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Préservation du caribou forestier de la Gaspésie : le défi de toute une région

Des caribous.
Caribou forestier Photo: Katrina Noel
Radio-Canada

Un récent débat sur la fermeture de certains chemins forestiers dans le parc national de la Gaspésie laisse présager d'importantes discussions à venir à propos de la préservation des caribous forestiers de la région. À l'aube du dépôt du plan de préservation du troupeau de caribous, espèce classée en voie de disparition, plusieurs citoyens souhaitent une solution concertée.

Un texte de Joane Bérubé

La fermeture récente d’anciens chemins forestiers dans le parc national de la Gaspésie afin de protéger le caribou de ses prédateurs a suscité différentes réactions et même de l’opposition parmi les usagers.

Pourtant, comme le souligne le directeur du parc de la Gaspésie, Pascal Lévesque, seulement 24 kilomètres de ces vieux chemins peu ou pas utilisés ont été scarifiés dans le but d'y entraver la circulation et de favoriser la régénération forestière. « On n’est pas en train de limiter l’accès du parc, il y a encore plein de chemins pour y accéder...On n’est pas en train de diminuer l’offre d’activités non plus. », indique Pascal Lévesque.

La fermeture de chemins est un enjeu important pour la survie du caribou.

Pistes d'un prédateur dans la neigePistes d'un prédateur dans la neige Photo : Radio-Canada

Le chercheur de l’Université du Québec à Rimouski, Martin-Hugues Saint-Laurent, a démontré qu’un des principaux prédateurs du caribou, le coyote, utilisait stratégiquement les sentiers de randonnée, les chemins forestiers et les pistes qui mènent au sommet des montagnes où vit le troupeau.

Le 20e siècle n’a pas été tendre avec le caribou forestier de la Gaspésie, ce survivant des âges anciens de l’Amérique, qui a dû affronter la chasse et les épizooties, en plus de composer avec les coupes forestières intensives et l’exploration minière. S’est ajoutée depuis l’exploitation touristique du massif des Chic-Chocs, en dehors et à l’intérieur du parc, ce qui n’est pas sans perturber l’habitat du caribou, très sensible au dérangement.

Eux qui étaient 175 en 2005, les caribous de la Gaspésie ne sont plus qu’environ 70. Leur population totale a chuté de plus de 60 % au cours des dernières années. Au même titre que la baleine noire ou le béluga du Saint-Laurent, le troupeau a été désigné comme espèce en voie de disparition.

Les chasseurs

Devant la fermeture possible de certains chemins, des chasseurs qui les utilisaient en partie pour se rendre à leurs camps de chasse situés hors du parc ont tout de même requis les services d’un avocat pour en discuter avec la SÉPAQ.

Trois voies ne seront donc pas fermées cette année, indique M. Lévesque, mais le seront éventuellement. Les chasseurs ont été invités à discuter avec la direction du parc pour trouver une solution.

Les amateurs de plein air

Amateur de vélo de montagne, Guy Bouchard circule dans les chemins du parc et des réserves fauniques de la Gaspésie depuis une vingtaine d’années.

L’été dernier, pendant une excursion en plein bois, il s'est retrouvé sur une piste qui avait été complètement labourée. « Le chemin était toujours sur la carte, dit-il, et on ne savait pas que cela pouvait se faire. »

M. Bouchard aurait aimé à tout le moins être mieux informé et se dit très sensible à la cause du caribou. « On est très conscient qu’il faut lui faire attention. On avait l’impression que ça avait remonté au cours des dernières années, on dirait que c’est reparti dans l’autre sens. On ne trouve pas ça drôle personne. »

Sentier du parc de la GaspésieSentier du parc de la Gaspésie Photo : Joane Bérubé

Il relève qu’une des tendances qui prend de l’expansion dans le monde du vélo est l’excursion en forêt sur plusieurs jours. « C’est vraiment en train de décoller », fait-il valoir.

Il craint que la fermeture de certains chemins, dont le lien entre la réserve faunique de Matane et le parc, soit un frein au développement du sport. Il souhaite d’ailleurs rencontrer éventuellement la direction du parc pour discuter de la place de son sport dans l’équation.

Voies illégales pour les motoneiges

En périphérie du parc, plusieurs vieux chemins permettent aussi aux motoneiges, aux véhicules tout-terrain et aux quads d’entrer illégalement sur le territoire protégé.

La direction du parc de la Gaspésie envisage donc de recourir à la même méthode pour fermer ces accès.

