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Résistance aux antibiotiques : les données des pharmacies difficilement accessibles

Une pharmacienne vérifie l'étiquette de flacons de médicaments sur une étagère.
Une pharmacienne prépare des médicaments sur ordonnance. Photo: Radio-Canada

Si Québec a mis en place de nombreuses stratégies pour lutter contre l'antibiorésistance, il reste encore de nombreux efforts à faire. Très peu de données existent à l'heure actuelle sur l'utilisation des antibiotiques à l'extérieur des hôpitaux.

Un texte de Mathieu Dion, correspondant parlementaire à Québec

Dans sa politique gouvernementale de prévention en santé de 2016, le ministère de la Santé du Québec fait de la réduction et du contrôle des risques à la résistance aux antibiotiques une priorité. La propagation d’infections résistantes représente une menace réelle pour la santé publique.

La prévention passe notamment par une saine utilisation des antibiotiques, mais encore faut-il que les chercheurs aient accès aux données à cet égard.

Dans les hôpitaux, les données seraient « assez bonnes », selon Caroline Quach, microbiologiste-infectiologue pédiatrique et épidémiologiste au CHU Sainte-Justine. Toutefois, dans la communauté, c’est-à-dire dans les pharmacies ou les services de première ligne, le portrait est tout autre.

« Présentement, on n’a aucune idée de ce qui se fait », indique Mme Quach, à part « quelques projets ponctuels ». Pourtant, la très grande majorité des antimicrobiens pour les humains sont délivrés en pharmacie.

Les pharmacies ont les données (posologie, durée de traitement, etc.) et les versent dans le Dossier Santé Québec mais, selon Mme Quach, personne ne les collige et ne peut les extraire de façon massive. La surveillance pourrait également se faire « par des questionnaires, des évaluations de pratique ou des audits », ajoute-t-elle.

Ça prend une volonté politique et les ressources pour pouvoir réaliser ceci.

Caroline Quach, microbiologiste-infectiologue pédiatrique et épidémiologiste et médecin au CHU Sainte-Justine

L’antibiogouvernance

De nombreux centres hospitaliers – où la propagation des bactéries résistantes pose un risque élevé – ont mis en place l’antibiogouvernance, soit la gestion optimale et efficiente des antibiotiques. En plus de programmes de surveillance d’infections, certaines prescriptions sont par exemple passées en revue et des solutions de rechange moins néfastes ou plus ciblées peuvent être proposées.

L’antibiogouvernance pourrait-elle être étendue à l'ensemble de la communauté? Au ministère de la Santé, on indique que « les travaux se poursuivent pour finaliser un plan ministériel de lutte contre l’antibiorésistance » et que « celui-ci sera lancé dès que possible ».

Cela dit, selon Caroline Quach, le Québec serait dans le peloton de tête au Canada avec la Colombie-Britannique en matière de lutte contre l’antibiorésistance. L’absence de données rend le phénomène difficile à mesurer.

L’Institut national d'excellence en santé et en services sociaux a produit des guides d’utilisation pour certains types d’infections. Ces guides, fait savoir le ministère, ont été diffusés « largement auprès des médecins et des pharmaciens » afin que l’utilisation des antibiotiques soit « optimale ».

La base : le lavage des mains

Amir Khadir, le député de Québec solidaire, qui est aussi médecin spécialisé en microbiologie-infectiologie, fait néanmoins remarquer que « de simples mesures nécessitant une intervention précoce, comme le lavage des mains des soignants, peuvent réduire substantiellement les complications dans les milieux hospitaliers ».

En février, Radio-Canada apprenait qu’un seul établissement de santé sur les 21 qui ont fourni leurs données a atteint la cible de conformité de 70 % pour l’hygiène des mains.

Comment voulez-vous qu’on ait une approche convenable si en même temps nous sommes dans un processus de restructuration du système?

Amir Khadir, député de Québec solidaire et médecin spécialisé en microbiologie-infectiologie

Amir Khadir évoque ainsi un « engorgement chronique » dans le système de santé québécois qui rend difficile la mise en place de mesures d’hygiène efficaces.

« Les récentes compressions budgétaires ont désorganisé le réseau de la santé », ajoute Caroline Quach. Mais encore une fois, « les données ne sont pas encore là » pour démontrer s’il y a réellement eu des conséquences.

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