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Des acériculteurs du Québec estiment avoir été mal défendus aux États-Unis

Gros plan sur une partie du tronc d'arbre et la chaudière.

Un arbre entaillé

Photo : iStock / Lydia Dotto

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Certains acériculteurs québécois accusent le Conseil nord-américain du sirop d'érable de ne pas les avoir défendus adéquatement lors de la signature d'une entente qui les oblige maintenant à dépenser des milliers de dollars pour respecter des normes environnementales américaines.

Un texte de Julie Vaillancourt, de La semaine verte

Depuis l’adoption du Safe Drinking Water and Toxic Enforcement Act en Californie en 1986, une multitude d’industries ont été poursuivies dans le but de faire respecter ce que les Américains appellent la Proposition 65.

Cette loi vise à éliminer toute matière cancérigène dans l’environnement.

Des conserves de sirop d'érable.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le sirop d'érable contient trop de plomb pour le marché américain.

Photo : Radio-Canada

En 2014, lorsqu'une poursuite visait les acériculteurs pour les obliger à réduire la teneur en plomb du sirop d’érable, ils n’étaient pas seuls à devoir affronter la foudre des écologistes californiens devant les tribunaux. Les multinationales Dole et Gerber avaient, elles aussi, été accusées, l’année précédente, de vendre des produits dont la teneur en plomb était plus élevée que la norme californienne.

Or, la stratégie de Dole et Gerber a été totalement différente de celle adoptée par l’organisation qui a défendu les intérêts des producteurs québécois de sirop d’érable dans cette affaire.

Plutôt que de signer une entente à l’amiable et accepter d’emblée les demandes des groupes écologistes – comme ce qu’ont fait les représentants de l’industrie de l’érable – Dole et Gerber ont contesté la poursuite.

Regroupées sous la Beech-Nut Corporation, ces deux multinationales ont embauché des experts qui ont analysé le panier d’épicerie moyen des consommateurs. Le but : établir avec précision la consommation de plomb imputable à leurs produits dans la diète moyenne des Américains. Les produits ciblés : des jus de fruits, des purées pour bébés et des coupes de fruits préemballées, pour ne nommer que ceux-là.

La conclusion : le degré d’exposition au plomb émanant de la consommation quotidienne de ces produits était inférieur au seuil nécessitant un avertissement. La Cour leur a donné raison (Nouvelle fenêtre) et les multinationales n’ont pas été obligées de modifier leurs chaînes de production.

On voit M. Perreaut se déplacer sur la neige à l'aide de raquettes à travers les érables. Il est suivi d'un cheval attelé qui tire un traîneau. En arrière-plan, on voit une cabane.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'érablière d'Henry Perreault, à Sainte-Marguerite

Photo : Radio-Canada

Puisque la consommation annuelle de sirop d’érable aux États-Unis n’est que de 107 ml par année – soit l’équivalent du tiers d’une canette de boisson gazeuse – certains acériculteurs québécois se demandent pourquoi l’industrie du sirop d’érable n’a pas choisi la même stratégie.

« Avec l’information dont on dispose maintenant, c’est-à-dire la cause remportée par Dole, c’est clair qu’on a signé trop vite sans réfléchir aux conséquences », soutient Henry Perreault, un acériculteur qui exploite une érablière artisanale de 1200 entailles à Sainte-Marguerite, en Beauce.

On voit M. Perreault dans son érablière qui parle à la caméra.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Henry Perreault, acériculteur à Sainte-Marguerite

Photo : Radio-Canada

M. Perreault doit changer la majeure partie de son installation : l’évaporateur, le siroptier, les tôles. Il estime avoir pour 12 000 $ de dépenses à faire pour respecter les nouvelles normes.

Lorsque du plomb est présent dans le sirop d’érable, c’est dû à l'équipement des érablières qui contient du métal et contamine l’aliment au passage. À preuve : la sève à l’entaille ne contient pratiquement pas de plomb.

Au pays, la norme de Santé Canada est de 500 microgrammes de plomb par kilo de sirop d’érable – 500 parties par milliard – alors que la Californie veut l’abaisser à 11 microgrammes – 11 parties par milliard –, à peine plus que celle de l’eau potable qui est de 10 parties par milliard.