Les montagnes de la GaspésieLes montagnes de la Gaspésie Photo : Radio-Canada / William Bastille-Denis

Les scientifiques constatent d’ailleurs que toutes les activités de plein air comme la randonnée, le ski ou encore le vélo, nécessitent des routes, des sentiers et d'autres infrastructures qui peuvent avoir un impact négatif sur le troupeau. Les caribous sont parfois forcés de déménager, ce qui limite leur période et leur aire d’alimentation et ce qui les expose davantage aux prédateurs.

Rencontre avec les élus

À la veille du dépôt du troisième plan de rétablissement du caribou de la Gaspésie, ce débat sur les chemins du parc n’est donc pas anodin.

Au contraire, il a récemment mobilisé la rencontre entre les élus de la Gaspésie et des représentants de la Société des établissements de plein air du Québec et du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Le massif des Chic-Chocs est un territoire fréquenté, parcouru et exploité. La Haute-Gaspésie, une des régions les plus pauvres du Québec, a soif de développement. La région souhaite ardemment profiter de l’engouement grandissant de la population d'ici et d'ailleurs envers le plein air et certains sports comme le ski hors-piste.

Dans son résumé de cette rencontre, le préfet de la MRC de la Haute-Gaspésie, Allen Cormier, a d'ailleurs fait ressortir les retombées économiques des activités du parc estimées à 14 millions de dollars. Les visiteurs, a-t-il souligné, dépensent en moyenne 166 $ par jour lors de leur visite.

Monsieur Cormier a toutefois rappelé que le caribou demeure un symbole pour le parc de la Gaspésie.

Des caribous montagnards de la GaspésieDes caribous montagnards de la Gaspésie Photo : Radio-Canada

Il a aussi indiqué que les parties avaient convenu que la population devait être mieux informée sur l’impact des mesures à venir.

Cohabitation et préservation de l'habitat

Il sera en effet bien difficile d’assurer la pérennité du caribou sans l’accord et même l’appui de la population.

Déjà, le développement du ski hors-piste ne se fait pas sans heurts.

Des skieurs comme Félix Savard-Côté, qui fréquente le parc assidûment depuis huit ans, souhaiteraient une gestion plus préventive de la part de la SÉPAQ.

Un skieur aux Champs-de-Mars dans la réserve faunique des Chic-ChocsUn skieur aux Champs-de-Mars dans la réserve faunique des Chic-Chocs Photo : Radio-Canada / William Bastille-Denis

La direction pourrait, dit-il, fermer complètement des zones skiables lorsque des caribous y sont repérés, même s’il s’agit des endroits les plus populaires comme le Mur des Patrouilleurs et le secteur de l’Auberge de montagne des Chic-Chocs, fréquenté par le troupeau du mont Logan.

Il souhaiterait que le point de vue des usagers puisse être entendu.

Il s’insurge aussi contre le fait qu’on limite l’accès aux amateurs de plein air, mais que la coupe forestière demeure permise dans la réserve, même à 2,5 km des limites du parc. Il donne l’exemple d’un sentier qui menait au sommet du mont Blanche-Lamontagne.

La SÉPAQ a refusé d’y réparer un ponceau afin de protéger un groupe de caribou qui y passait l’hiver.

Coupes forestières sur le mont Blanche-LamontagneCoupes forestières sur le mont Blanche-Lamontagne Photo : Radio-Canada

Une compagnie forestière y a fait une coupe à blanc l’automne dernier.

Coupes forestières

Les biologistes estiment déjà depuis quelques années que la préservation du troupeau ne peut plus s’appuyer seulement sur la protection de son habitat légal tel qu'il est délimité et sur les efforts de conservation déployés dans le parc. Le caribou est un grand voyageur qui peut parcourir plusieurs dizaines de kilomètres autour du parc.

Martin-Hugues Saint-Laurent de l’UQAR recommande d’ailleurs d’abaisser la coupe forestière des forêts matures dans un rayon de 90 km autour du parc de la Gaspésie.

Coupe forestière dans les Chic-ChocsCoupe forestière dans les Chic-Chocs Photo : Radio-Canada

Cette mesure vise à préserver les vieilles forêts que fréquente le caribou, mais aussi à ne pas créer un environnement favorable aux prédateurs.

La mesure pourrait aussi aider à réduire la densité d’orignaux dans les forêts adjacentes au parc.

Une table de concertation a été instituée pour élaborer le prochain plan de préservation du caribou. Les premières rencontres devraient se dérouler au cours des prochaines semaines.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Protection des espèces