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Des pesticides perturbent la boussole interne des oiseaux, selon une étude

Bruant à couronne blanche
Des bruants à couronne blanche ont expérimenté une perte du sens de l'orientation et une perte de poids après avoir été exposés à de faibles doses de pesticides. Photo: Radio-Canada / Julie Tremblay

Deux des pesticides les plus couramment utilisés au Canada, incluant les néonicotinoïdes « tueurs d'abeilles », peuvent provoquer la perte du sens de l'orientation et la perte de poids chez les oiseaux chanteurs migrateurs, selon une étude de l'Université de la Saskatchewan.

Un texte de Miriane Demers-Lemay

Les chercheurs ont exposé des oiseaux chanteurs à de très faibles doses de deux types de pesticides : les néonicotinoïdes et les organophosphorés. Les effets de cette exposition n'ont pas tardé.

Après trois jours, les oiseaux exposés aux deux types de pesticides ont perdu leur capacité à trouver le nord, et ce, peu importe la dose.

Chez les oiseaux exposés aux organophosphorés, la perte de la capacité d’orientation s’est maintenue, même après la fin des tests. Dans le cas des groupes exposés aux néonicotinoïdes, l’effet de désorientation s’est estompé après la fin des essais.

De plus, les oiseaux traités avec des néonicotinoïdes ont également perdu 17 % de leur poids, contre 25 % pour les oiseaux ayant reçu une dose plus élevée. L’exposition aux organophosphorés n’a pas eu d’effets significatifs sur le poids des oiseaux.

Même une petite dose de pesticides peut avoir de graves répercussions sur les oiseaux.

Christy Morrissey, biologiste à l’Université de la Saskatchewan

Pendant cinq ans, la biologiste Christy Morrissey et son équipe ont mené cette étude pour étudier l’effet de faibles doses de pesticides sur les oiseaux chanteurs.

S’il est connu que les deux pesticides sont létaux pour les oiseaux à forte dose, cette étude s’est penchée sur l'impact de petites quantités.

Une perte d’orientation et une perte de poids ont été observées, même pour les oiseaux ayant consommé la plus faible dose administrée, qui correspondait quotidiennement à quatre graines de canola traitées par les néonicotinoïdes ou huit granules d’organophosphorés. Des quantités correspondant à moins de 1 % de la diète quotidienne des bruants à couronne blanche, l’espèce utilisée pour l’expérience.

Un rôle dans le déclin des oiseaux

Les résultats de l’étude suggèrent que les oiseaux chanteurs ne consommant qu’une très faible dose de ces pesticides peuvent expérimenter des retards et des perturbations dans leurs parcours migratoires ainsi qu'une détérioration leur état physique. Ces effets pourraient augmenter les risques de mortalité et réduire leur capacité de reproduction, selon l’étude.

Christy Morrissey ajoute que, de surcroît, ces pesticides sont souvent appliqués au moment où les oiseaux augmentent leur consommation alimentaire pour se préparer à migrer, augmentant leurs risques d’exposition à ces pesticides.

Dans le monde réel, tout oiseau qui subit ces effets [observés dans l’étude] est pratiquement un oiseau mort.

Christy Morrissey, biologiste à l’Université de la Saskatchewan
Portrait de Christy MorrisseyL'étude a été dirigée par la biologiste Christy Morrissey de l'Université de la Saskatchewan Photo : Marlynn Mierau

Des études antérieures ont notamment identifié les pesticides comme étant l’un des facteurs responsables du déclin des oiseaux migrateurs depuis les années 1970.

Une réglementation réévaluée

Au Canada, les deux pesticides sont utilisés pour une centaine de cultures, y compris le blé et le canola. Ils se retrouvent dans des douzaines de produits commerciaux.

Épandage de pesticide sur un champ de canola.Les deux pesticides testés dans l'étude sont largement utilisés au Canada pour traiter les cultures, comme celles de canola. Photo : iStock

Les néonicotinoïdes ont déjà été blâmés pour le déclin des abeilles. Selon une étude publiée récemment, ils seraient aussi des perturbateurs endocriniens chez l’humain et auraient des effets négatifs sur les femmes enceintes et celles atteintes d’un cancer du sein.

L'Union européenne réglemente strictement leur utilisation.

Santé Canada est en train de réévaluer les risques des néonicotinoïdes et doit décider si elle les réautorise pour les 15 prochaines années.

L’étude de l'Université de la Saskatchewna, publiée en octobre, a été mise à la disposition de l'agence.

Avec les informations de La Presse canadienne

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