Loin de contester la toxicité du plomb, un métal particulièrement nocif chez les enfants, l’industrie acéricole québécoise s’est elle-même imposé, il y a quatre ans, une norme de 250 parties par milliards – plus sévère que celle de Santé Canada.

On voit en gros plan un chalumeau de plastique inséré dans l'écorce d'un érable.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un érable entaillé pour la récolte de la sève

Photo : Radio-Canada

Roberto Landry, qui exploite une érablière de 65 000 entailles à Biencourt, dans le Bas-Saint-Laurent, produit un sirop d’érable dont la teneur en plomb est très faible, en deçà de 20 parties par milliards, mais c’est encore trop par rapport à la norme californienne de 11 parties par milliards.

Sans vouloir minimiser les impacts du plomb sur la santé humaine, Roberto Landry souligne qu’il aurait préféré être consulté par l’industrie avant qu’elle ne paraphe l’entente qui oblige tous les acériculteurs à respecter les normes américaines d’ici 2020.

« Moi, j’ai pour 30 000 $ de matériel à changer dans mon érablière. Je vais le faire puisque je ne suis pas intéressé à perdre le marché américain, mais il me semble que ça aurait été normal que les transformateurs consultent la filière acéricole et nous expliquent le dilemme auquel ils faisaient face plutôt que de dire aux producteurs : "Voilà l’entente, puis débrouillez-vous!" »

On voit M. Landry dans son érablière, qui parle à la caméra.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Roberto Landry, acériculteur à Biencourt

Photo : Radio-Canada

L’institut international du sirop d’érable, qui représentait les 10 entreprises acéricoles poursuivies en vertu de la Proposition 65 (huit américaines et deux québécoises), se défend d’avoir conclu précipitamment une entente défavorable pour ses membres.

« Les producteurs de sirop d’érable pensaient que ça coûterait trop cher de contester cette poursuite », explique Dave Chapeskie, le directeur de l’organisation. « Ils craignaient que cela traîne en longueur sans garantie de succès. »

Quant à la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, elle a été mise devant le fait accompli. « On a appris la nature de l’entente seulement lorsqu’elle a été signée en 2014 », plaide Simon Trépanier, directeur général de l’organisation syndicale.

On voit M. Trépanier en gros plan qui parle à la caméra.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Simon Trépanier, directeur général de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec.

Photo : Radio-Canada

« D’un autre côté, le Québec est tout à fait capable de rencontrer les exigences demandées. On s’est retroussé les manches et on s’est plutôt demandé comment faire pour continuer de vendre notre produit en Californie », poursuit M. Trépanier.

La Fédération demande aujourd’hui l’aide financière du ministère de l’Agriculture des Pêcheries et de l’Alimentation pour dédommager les acériculteurs qui devront renouveler leur équipement. L’organisation syndicale estime que les 7500 entreprises acéricoles du Québec devront investir en moyenne 10 000 $ chacune et sollicite une subvention du MAPAQ à ce sujet.

On voit les équipements en métal, à l'intérieur d'un bâtiment.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des cuves qui servent à la fabrication de sirop d'érable

Photo : Radio-Canada

Rappelons que 60 % du sirop d’érable consommé par les Américains est produit au Québec et c'est en Californie que transite la majorité du sirop d’érable vendu aux États-Unis.

Toute l’industrie agroalimentaire visée par les normes californiennes

Au fil des ans, les groupes écologistes ont poursuivi de multiples industries afin de les obliger à se conformer à la Proposition 65. Même des parcs d’attraction de la Californie, comme celui de Disney, ont été ciblés à cause de la teneur en plomb de certaines peintures utilisées sur leur site.

Dans l’industrie agroalimentaire, l’industrie vinicole a dû modifier la composition des bouchons des bouteilles dans les années 90 afin d’éliminer toute trace de plomb dans le de vin.

Récemment, c’est le café qui s’est retrouvé dans la ligne de mire des Californiens parce que la torréfaction des grains produit de l’acrylamide, une substance chimique potentiellement dangereuse. Les producteurs de café reconnaissent que le procédé en libère, mais en quantités trop minimes, selon eux, pour nuire à la santé humaine. Ils contestent la poursuite. Une décision est attendue d’ici quelques mois.

Le reportage de Julie Vaillancourt et Michel Rock Poirier est diffusé à La semaine verte, samedi, à 17 h, à ICI Radio-Canada Télé.

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