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Évelyne Brochu : L’idiot, jamais trop!

Évelyne Brochu en entrevue avec Franco Nuovo le 15 mars au Café du Nouveau-Monde.
La comédienne Evelyne Brochu joue dans L'idiot au TNM et est une fois de plus la tête d'affiche dans la sérieTrop.qui sera lancée cette semaine. Photo: Radio-Canada / Pascale Fontaine
Franco Nuovo

Ma dernière rencontre avec Évelyne Brochu remonte à 2012, au moment de la sortie Café de Flore. Je l'avais interviewée dans ce même café du Nouveau Monde. Le lieu de notre rendez-vous relevait du hasard, puisque rien ne la reliait alors à ce théâtre national. J'ignorais donc que je la retrouverais quelques années plus tard dans ce même décor à quelques jours de la première de L'idiot, roman de Dostoïevski adapté par Étienne Lepage et Catherine Vidal, pièce dans laquelle elle incarne Nastassia Filippovna, femme admirée et néanmoins tourmentée née des fantasmes de l'auteur russe.

Un retour au théâtre, donc, pour celle qui a beaucoup tourné et bourlingué professionnellement au cours des dernières années en ne perdant jamais de vue son port d’attache. Mais surtout, une première sur les planches d’un théâtre mythique à ses yeux.

« Jouer au Théâtre du Nouveau Monde quand on est étudiant, c’est un rêve. Et voilà qu’il devient réalité. Le TNM, c’est notre Odéon à nous. Dans un lieu comme celui-ci, il y a tout un bagage, une histoire, ne serait-ce que dans les loges. Le théâtre est un art éphémère, mais il est nourri par une mémoire. »

Ses yeux sombres et presque tristes qui contrastent avec sa blondeur et la pâleur de sa peau illustrent parfaitement l’âme russe qu’elle portera sur scène dans quelques jours.

À la lecture du roman, avant même que l’adaptation ne soit écrite, Évelyne Brochu a eu un coup de cœur pour cette Nastassia. « Une grande force doublée d’une grande fragilité. Il est difficile, en fiction, dit-elle, d’exprimer une souffrance qui permet aussi le bonheur. La puissance de Nastassia est à la hauteur de son impuissance. Elle porte en elle une vérité qu’elle va nommer. Or, aujourd’hui en 2018, cette notion de vérité est tellement rare. »

Un personnage qui nécessite une quête d’intensité. Semblerait-il aussi qu’on ne joue pas ici Dostoïevski en douceur, sur la pointe des pieds et encore moins du bout des lèvres, que la metteure en scène Catherine Vidal a opté pour un jeu vif, ample, en donnant aux comédiens le droit d’y aller à fond, dans la démesure.

Pour quelqu’un qui a fait beaucoup de télé, média qui prône davantage la réserve, ce théâtre-là est une explosion, une communion avec le public. Le théâtre, c’est l’art du direct et celui de vibrer à l’unisson. On échange nos énergies. C’est comparable à la différence qu’il y a entre un concert unplugged et un gros show rock.

Évelyne Brochu

Quelque chose a changé chez Évelyne Brochu, comme si les plateaux sur lesquels elle a travaillé à travers le monde, comme si ses séjours au Canada anglais, en Hongrie, à Paris avaient été le détour nécessaire pour la ramener à l’essentiel.

« J’ai beaucoup eu le temps d’aller voir ailleurs si j’y suis, dit-elle. J’ai aimé goûter à d’autres terreaux, mais il y a ici, pour moi, quelque chose d’amical, de familial. Je n’ai jamais visé l’exil. Cependant, j’aime quand ce court exil devient un projet, comme quand je tourne Les loups pendant deux mois aux Îles-de-la-Madeleine ou quand je passe quatre mois par année à Budapest pour X Company… Mais mon camp de base, tant humain qu’artistique, est ici, pas ailleurs. »

Or, chaque voyage, chaque plateau à l’étranger, même si ce n’est pas l’éloignement permanent, procure l’ivresse de la chute libre, du pas dans le vide, parce qu’il n’y a pas que l’actrice qui se transporte, il y a aussi son âme. « Quand on choisit ce métier, c’est qu’on veut vivre plusieurs vies. »

Et ses vies, elle les vit à fond, avec souvent un grand plaisir, comme cette deuxième saison de Trop., qu’on pourra voir bientôt sur ICI Tou.tv.

Évelyne Brochu en entrevue avec Franco Nuovo le 15 mars au Café du Nouveau Monde.La comédienne et le chroniqueur se sont retrouvés au Café du Nouveau Monde, au centre-ville de Montréal. Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Dans la première, où son personnage, Isabelle, veillait sur l’humeur vacillante de sa sœur Anaïs, campée par Virginie Fortin, le scénario de Marie-André Labbé m’avait ravi. Certaines répliques m’avaient même rendu un peu jaloux. Les personnages m’avaient séduit par leur douce folie. Et voici qu’on remet ça.

Avec le recul, même si le défi pour moi était de faire de la comédie, j’étais contente de retrouver ma gang. C’est la première fois que ça m’arrive : ce que je lis sur papier, c’est ce que je vois à l’écran.

Evelyne Brochu

Sans trop en révéler, j’ai appris que certains personnages disparaissent, que d’autres font leur apparition dans ce qu’on pourrait appeler une comédie de situation où l’on vit plus d’amour et de ruptures que de cocktails et d’eau fraîche.

Quant à tourner pour le web, pour une actrice, ça ne change pas grand-chose, sinon « qu’on est dans une culture de niche. Le public se fragmente. Il n’y a plus de tronc commun. On n’est pas là tous à regarder Les filles de Caleb en même temps, mais ça laisse place à l’audace. Ça permet aussi de voir à l’écran des personnages qu’on n’aurait jamais vus dans des fictions télévisuelles ».

Partout à travers le monde, c’est la même chanson. Et tiens, parlant de chanson, on pourra bientôt entendre un album qu’Évelyne Brochu est en train de concocter avec son ami de toujours, Félix Dyotte. Eh oui! L’année de tous les défis! Elle chante aussi.

Une très jolie voix, que je suis d’ailleurs allé écouter sur YouTube.

Une actrice qui chante, ce n’est pas rare, parce qu’à sa façon, la chanson est aussi du jeu. Charlotte Gainsbourg, ou Depardieu avec Barbara, et combien d’autres?

N’y a-t-il pas là aussi une nécessaire capacité d’interprétation? « J’aime voir les comédiens chanter. Ça me permet de me sentir légitime. La voix, c’est très proche de soi. Et puis j’aime la poésie de la chanson. C’est joli, la poésie. »

Au bout de 43 minutes riches en confidences, elle se lève, fébrile. Un autre rendez-vous l’attendait : le premier enchaînement de L’idiot sur les planches si convoitées.

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