires des hôpitaux doivent « offrir des services de laboratoires sécuritaires, efficients et confidentiels », qui respectent la norme CAN/CSA15189, indique Noémie Vanheuverzwijn.

L'accès aux aires du laboratoire, par exemple, peut être contrôlé en verrouillant les portes ou en utilisant un clavier à code ou des cartes magnétiques comportant différents niveaux d'accès.

Extrait, norme CAN/CSA15189

De plus, un organisme d’agrément est chargé de vérifier la conformité des laboratoires des hôpitaux, ajoute la porte-parole.

Respecter les normes est une chose, mais il faut aussi assurer le suivi, insiste la présidente de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec, Doris Levasseur Bourbeau.

« Nous travaillons avec le ministère de la Santé pour s’assurer de la conformité des normes, qu’elles soient mises en place, mais qu’elles soient aussi suivies. Ce n’est pas tout de les mettre en place, c’est aussi de les suivre à tous les jours et à tout moment », fait valoir Mme Levasseur Bourbeau.

Un premier avertissement reçu par le CISSS de l’Outaouais en 2017

En juillet 2017, le CISSS de l’Outaouais a pourtant reçu un avertissement de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec. Lors de deux visites à l’Hôpital de Hull, un inspecteur de l’OPTMQ a noté une absence de contrôle de l’accès aux aires de laboratoire. Radio-Canada a obtenu copie de ce rapport de synthèse en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Il a également été noté que l’accès aux aires de laboratoire n’est pas contrôlé. Il serait important d’établir et de dresser une liste des personnes autorisées et de limiter l’accès à ces zones potentiellement contaminées et confidentielles.

Extrait, Synthèse de visites de surveillance générale, CISSSO, juillet 2017

« J’ose espérer que c’est isolé, puisque chaque fois que c’est noté, nous le mentionnons comme recommandation importante dans les rapports synthèses », ajoute la présidente de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec, Doris Levasseur Bourbeau.

« C’est à l’établissement de donner les outils aux gestionnaires ou aux responsables des laboratoires pour limiter l’accès, soit par une carte magnétique soit par un code numérique », précise-t-elle.

D’après les vérifications effectuées par Radio-Canada, d’autres hôpitaux de la région d’Ottawa ont opté pour un accès contrôlé par cartes magnétiques ou par une sonnette de service.

Un projet de carte d’accès en cours au CISSS de l’Outaouais

« S’il y a un endroit où les attentes en matière de confidentialité sont très élevées, c’est bien les laboratoires », s’exclame le commissaire aux plaintes et à la qualité des services du CISSS, Louis-Philippe Mayrand.

Je pense que c’est très clair qu’on doit contrôler ce genre de département là, question de confidentialité.

Louis-Philippe Mayrand, commissaire aux plaintes et à la qualité des services, CISSS de l’Outaouais

M. Mayrand soutient qu’un projet de mise en place de cartes d’accès magnétiques est d’ailleurs en cours d’implantation au CISSS, et qu’il pourrait aussi être implanté dans tous ses laboratoires.

« Dans les services de santé et sociaux, le client a droit à la confidentialité : c’est dans la loi. Il n’y a pas de ni ci, ni ça, c’est confidentiel. Alors il faut prendre les moyens pour assurer cette confidentialité », lance M. Mayrand.

Le Dr Morissette n’écarte pas non plus l’idée de munir les laboratoires de l’Hôpital de Hull de cartes d’accès magnétiques à l’avenir. Il soutient que le CISSS de l’Outaouais révise en ce moment plusieurs aspects de la gestion des laboratoires dans le cadre du projet OPTILAB.

« Ça pourrait être une solution, ça va être une des choses qu’on va regarder », affirme-t-il.

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