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Opposer intelligence artificielle et art, un faux débat?

L'artiste québécoise Geneviève Levasseur, photographiée dans le hall du Austin Convention Center.

Pour Geneviève Levasseur, fondatrice de l'agence Ingrid Ingrid, opposer les algorithmes et la créativité est un faux débat.

Photo : Denis Wong

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

CHRONIQUE – Saviez-vous que l'intelligence artificielle (IA) pouvait écrire des chansons, peindre des œuvres impressionnistes ou dessiner de nouveaux bâtiments? En effet, les données et les algorithmes s'invitent aussi dans le monde artistique, et des créateurs présents à South By Southwest (SXSW) s'intéressent à l'influence grandissante de l'IA dans leur domaine.

Un texte de Denis Wong

Les craintes entourant l’intelligence artificielle sont multiples, et les scénarios où les machines prendront la place des humains sont régulièrement évoqués, à tort ou à raison. Mais pour la Québécoise Geneviève Levasseur, qui conçoit des expériences interactives dans les espaces publics, opposer les algorithmes et la créativité représente un faux débat. Non, la montée des machines ne signifie pas la fin des artistes.

« L’intelligence artificielle est intéressante en soi, pour ce qu’elle est, pas pour ce qu’elle pourrait faire à notre place, affirme la présidente et fondatrice de l’agence Ingrid Ingrid, rencontrée à SXSW. Dans cette appropriation des technologies, il ne faut pas en avoir peur et travailler avec ça comme si c’était un autre ingrédient. »

Il est vrai que l’humain a utilisé de nouveaux outils pour devenir plus créatif depuis des milliers d’années. Les intelligences artificielles créées par les algorithmes ont des frontières bien définies qui s’arrêtent aux données. L’artiste qui exploite l’intelligence artificielle dans une œuvre garde la mainmise sur la matière brute qui est utilisée. La réalisatrice d'univers narratifs Nicole McDonald estime qu’il revient aux créateurs de repousser leurs limites.

« Je veux voir quelque chose de différent, je ne veux pas continuer de créer ce qui existe déjà, dit la conférencière à SXSW. Je veux plus de couleurs, plus de formes et plus de dimensions dans mes expériences. Je ne crois pas que l’intelligence artificielle soit un obstacle à cela. »

Changer les paradigmes

La réalisatrice est notamment derrière l'univers de réalité virtuelle Hue (Nouvelle fenêtre), où l’auditoire peut utiliser ses mains pour toucher et interagir avec le personnage principal. Grâce aux algorithmes, l’animation des images se combine à l’évolution intelligente du personnage en fonction des interactions développées pendant l’expérience.

« Bien que les algorithmes ne soient pas encore raffinés, nous y parviendrons, estime Nicole McDonald. Il sera possible de découvrir des formes narratives qui n’ont pas encore été établies. Nous avons raconté des histoires en allant du point A au point B pendant des milliers d’années, mais ceci pourrait être très différent. »

En ce sens, Geneviève Levasseur croit qu’il faut s’intéresser à la façon dont un artiste s’approprie la technologie ou les données, au lieu de s’attarder uniquement au résultat final.

Elle cite entre autres le travail de l’artiste de renommée internationale Janet Echelman, dont l’œuvre en forme de filet multicolore (Nouvelle fenêtre) surplombe la place Émilie-Gamelin, à Montréal, depuis trois saisons estivales. Pour donner une forme à son œuvre, l’artiste a utilisé les données scientifiques provenant de l’important tremblement de terre qui a secoué le Chili en 2010 et du tsunami subséquent.

« Je crois que les artistes et les gens créatifs n’ont pas à avoir peur, parce que l’intelligence artificielle et les technologies n’auront jamais un statement à faire, conclut Geneviève Levasseur. Elles ne seront jamais là pour critiquer, pour revendiquer ou pour vouloir changer les choses. C’est l’humain qui s'interroge. »

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