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Chine et acier : Justin Trudeau se présente en allié de l’administration Trump

Justin Trudeau participe à une conférence de presse devant des travailleurs de l'acier, à Hamilton.

Justin Trudeau participe à une conférence de presse devant des travailleurs de l'acier, à Hamilton.

Photo : Reuters / Mark Blinch

Radio-Canada

Depuis le début de la semaine, Justin Trudeau multiplie les attaques contre la Chine et ses pratiques commerciales dans le dossier de l'acier. Ces propos, peu habituels de la part du premier ministre, se rapprochent de ceux de représentants de l'administration Trump aux États-Unis.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

« Les effets de ce dumping sont de faire baisser les prix mondiaux en dessous des coûts de production pour chasser les compétiteurs hors du marché. »

Ces mots n’ont pas été écrits par Justin Trudeau, mais par Peter Navarro, un conseiller de Donald Trump connu pour ses positions protectionnistes.

Certains des propos tenus par M. Navarro dans son livre Death by China, un ouvrage publié en 2011 qui se penche notamment sur les pratiques commerciales chinoises dans plusieurs secteurs, dont l'acier, s’apparentent aux récentes déclarations de Justin Trudeau.

Devant les travailleurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de l’Ontario, mais aussi sur les ondes du réseau américain CNBC, le premier ministre a multiplié les attaques contre Pékin, dénonçant parfois du « dumping » chinois.

À Hamilton, mardi, Justin Trudeau a affirmé que la Chine produit de l’acier de moins bonne qualité et le vend à un prix plus alléchant pour pouvoir avoir un ascendant sur les cours mondiaux de la ressource.

Leur désir est de mettre en difficulté des installations comme ici, qui paient bien leurs employés et qui produisent des matières de très bonne qualité, mais qui ne peuvent pas concurrencer un pays qui vend à perte pour pouvoir contrôler le marché.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Pour expliquer les faibles prix offerts par Pékin, le premier ministre, tout comme Peter Navarro dans son livre de 2011, évoque notamment les mauvaises conditions de travail et le peu de protection environnementale en Chine.

Le conseiller Peter Navarro, à droite, en compagnie du président Trump dans le bureau ovale.

Le conseiller Peter Navarro, à droite, en compagnie du président Trump dans le bureau ovale.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Dans ce dossier, Justin Trudeau veut donc se présenter en allié des États-Unis, affirmant que le Canada a mis en place, ces dernières années, des mesures pour mieux contrôler l’arrivée de métaux chinois sur son territoire.

Le premier ministre affirme même avoir assuré au président américain qu’il était prêt à en faire plus pour éviter que des pays comme la Chine ne profitent de l’exemption de droits douaniers accordée à Ottawa pour faire entrer de l’acier et de l’aluminium au Canada, avant de l’exporter aux États-Unis.

Des craintes qui ne sont pas nouvelles

Au Canada, les préoccupations de l’industrie et de la classe politique à l’endroit des pratiques commerciales chinoises ne datent pas d’hier. « Il n’y a rien de nouveau là-dedans », affirme Richard Ouellet, professeur en droit international à l’Université Laval.

Ce qui a changé, note l’expert, c’est le ton emprunté par Justin Trudeau, un premier ministre qui a toujours valorisé la relation entre Ottawa et Pékin, même avant son arrivée au pouvoir.

L’attaque dans laquelle la Chine est nommément ciblée, ça faisait longtemps qu’on avait vu ça sur des questions économiques. Ça semble reposer sur une volonté de se rapprocher des Américains.

Richard Ouellet, professeur en droit international à l’Université Laval

Quelles conséquences pour la relation avec la Chine?

Un travailleur surveille l'écoulement de fer en fusion.

Du fer fondu est versé dans une fournaise, dans une usine de fabrication d'acier de Hefei, en Chine.

Photo : Reuters / Jianan Yu

Des attaques comme celles formulées ces derniers jours peuvent-elles nuire à la relation sino-canadienne?

L’ancien diplomate canadien à Pékin et actuel directeur de l’Institut sur la Chine de l’Université de l’Alberta, Gordon Houlden, reconnaît que cela pourrait froisser les autorités chinoises, qui auront certainement eu vent des propos de Justin Trudeau.

Selon lui, avec cette tactique « qui a pour but d’améliorer le point de vue de la Maison-Blanche envers le Canada », on prend le risque « d’irriter le gouvernement chinois et le président Xi Jinping ».

Mais Gordon Houlden ajoute que si la rhétorique n’est pas accompagnée de représailles concrètes, le tout ne devrait pas se traduire en conflit commercial.

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