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Archives

Des histoires d’espionnage soviétique au Canada

Igor Gouzenko, le visage camouflé par une large cagoule blanche.

Igor Gouzenko, cagoulé, se confiant à l'émission This Hour Has Seven Days de CBC.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les affaires d'espionnage refont surface dans l'actualité ces jours-ci. Le gouvernement britannique a expulsé 23 diplomates russes en réponse à l'empoisonnement de l'ancien agent double Sergueï Skripal. De nos archives, voici trois histoires d'espionnage qui ont fait grand bruit au Canada depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

L’affaire Gouzenko

La plus grande affaire d’espionnage dans l’histoire canadienne est sans doute celle d’Igor Gouzenko. Au moment de sa mort, le 29 juin 1982, le journaliste Normand Lester rappelait l’histoire de l’ex-espion soviétique au Téléjournal.

Reportage de Normand Lester sur l'ex-espion soviétique Igor Gouzenko à la suite de son décès à Toronto. Le bulletin de nouvelle est présenté par Bernard Derome.

Le 2 septembre 1945 marque la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le conflit vient donc de se terminer quand Igor Gouzenko fuit l’ambassade soviétique le 5 septembre. Il y travaillait depuis 1943, année de son arrivée au Canada.

Son emploi de commis lui permet d’avoir accès à des documents secrets et d’en connaître les codes. Par peur de la police secrète russe, il doit se cacher avec sa femme et son enfant chez des voisins à Ottawa. Les autorités du pays prennent du temps à reconnaître que l’URSS, un allié, pourrait en effet espionner le Canada.

Le 6 septembre 1945, la police d’Ottawa surprend des agents du NKVD, l’ancêtre du KGB, dans l’appartement de Gouzenko. La Gendarmerie royale du Canada prend alors les affirmations de l’ancien commis au sérieux et le place sous protection.

Les documents saisis dans l’affaire Gouzenko révèlent la présence de nombreux espions sur le territoire canadien. Les messages codés dans les documents montrent que les Soviétiques cherchent à obtenir de l’information sur les systèmes de radar et l’armement canadien.

Hugh Hambleton : Dix ans de prison pour 30 ans au service du KGB

Durant la guerre froide, la frontière commune du Canada avec les États-Unis et ses liens historiques avec la Grande-Bretagne font du pays une place de premier choix pour les espions soviétiques. De nombreux espions travaillent au sein des ambassades et consulats soviétiques. Par conviction idéologique, certains citoyens canadiens choisissent aussi de travailler pour Moscou.

Portrait de Hugh Hambleton, espion du KGB au Canada par Bernard de la Grange. L'émission est animée par Simon Durivage.

Hugh Hambleton fait partie de ceux-là. À l’émission Le Point du 25 octobre 1983, le journaliste Bertrand de la Grange brosse le portrait de ce professeur d’économie à l’Université Laval.

George Hugh Hambleton commence à travailler pour le KGB en 1949 après une rencontre avec l’attaché culturel à l’ambassade soviétique, Vladimir Borodin. L’espion canadien aurait remis au gouvernement russe près de 80 documents confidentiels entre 1956 et 1961.

Agent soviétique de calibre international, il se rend en mission en France, en Israël, au Pérou, en Haïti, en Égypte. À Moscou, il rencontre en 1975 le grand patron du KGB, Iouri Andropov.

Il est arrêté en juin 1982, à Londres, par les autorités britanniques.

« Pourquoi le gouvernement Trudeau avait-il promis à Hugh Hambleton de ne pas le poursuivre? » questionne le journaliste Bertrand de la Grange.

La Gendarmerie royale du Canada savait en effet depuis 1977 que le professeur Hambleton collaborait avec les Soviétiques.

« Dans chaque cas, les services secrets doivent adopter une démarche particulière afin de tirer le maximum d’informations. Ils préfèrent en général laisser un espion démasqué en liberté plutôt que de le traîner devant les tribunaux ».

Une technique d’enquête qui permettrait d’exposer d’autres espions.

Un espion du KGB à l’Expo 67

Le colonel Maximov a voyagé partout dans le monde sous une dizaine d’identités différentes pour le compte de l’URSS.

À Moscou, la journaliste Paule Robitaille recueille le témoignage d'un espion russe à la retraite, Anatoly Maximov, qui a oeuvré au Canada. L'émission est animée par Jean-François Lépine.

Sa toute première mission, réalisée au Canada durant l’Exposition universelle de Montréal, est celle dont il demeure le plus fier. C’est ce que l’espion à la retraite confie à la journaliste Paule Robitaille alors qu’elle lui rend visite dans son petit appartement de Moscou. Son témoignage est diffusé à l’émission Le Point du 29 novembre 1993.

L’homme spécialisé en espionnage industriel a volé quelques secrets aux Canadiens lors de son passage à Montréal, notamment dans le domaine de la pétrochimie. Il évoque avec nostalgie ses endroits de prédilection de la métropole québécoise : le restaurant Troïka, le bar du Ritz et les cafés de la rue Sherbrooke.

Anatoly Maximov revient à plusieurs reprises au Canada. Rapidement, la GRC le remarque et souhaite le recruter. Ce dernier continue néanmoins d’être loyal au KGB.

« Faire croire à la GRC qu’elle avait son homme à Moscou, c’était pratique pour le KGB », explique la journaliste Paule Robitaille, « cela permettait de mettre les services canadiens sur de fausses pistes ».

L’affaire prend fin en 1978 quand le Canada expulse les diplomates soviétiques. En guise de représailles, Moscou divulgue tout sur l’affaire Maximov et sa collaboration avec la GRC. Des révélations humiliantes pour les services de renseignement canadiens qui n’avaient de surcroît pas le droit d’utiliser des agents étrangers.

En 1993, l’espion à la retraite coule de beaux jours en Russie. Avec d’anciens collègues des services secrets soviétiques, il a ouvert une école privée qui montre aux jeunes entreprises russes comment se protéger de l’espionnage industriel.

L’après-espionnage

Les espions soviétiques qui ont retourné leur veste en cours de route ne vivent pas la même quiétude. Le triste sort de l’ex-agent russe Alexander Litvinenko et, plus récemment, de Sergueï Skripal et sa fille nous le rappelle.

Le transfuge Igor Gouzenko a craint jusqu’à la fin de sa vie des représailles soviétiques, se plaignant périodiquement du manque de protection des services de sécurité canadiens. Il est finalement décédé en 1982 d’un arrêt cardiaque.

Encore plus de nos archives 

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