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Le bois remplace lentement l'acier

Structure de bois dans un immeuble industriel de Québec.
Un immeuble du parc industriel de Québec utilisant une structure de bois. Photo: Radio-Canada / Dominic Brassard
Radio-Canada

Il y aura 10 ans en mai, le gouvernement du Québec lançait sa stratégie d'utilisation du bois dans la construction pour tenter de relancer l'industrie forestière en crise. Ce projet, piloté par l'ex-ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, prévoyait tripler la consommation de bois dans la construction, où le béton et l'acier dominent. Dix ans plus tard, les parts de marché du bois augmentent, mais certains acteurs de l'industrie croient que le Québec peut faire mieux.

Un texte de Dominic Brassard, journaliste à l'émission Le 15-18

Entre 2006 et 2016, les parts de marché du bois dans la construction sont passées de 15 % à 28 %, selon une enquête réalisée pour le Centre d'expertise sur la construction commerciale en bois (Cecobois). Son directeur, Gérald Beaulieu, en est convaincu : ce matériau s'impose de plus en plus dans la construction au Québec.

« Il y a plus de 40 % des architectes qui ont l'intention, dans la prochaine année ou dans les prochaines années, d'utiliser du bois », explique-t-il.

Pour le ministre québécois des Forêts, Luc Blanchette, les efforts déployés par le gouvernement du Québec et par l'industrie du bois ont permis « toute une évolution » en ce qui a trait à l'utilisation du bois dans la construction. Selon lui, l'activité économique générée par cette stratégie gouvernementale n'est pas négligeable.

« Le bois, c'est dans les 17 régions administratives du Québec et ça crée ou ça maintient des emplois », précise-t-il.

Luc Blanchette, ministre québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs.Le ministre québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, croit qu'on assiste à une mobilisation dans la province pour favoriser l'utilisation du bois dans la construction. Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

L'ancien président du Conseil de l'industrie forestière du Québec, Guy Chevrette, pense pour sa part que la stratégie gouvernementale n'a été qu'une opération de relations publiques. « J'appelle ça des suçons électoraux, moi », lance-t-il.

À son avis, la stratégie d'utilisation du bois dans la construction et la charte du bois qui a suivi demeurent incomplètes. Guy Chevrette aurait souhaité que le gouvernement recoure à des mesures plus agressives pour inciter les constructeurs à utiliser du bois : « Ils auraient pu mettre une taxe moins forte, par exemple », juge-t-il.

Le porte-parole de Chantiers Chibougamau, Frédéric Verreault, ne souhaite pas « lancer la pierre » sur le gouvernement, puisqu'il considère que « la politique de 2008 a permis d'ouvrir les yeux sur le potentiel [du bois dans la construction] ». Mais il déplore l'absence d'obligation pour les ministères et les organismes gouvernementaux à utiliser plus de bois dans leurs bâtiments en construction.

Frédéric Verreault, porte-parole de Chantiers Chibougameau et de Nordic Structures.Les entreprises Chantiers Chibougameau et Nordic Structures font partie des entreprises québécoises pionnières dans la fabrication de bois de construction. Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

« Il y a plein d'infrastructures qui sont développées à partir de fonds publics, et il n'est jamais question de les construire en bois », constate Frédéric Verreault. Selon lui, le secteur privé porte une bonne partie du développement de cette filière.

On a fait plus de 2000 projets en bois massif depuis une dizaine d'années. Et la très vaste majorité de ces projets-là ont été portés par des promoteurs privés.

Frédéric Verreault, Chantiers Chibougamau

Le ministre québécois des Forêts, Luc Blanchette, ne partage pas cet avis. Selon lui, les ministères et les organismes gouvernementaux fournissent leur part d'efforts. Il souhaite les inciter, sans les forcer, à intégrer le bois dans leurs bâtiments en construction.

« Il faut que ce soit volontaire. Nous, on a un comité auquel participent une dizaine de ministères et d'organismes du gouvernement » pour favoriser l'utilisation du bois, explique M. Blanchette. Il ajoute que les membres de ce comité « ont une reddition de comptes à faire », ce qui se traduit par une augmentation de l'utilisation de ce matériau dans les bâtiments publics.

Du bois résistant au feu?

L'utilisation du bois en construction a bien évolué. La fabrication de poutres en bois lamellé-collé ou lamellé-croisé ouvre de nouvelles perspectives, permettant de construire des immeubles de plusieurs étages.

Section d'une poutre en bois lamellé-croisé.Bois lamellé-croisé utilisé pour la construction d'immeubles en hauteur. Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Frédéric Verreault n'en démord pas : le bois lamellé-collé ou lamellé-croisé est bien plus sécuritaire qu'on ne le croit en ce qui a trait à sa résistance au feu. L'entreprise, qui conçoit et fabrique des structures de bois, a d'ailleurs réalisé des tests à cet effet. « On a simulé des feux durant 2 heures », affirme le porte-parole de Chantiers Chibougamau.

