•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Exclusif

Vers un observatoire québécois sur les drogues?

Des comprimés de fentanyl, un puissant analgésique.

Des comprimés de fentanyl, un puissant analgésique

Photo : La Presse canadienne / Graeme Roy

Radio-Canada

Des intervenants de la santé publique et du milieu universitaire se mobilisent afin de mettre sur pied un observatoire québécois sur les drogues. Une telle structure permettrait, selon eux, d'intervenir de manière plus efficace lors de crises comme celle du fentanyl, et de mieux affronter les défis liés à la légalisation du cannabis.

Un texte de Louis Gagné

Le projet d’observatoire a été mis en oeuvre par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Il consiste à rassembler au sein d’une même entité les connaissances et les expertises sur les substances psychoactives (SPA).

L’objectif est de fournir des données fiables et objectives sur les nouvelles tendances, les habitudes de consommation par groupe d’âge, le nombre de décès liés à des surdoses, etc. Ces données serviraient à élaborer les politiques et à définir les orientations en matière de lutte contre les drogues au Québec.

Un observatoire permettrait notamment de repérer l’apparition de nouvelles substances sur le marché et d'évaluer les risques et les conséquences qui y sont associés.

Qu’est-ce qu’une substance psychoactive?

Il s’agit d’une substance d’origine naturelle ou synthétique (drogue, tabac, médicament, alcool, etc.) qui agit sur le système nerveux central en modifiant le fonctionnement psychique d’un individu.

Source : Institut national de santé publique du Québec

Travail en vase clos

Christophe Huynh, chercheur d’établissement à l’Institut universitaire sur les dépendances (IUD), soutient que la création d’un observatoire mettrait fin au cloisonnement entre les institutions qui produisent et utilisent des données sur les drogues dans la province.

« Actuellement, on recueille l’information, mais vraiment au compte-gouttes, éparpillée un peu partout […] Il n’y a rien qui est réellement centralisé. On essaie de [résoudre] un casse-tête avec des morceaux disparates », déplore le chercheur.

Selon Éric Langlois, conseiller scientifique à l’INSPQ, l’implantation d’un observatoire aiderait les pouvoirs publics à voir venir les crises plus rapidement et à se préparer en conséquence. Il cite en exemple l’émergence du fentanyl et la légalisation du cannabis.

« Si on avait eu un observatoire bien implanté, assurément qu’il aurait pu contribuer à appuyer les autorités en place pour monter une stratégie [afin de] faire face à ces deux problématiques là qu’on vit en ce moment », affirme-t-il.

Avoir un système, une vigie d’effectuée, nous permettrait de voir venir ces tendances-là très tôt et de nous préparer à faire face à la situation. En ce moment, il y a une faiblesse de ce côté-là au Québec.

Éric Langlois, conseiller scientifique à l’INSPQ
Le gouvernement canadien vise la légalisation du cannabis à usage récréatif d'ici 2018.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le gouvernement Trudeau a déposé, le 13 avril 2014, un projet de loi pour légaliser le cannabis à usage récréatif d'ici 2018.

Photo : Radio-Canada

L’exemple européen

Christophe Huynh croit que le Québec pourrait s’inspirer des pays de l’Union européenne (UE), qui ont chacun leur propre réseau d’information sur les SPA.

Les données qu’ils recueillent sont centralisées par l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, sorte « d’observatoire des observatoires », qui fournit aux décideurs et aux intervenants un portrait réel et exhaustif de ce qui se produit sur le terrain.

« Ils sont capables de voir en continu ce qui se passe à l’échelle européenne, autant sur le plan de la santé publique que de la sécurité publique », explique le chercheur.

L'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies

  • Surveille le phénomène de la drogue en Europe, y compris l'apparition de nouvelles tendances;
  • Assure le suivi des solutions apportées aux problèmes liés à la drogue;
  • Fournit des informations sur les bonnes pratiques dans les pays de l'UE et encourage leur partage;
  • Évalue les risques liés aux nouvelles substances psychoactives;
  • Gère un système d'alerte précoce sur les nouvelles substances psychoactives;
  • Élabore des outils et des instruments pour aider les États membres et l’UE à suivre et à évaluer leurs politiques.

Source : Union européenne

Contexte favorable

La responsable du Regroupement stratégique de recherche sur les technologies de l'information et de la communication (TIC) et la santé, Chantal Robillard, croit que la crise des opioïdes et la légalisation du cannabis pourraient faciliter la mobilisation en vue de créer un réseau d’information sur les drogues.

« On espère que le contexte actuel sera favorable à une plus grande réception, parce que ça demande quand même des ressources financières et humaines pour mettre en place cette plateforme-là », mentionne-t-elle.

La crise des opioïdes au Québec

  • 2559 décès liés à la consommation d’opioïdes entre 2000 et 2016
  • Le nombre annuel moyen de décès a augmenté de 26,8 % entre 2005 et 2014
  • En 2016, 63,6 % des décès sont survenus chez les hommes

Source : Institut national de santé publique du Québec

Première étape

Même s’il est encore à l’état embryonnaire, le projet de créer un observatoire québécois sur les drogues jouit déjà d’un appui considérable au sein des institutions de recherche et de santé publique au Québec.

Une étape importante a d’ailleurs été franchie le 30 janvier dernier, alors qu’une soixantaine d’acteurs issus du réseau de la santé et des milieux universitaire et communautaire se sont réunis à Montréal pour jeter les bases d’un réseau québécois d’information publique sur les substances psychoactives.

Selon Chantal Robillard, le fait d’avoir rassemblé plusieurs dizaines d’intervenants autour de la même table représente un « bon coup » et augure bien pour la suite des choses.

Pour nous, c’était déjà positif d’avoir réussi ça. Ça donne espoir que les conditions sont peut-être réunies pour pouvoir réaliser une telle plateforme.

Chantal Robillard, responsable du Regroupement TIC et santé, Réseau de recherche en santé des populations du Québec

Sonder le gouvernement

L’Institut national de santé publique et ses partenaires ne sont pas encore en mesure de dire combien coûterait la création d’un observatoire sur les drogues et les toxicomanies.

« L’idée est embryonnaire à ce stade-ci. On doit d’abord engager un dialogue avec le gouvernement pour voir s’il y a une volonté partagée. Et si c’est le cas, bien on s’aventurera sur le contenu, le coût, la structure, la gouvernance, tout ça », précise Éric Langlois.

Il est néanmoins déjà acquis que le projet, s’il se concrétise, comprendra une structure physique (immeuble, locaux, laboratoires, etc.) et virtuelle.

« Si on veut favoriser l’accès aux connaissances et aux données, ça devra se faire de façon ouverte avec un site web, par exemple, qui nous permettrait de diffuser l’information », conclut le conseiller scientifique.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) affirme ne pas avoir reçu de demande ou de recommandation officielle concernant la création d’un observatoire québécois sur les drogues.

« Si tel était le cas, le MSSS prendrait le temps de l'analyser avant d'émettre des commentaires », indique la responsable des relations avec les médias au ministère, Noémie Vanheuverzwijn, dans un courriel transmis lundi à Radio-Canada.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Santé publique

Santé