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Des graines pour canaris… dans nos assiettes!

Un oiseau posé sur une mangeoire déguste l'une des nombreuses graines à sa disposition devant un fond de feuilles d'arbres.

Des graines pour canaris produites dans les Prairies canadiennes peuvent aussi nourrir les humains.

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Depuis deux ans, une nouvelle variété de graines à canaris destinée à la consommation humaine est cultivée dans les champs des Prairies canadiennes. Une céréale qui promet de changer la donne pour les producteurs de grains de l'Ouest.

Un texte de Marc-Yvan Hébert, de La semaine verte

Patrick Catellier est producteur de grains à Dufrost, au Manitoba. Il cultive la graine à canaris – de son vrai nom, « l’alpiste » – depuis plusieurs années comme récolte de rotation.

Il n’est pas seul : bon nombre de fermiers des Prairies cultivent cette céréale depuis des décennies, l’ingrédient principal dans la nourriture pour les oiseaux. Le Canada produit d’ailleurs 80 % des stocks mondiaux d’alpiste.

Un homme se tient debout dans un champ.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Patrick Catellier a commencé la production d'alpiste comestible pour les êtres humains en mars 2017.

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Mais en 2017, Patrick Catellier a consacré une soixantaine d’hectares à une nouvelle variété d’alpiste, qui servira aussi à nourrir les humains.

« C’est drôle parce qu’avant c’était juste pour les oiseaux. On n’aurait jamais imaginé qu’ils feraient ça avec des graines à canaris. »

— Une citation de  Patrick Catellier, producteur de grains

Cette variété d’alpiste, c’est le fruit de 25 ans de recherches menées par l’agronome Pierre Hucl, de l’Université de la Saskatchewan.

Une céréale riche en protéines

Il cherchait, au départ, à rendre la culture de la plante moins déplaisante. Le grain de l’alpiste est entouré de poils microscopiques qui forment une fine poussière lors des récoltes, causant des irritations cutanées chez les fermiers.

« On se posait des questions à savoir ce qu’on pourrait faire pour améliorer ces récoltes. Je ne savais pas grand-chose sur l’alpiste et je me suis rendu compte que la qualité était assez unique », explique Pierre Hucl.

Après plusieurs années de prélèvements dans les champs, Pierre Hucl et son équipe trouvent une rare panicule d’alpiste glabre. Ils réussissent alors à multiplier la plante pour créer, en 1997, une variété sans poils.

Photo montage de deux grains à une échelle microscopique vus côte à côte.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Deux types de graines d'alpiste vus au microscope. À gauche, un grain poilu non comestible pour l'être humain et qui peut causer certaines irritations au moment de la récolte. À droite, un grain lisse et comestible.

Photo : Pierre Hucl

Mais les chercheurs ont aussi constaté que la céréale est riche en protéines et en acide oléique. Elle est aussi très faible en gluten.

L’alpiste était d’ailleurs, au 16e siècle, une source alimentaire pour les peuples des Îles Canaries et du bassin méditerranéen. Mais les rendements faibles de la plante découragent sa production pour l’alimentation humaine en Europe et en Amérique du Nord.

Pierre Hucl tente alors de faire approuver l’alpiste comme aliment. Des démarches appuyées par les producteurs, qui y voient un marché potentiellement lucratif.

« Il n’y a pas d’histoire de consommation d’alpiste au Canada. On a dû regarder les niveaux de vitamines, de minéraux et de toxines. À chaque fois qu’on présentait l’information à Santé Canada, ils avaient d’autres questions. »

— Une citation de  Pierre Hucl, professeur en agronomie, Université de la Saskatchewan

En 2015, Santé Canada approuve enfin la production de l’alpiste à grain nu pour la consommation humaine.

Des épis d'alpiste pointent vers le soleil dans un champ.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un champ d'alpiste à l'automne.

Photo : Radio-Canada / Ryan Cheale

Quelques fermiers sèment alors une première récolte qui se veut expérimentale.

« Chaque fois qu’on réussit à créer de nouveaux marchés pour nos cultures, on peut s’attendre à augmenter nos revenus. Par exemple, si l’alpiste devient une nourriture destinée à la consommation humaine, nos récoltes prendront de la valeur. Mais comment utiliser l’alpiste et quel serait son potentiel? Ça, c’est l’inconnu », affirme Dan Mazier, producteur de grains.

Un obstacle : la couleur de la farine

Les fruits de cette récolte servent ensuite à des tests en laboratoire. L’entreprise InfraReady de Saskatoon, par exemple, transforme les grains d’alpiste comestible en farine, dans le but de comprendre leur potentiel.

Un monticule de farine sur une table.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

De la farine d'alpiste.

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Les premiers essais révèlent un obstacle majeur : la couleur de la farine d’alpiste.

« La farine a une couleur grisâtre, ce qui représente un défi lorsqu’on veut l’incorporer aux produits de boulangerie. Beaucoup de consommateurs sont habitués au pain blanc. »

— Une citation de  Mark Pickard, président de InfraReady Products

Dans les serres de l’Université de la Saskatchewan, Pierre Hucl cherche une solution à ce problème. En effectuant des croisements, il réussit à changer la couleur du grain de l’alpiste.

« On a carrément enlevé la couleur à la surface de la graine, qui est brune. Maintenant l’enveloppe de la graine est claire. C’est comme dans le blé dur, l’endosperme, où l’intérieur de la graine est très jaune », explique l’agronome.

Une variété d’alpiste à grain jaune, Cibo, est ainsi créée. Son rendement est aussi supérieur. Les essais en laboratoires avec cette nouvelle variété sont bien plus encourageants. Et la farine se prête bien à la préparation d’aliments, comme un pain à base d’alpiste et de blé.

Une miche de pain repose sur une table près d'un couteau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un pain fait d'un mélange de farines d'alpiste et de blé.

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

« La farine est plus jaunâtre que celle faite avec l’alpiste à grain brun. Dans le secteur agroalimentaire, cette couleur est nettement plus acceptable. On doit créer des produits semblables à ce qui se vend déjà, par exemple des barres tendres. Et plus les consommateurs découvriront l’alpiste, plus ils en voudront », prédit Mark Pickard.

Convaincre les producteurs de grains

Le défi maintenant, c’est d’augmenter la production de cette céréale. La société Canterra Seeds, qui a acheté les droits commerciaux de Cibo, tente de convaincre ses clients d’en semer.

« Tout le monde veut faire partie des histoires à succès. C’est un produit vraiment unique et tout à fait novateur. On rêve peut-être un peu, mais on doit rêver si on veut que ça devienne un jour réalité! »

— Une citation de  Rick Love, Canterra Seeds

Patrick Catellier, lui, a répondu à l’appel. En septembre 2017, il récolte ses champs d’alpiste à grain jaune.

Un véhicule agricole avance dans un champ où se trouvent des épis et des oiseaux.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une moissonneuse-batteuse se prépare à la récolte de l'alpiste dans un champ.

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Les rendements dépassent même ses attentes les plus optimistes.

« La récolte est vraiment belle. On est en train de récolter 2200 à 2400 livres à l’acre. C’est une bonne récolte pour nous autres », s'enthousiasme Patrick Catellier.

Sa récolte servira de semences pour les fermiers qui se lanceront, en 2018, dans la production de cette variété d’alpiste.

Cinq oiseaux perchés sur une mangeoire dans un arbre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des oiseaux se régalent sur une mangeoire.

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Une céréale qui était là, dans nos cours, depuis des décennies, sans que l’on ne se doute de son potentiel comme aliment… dans nos assiettes.

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