« Et au terme de deux heures d'incendie massif avec des accélérants, la structure préservait son intégrité et sa stabilité », dit-il.

C'est aussi ce que confirme Sylvain Gagnon, gestionnaire de recherche en construction chez FPInnovations, une organisation qui étudie notamment les produits de construction en bois. Il rappelle que « les normes établies pour le bois sont les mêmes que [pour] l'acier et le béton ». Selon lui, il est tout à fait plausible que des immeubles de 18 étages soient construits en bois au Québec d'ici quelques années.

Mais à l'heure actuelle, le code du bâtiment est plus restrictif. Il permet de construire des immeubles de 6 étages en bois, mais les constructeurs peuvent obtenir des autorisations pour atteindre 12 étages.

Habiter une tour en bois

En plein coeur du quartier Griffintown à Montréal, le projet domiciliaire Arbora pourrait devenir le plus gros du monde, en superficie, à être construit grâce à une structure de bois. Le futur immeuble fera 8 étages, pour un total de 450 logements. Le promoteur, Sotramont, s'apprête ainsi à mener à terme son 4e projet domiciliaire en bois.

Le vice-président construction chez Sotramont, Guy St-Jacques, affirme que ce projet est stimulant pour son équipe. « Après 40 ans de métier, des défis, on essaie d'en avoir d'autres », dit-il.

Guy St-Jacques ajoute que le choix du bois comme matériau de base est aussi un argument de vente auprès de la clientèle. « Dans le contexte de Griffintown, nous étions les seuls à faire du bois, explique-t-il. Avec tout ce qui se passe ici et qui se construit en béton, il y avait un côté compétitif qui nous animait. »

Guye St-Jacques est le vice-président construction chez Sotramont, entreprise à l'origine d'Arbora.Le projet Arbora à Montréal prévoit la construction de 450 logements sur 8 étages, grâce à une structure de bois massif. Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Le constructeur souligne que le public doit être rassuré quant à l'utilisation de ce matériau dans des constructions d'une telle ampleur. Il a d'ailleurs aménagé une salle de formation pour bien expliquer aux clients les bienfaits du bois, tout en répondant à leurs questions sur la sécurité du matériau « pour qu'ils aient confiance au produit ».

Des ouvriers et professionnels à former

Cette salle est aussi utilisée pour former les ouvriers qui construisent le complexe. « La méconnaissance du bois fait que les gens ont peur, explique Guy St-Jacques. Pour eux, [travailler avec le bois], c'est comme un changement. » D'après lui, les ouvriers sont souvent habitués à travailler avec le béton et l'acier, mais peu avec le bois dans des bâtiments d'une telle hauteur.

C'est aussi un constat que fait le directeur de Cecobois, Gérald Beaulieu. « Il y a encore beaucoup de travail à faire pour la formation des ouvriers. Vous savez, construire une maison et construire un immeuble de 6 étages en ossature légère, ce n'est absolument pas le même défi », note-t-il.

Gérald Beaulieu, ingénieur et directeur du Centre d’expertise sur la construction commerciale en bois.L'organisme Cecobois (Centre d’expertise sur la construction commerciale en bois) estime que les parts de marché du bois sont passées de 15 % à 28 % en 10 ans. Photo : Radio-Canada / Dominic Brassard

Gérald Beaulieu ajoute que la formation des architectes et des ingénieurs doit aussi être améliorée. Bon nombre d'entre eux se spécialisent dans le béton et l'acier, ce qui représente un certain frein au développement du bois.

Il est anormal qu'en 2018, on n'ait pas rendu le cours Structures en bois obligatoire dans toutes les universités, et que les universités enseignent encore seulement l'acier et le béton, alors que le bois est optionnel.

Gérald Beaulieu, Cecobois

Gérald Beaulieu croit que c'est le prochain défi à relever. « Donnez-nous du temps : il y a des progrès significatifs qui ont été faits, et je suis sûr que la communauté des professionnels de la construction veut utiliser davantage de bois au Québec. C'est le message qu'ils nous envoient et c'est ce qu'on voit sur le terrain », affirme-t-il.

Le ministre québécois des Forêts, Luc Blanchette, reconnaît qu'il reste encore du travail à faire en ce qui a trait à la formation des professionnels, même si des gestes concrets ont déjà été posés en ce sens par le gouvernement.

Par ailleurs, à son avis, la construction actuelle d'immeubles en bois, comme des gymnases, des bibliothèques et des écoles, permettra de populariser ce matériau et de créer un effet d'entraînement.

Aux dires de Luc Blanchette, « on se trouve à [donner] du bonheur grâce au bois, à rendre plus attrayants les logements et, en plus, on crée de la richesse en prenant soin de notre environnement! ».

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