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Du nationalisme ethnique au nationalisme électoral

Montage présentant les deux hommes à l'Assemblée nationale.
François Legault ne digère pas les propos de Carlos Leitao. Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Radio-Canada

François Legault était hors de lui cette semaine. Il n'a pas digéré que le ministre des Finances Carlos Leitao associe la Coalition avenir Québec (CAQ) au nationalisme ethnique. Il a assimilé sa sortie à « de la petite politique sale ».

Une analyse d’Alex Boissonneault, correspondant à l’Assemblée nationale

Mise en scène politique ou colère légitime? La CAQ est-elle un parti nationaliste ethnique?

Le ministre des Finances, lui, n’en doute pas, à en croire la mise en garde qu’il adresse à la communauté anglophone dans le quotidien Montreal Gazette cette semaine. Carlos Leitao a d’ailleurs refusé de s’excuser : il persiste à dire que « la CAQ divise les Québécois », mais sans répéter ces mots en français.

Ce que personne n’a osé faire non plus au Parti libéral du Québec (PLQ). Or, ce n’est pas faute d’en avoir eu l’occasion. Dans la foulée de la polémique, les partis d’opposition ont présenté une motion conjointe au Salon bleu, selon laquelle « aucune formation à l’Assemblée nationale ne prône un nationalisme ethnique ». Le gouvernement a refusé d’en débattre.

« Si ça ressemble à de la m*, si ça sent la m*, si ça goûte la m*, ben c’est de la m* », me disait une source au PLQ. En d’autres mots, si le chapeau te fait, porte-le.

Le débat sémantique

S’il reconnaît d’emblée qu’il n’existe pas de définition « canonique » du nationalisme ethnique, le sociologue Jacques Beauchemin demeure convaincu que le parti de François Legault subit un procès qu’il ne mérite pas.

« Pour être ethnique, le nationalisme de la CAQ devrait se concentrer sur le sort de son noyau franco-québécois, ce qui n’est pas le cas », dit-il.

Dans son sens le plus large, le nationalisme ethnique défend le caractère « substantiel » de la nation, représentée par les attributs de la langue, de la religion, des origines communes jusqu’au patrimoine génétique. En somme, l’ethnie est héritée, elle ne se donne pas.

« Nous sommes loin de ça avec la CAQ », croit le sociologue.

L’historien Gérard Bouchard abonde dans le même sens. Pour lui, c’est non seulement une « manœuvre politique », mais c’en est une « dangereuse que les libéraux pourraient regretter ».

Même le « test des valeurs » proposé par la formation ne suffit pas à faire de la CAQ un parti nationaliste ethnique, selon le politologue Alain-G. Gagnon.

À son avis, la mesure peut être critiquée, voire condamnée, mais elle n’exclut pas la possibilité que des immigrants deviennent Québécois.

Celui qui dirige le nouveau Centre d’analyse politique sur la constitution et le fédéralisme est formel : aucun parti politique d’importance ne prône un nationalisme ethnique au Canada. Dire le contraire est non seulement faux, mais pire, cela « nuit à la réputation internationale du Québec », dit-il.

Le débat politique

Par-delà la rhétorique partisane, ce débat, passionné s’il en est un, nous rappelle que les mots ont un sens que la politique n’a pas toujours.

Si certains s’étonnent que le nationalisme ait la cote au Québec, alors qu’il est malmené partout en occident, il en va tout autrement de l’ethnie. Le mot, péjoratif dès la Révolution tranquille, est devenu pratiquement radioactif avec l’éclatement de la Yougoslavie.

Ici comme ailleurs, un politicien risque sa carrière rien qu’à le prononcer. Tout le monde se souvient des propos tenus par le premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, le soir du référendum du 30 octobre 1995. Il avait alors déclaré : « C’est vrai qu’on a été battus, au fond, par quoi ? Par l’argent, puis des votes ethniques. »

À tort ou à raison, dans l’imaginaire collectif, il n’y a qu’un pas entre « ethnique » et « raciste ».

Les élections

« Ce débat a cela de bon qu’il nous annonce peut-être les couleurs de la prochaine campagne électorale », croit Jacques Beauchemin. Même sans la souveraineté, les élections ne porteront pas exclusivement sur les services offerts par le gouvernement à la population.

Une source à la CAQ, profondément choquée par les propos du ministre des Finances, y voit la réponse maladroite d’un Parti libéral qui sent sa « base traditionnelle lui glisser entre les doigts ».

Le dernier sondage Léger–Le DevoirLe Journal de Montréal semble montrer que les intentions de vote non francophones pour la CAQ sont en hausse. Ils seraient désormais 15 % à appuyer la formation de François Legault, par rapport à 66 % pour celle de Philippe Couillard.

Une impression que plusieurs partagent au Parti québécois, qui a aussi dû se défendre plus souvent qu’à son tour de flirter avec le nationalisme ethnique ou identitaire. Pas étonnant que la formation se soit portée immédiatement à la défense de François Legault. Une solidarité toute partisane…

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