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Alimentation des Premières Nations : « le message ne se rend pas », dit Stanley Vollant

L'alimentation des Premières Nations
Radio-Canada

Les maladies chroniques sont en pleine explosion parmi les Premières Nations au pays. Le changement radical du mode de vie et de l'alimentation dans les communautés autochtones a contribué à accentuer ce fléau. Selon le chirurgien innu, Stanley Vollant, la sensibilisation se heurte souvent aux barrières culturelles.

Un texte de Katy Larouche

Léo St-Onge se souvient de sa jeunesse dans la communauté innue de Uashat-Maliotenam, près de Sept-Îles. À l’époque, le cancer, le diabète et les maladies cardiaques étaient bien loin des préoccupations des membres de sa famille.

« Quand j'étais jeune, on allait dans le bois avec mon père pour faire de la chasse, se rappelle-t-il. On mangeait ce qu'on avait pris à la chasse. On faisait beaucoup de kilomètres à pied, à la rame. »

L’arrivée à l’âge adulte dans les années 1980 marque toutefois un tournant dans sa vie. Ses premiers ennuis de santé surviennent au moment où il fait son entrée sur le marché de l’emploi.

Léo St-Onge, un innu de Uashat-Maliotenam, a transformé son alimentation alors qu'il était atteint de nombreuses maladies chroniques.Léo St-Onge, un innu de Uashat-Maliotenam, a transformé son alimentation alors qu'il était atteint de nombreuses maladies chroniques. Photo : Radio-Canada

Aussitôt que j'ai trouvé une job et que je suis resté assis, je n'ai jamais changé mon alimentation. J'ai grossi, grossi, tellement vite.

Léo St-Onge, membre de la communauté de Uashat-Maliotenam

Il développe alors le diabète, les maladies cardiaques et le cancer du rein. Ces pathologies viennent bouleverser son quotidien. Il comprend que la grande coupable de ces maux est la restauration rapide qui se retrouve tous les jours dans son assiette.

Des données inquiétantes

Les membres des communautés autochtones qui vivent ce fléau sont nombreux. Selon Statistique Canada, six membres des Premières Nations sur 10 ont déclaré avoir au moins un problème de santé chronique diagnostiqué.

Les membres des Premières Nations qui souffrent de maladies chroniques sont plus nombreux que les non-autochtones.Les membres des Premières Nations qui souffrent de maladies chroniques sont plus nombreux que les non-autochtones. Photo : Radio-Canada

Des élèves de l’école secondaire Manikanetish, dans la communauté de Uashat-Maliotenam, sont bien conscients des problèmes de santé qui affligent leur communauté.

Anaïs Bellefleur-Mark craint de développer une maladie chronique comme plusieurs de ses proches. « J'ai peur que ça me prive de faire des choses que j’aime, comme le volleyball », souligne-t-elle.

Itoualis Picard, son camarade de classe, est lui aussi inquiet de son état de santé, notamment parce que ses habitudes de vie pourraient le mettre à risque. En plus d’être fumeur, il avoue être un adepte de la restauration rapide.

Ça fait peur. T'as plus de chance de mourir par après. Moi, je ne veux pas mourir tout de suite.

Itoualis Picard, élève à l'école Manikanetish

Changer les habitudes

Même si les risques liés à ces maladies sont bien connus, les habitudes demeurent difficiles à changer.

Le professeur titulaire à la Faculté de Sciences infirmières de l’Université Laval, Bernard Roy, croit que tous les autochtones ne courent pas les mêmes risques de développer une telle maladie. Selon lui, les conditions sociales précaires dans certaines communautés contribuent à accentuer la prévalence du diabète, par exemple.

« Si on compare les comportements alimentaires qu’on va observer en milieu autochtone avec ceux de milieux socio-économiques similaires, par exemple dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, on va voir des comportements relativement similaires », souligne Bernard Roy.

Un homme autochtone prend la pose devant un arbre, le 1 novembre 2017.Le chirurgien innu Stanley Vollant Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Le chirurgien innu, Stanley Vollant, croit pour sa part qu'il faut renouveler les méthodes de sensibilisation qui sont employées auprès des communautés autochtones.

« Je pense que le message ne se rend pas ou est mal compris, souligne-t-il. Ce n’est pas en augmentant le nombre de médecins et d'infirmières ou en bâtissant de nouveaux dispensaires que la santé des Premières Nations va s’améliorer, mais c'est essentiellement par une prise en charge individuelle et de se rendre compte que la diète actuelle a des effets très, très néfastes. »

Le courage de modifier ses habitudes

Il aura fallu plusieurs années à Léo St-Onge pour entamer cette prise en charge. Sans changement radical, il aurait été forcé de commencer des traitements de dialyse. C'est ce qui l'a finalement convaincu d'intégrer les légumes à son alimentation, qui en était presque complètement dépourvue.

Pour moi, le plus dur c'était... d'aimer ça. C'est toute une pensée qui a été mise par mes parents, disant : "la salade, c'est pour les lapins".

Léo St-Onge, membre de la communauté de Uashat-Maliotenam

Pour aider les membres de sa communauté à effectuer cette nécessaire transition, Léo St-Onge a lancé avec sa femme « Les Jardins secrets d'Océanne ». Il souhaite donner accès à une grande variété de légumes au sein même de sa communauté. « Quand les jeunes viennent ici et qu'ils voient que c'est vivant et que ça pousse, ils sont plus intrigués et ils veulent goûter aussi », indique-t-il.

Léo St-Onge et son épouse distribueront cet été leurs premiers paniers de légumes biologiques, cultivés au nord du 50e parallèle. Ils espèrent que leur récolte contribuera à la santé de leur communauté.

Côte-Nord

Nations métisses et autochtones