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Le Québec, modèle socioéconomique du Canada?

Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada, en conférence de presse en janvier 2018 à Ottawa.
Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a souligné dans un discours que les politiques parentales du Québec avaient favorisé la participation des femmes au marché du travail. Photo: La Presse canadienne / Adrian Wyld
Radio-Canada

Des garderies à bas tarif à l'assurance médicaments, en passant par les congés parentaux, le modèle de développement du Réseau express métropolitain (REM) ou l'équité salariale, le gouvernement de Justin Trudeau ne cesse de puiser dans le modèle québécois pour développer ses politiques. Et plusieurs emboîtent le pas en réclamant davantage de mesures sociales et progressistes pour stimuler l'économie canadienne et favoriser la place des femmes dans la population active.

Un texte de Gérald Fillion

Dans un discours prononcé mardi matin en Ontario, le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a démontré que le Canada gagnerait à adopter des politiques favorisant une plus grande participation des femmes au marché du travail.

« L'augmentation de la participation des femmes au marché du travail recèle un potentiel de croissance économique encore plus grand, a dit Stephen Poloz. Si le taux d'activité des hommes dans la force de l'âge est de 91 %, celui des femmes n'est que de 83 %. »

Donc, le modèle à suivre, selon lui, c’est celui du Québec. Il y a 20 ans, le taux d’activité des femmes en âge de travailler était de 74 % alors qu’aujourd’hui, il est de 87 %. Le taux d’activité mesure l’ensemble de la population active, soit les travailleurs et les chômeurs, par rapport à l’ensemble de la population en âge de travailler.

300 000 personnes de plus dans la population active

À la fin des années 90, affirme le gouverneur de la Banque du Canada, « le gouvernement provincial a alors recensé les obstacles empêchant les femmes d'intégrer le marché du travail et a pris des mesures pour les réduire, notamment en réduisant le coût des services de garde et en élargissant les dispositions relatives au congé parental. En quelques années, un nombre proportionnellement plus élevé de Québécoises dans la force de l'âge avaient un emploi par rapport aux femmes du reste du Canada ».

Stephen Poloz rejoint ainsi plusieurs analyses, dont celles, surtout, de l’économiste Pierre Fortin, qui démontrent que les politiques parentales ont favorisé et accéléré l’intégration des femmes dans le marché du travail.

« Si l'on pouvait juste porter le taux d'activité des femmes de 25 à 54 ans du reste du pays au niveau de celui du Québec, a déclaré Stephen Poloz, cela ferait déjà croître de près de 300 000 personnes la population active du Canada. »

Un programme de garde d'enfants pour tout le Canada?

Le Conseil consultatif en matière de croissance économique, mis sur pied par le gouvernement Trudeau, a aussi proposé l’adoption de mesures favorisant la participation des femmes au marché du travail. Ce comité est dirigé par l’homme d’affaires Dominic Barton, qui milite en faveur d’un « capitalisme du long terme ». Moins axé sur les profits à court terme, ce modèle favorise davantage la justice et l’inclusion. Il est en phase avec le message de progressisme que véhicule le premier ministre Trudeau depuis son élection.

Ainsi, dans le deuxième rapport publié par le Conseil consultatif de M. Barton, il est notamment proposé de « créer un programme universel de garde d’enfants subventionné, ce qui, en plus de garantir que la qualité des services serait mesurée, rendrait aussi possible la répartition des prestations sur une échelle progressive. Si un tel modèle était envisagé à l’échelle nationale, le régime québécois serait un sujet évident pour une étude de cas ».

Le troisième budget de Bill Morneau, dévoilé le 27 février dernier, s’inspire largement de mesures adoptées au Québec au fil du temps. « On a trouvé qu’il y a quelques politiques au Québec qui fonctionnent bien », nous a dit le ministre, en entrevue à Ottawa, en marge de la présentation de son budget ce jour-là.

Trois mesures en particulier ont été annoncées :

  • un congé parental étendu
  • un comité sur l’assurance-médicament
  • une politique d’équité salariale

Un congé parental inspiré du Québec

D’abord, Ottawa a annoncé la mise sur pied d’une nouvelle prestation parentale partagée d’assurance-emploi. L’objectif est d’augmenter le nombre de prestations si les parents acceptent de partager le congé. Inspiré par le Québec, le gouvernement rappelle que 80 % des nouveaux pères québécois prennent un congé parental, alors que dans le reste du pays, c’est à peine... 12 %.

L’objectif d’une telle politique n’est pas de réduire le congé de la mère avec son enfant. Le but est davantage de lui donner un choix favorisant l’égalité et, comme l’explique le gouvernement Trudeau dans le budget, « en encourageant la distribution des travaux non rémunérés dans la famille ».

Un programme d'assurance médicaments comme au Québec?

Par ailleurs, le gouvernement a annoncé la création d’un « conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime d’assurance médicaments » qui est présidé par Eric Hoskins, qui était jusqu’à tout récemment le ministre de la Santé de l’Ontario. Il est là pour évaluer les modèles existants, dont celui du Québec.

Le budget rappelle qu’un Canadien sur 10 n’a pas les moyens d’acheter les médicaments sur ordonnance dont il a besoin. « Chaque année, est-il écrit dans le budget, près d’un million de Canadiens renoncent à de la nourriture et au chauffage pour se permettre des médicaments. Et ceux qui peuvent payer leurs médicaments sont exposés à des coûts figurant parmi les plus élevés de la plupart des pays avancés du monde. »

Une loi sur l'équité salariale, comme au Québec?

Enfin, le gouvernement veut mettre en place un régime d’équité salariale qui va toucher 1,2 million de salariés au pays. La nouvelle loi qui sera adoptée « s’inspirera des modèles de l’Ontario et du Québec, précise le budget, mais adoptera une approche novatrice afin de s’assurer qu’en moyenne les femmes et les hommes travaillant dans les secteurs assujettis à la réglementation fédérale reçoivent une rémunération égale pour un travail de valeur égale. Les premières estimations permettent de croire que cela pourrait réduire l’écart salarial entre les sexes d’environ 2,7 cents dans l’administration publique centrale [à 94,1 cents sur le dollar] et d’environ 2,6 cents dans le secteur privé fédéral [à 90,7 cents sur le dollar] ».

Sur les 29 pays de l’OCDE, le Canada est 15e en matière d’équité salariale. Pour chaque dollar gagné par un homme au pays, dans un emploi à temps plein, une femme va gagner 88 cents seulement en moyenne.

On peut ajouter que la Banque de l’infrastructure, qui a été mise en place en 2016, a pour objectif de développer des projets qui s’inspirent du REM déployé par la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Le Québec n’a pas nécessairement connu une croissance économique plus rapide que l’Ontario depuis 20 ans, étant donné le faible niveau de sa productivité. Le filet social explique peut-être le fait que les Québécois travaillent moins d’heures que leurs voisins, mais c’est un autre sujet. Il est clair, en retour, que ces mesures qu’Ottawa veut aujourd’hui copier et reproduire ont permis au Québec de figurer parmi les sociétés qui ont la meilleure qualité de vie, parmi les moins inégalitaires de la planète.

Gérald Fillion

Politique fédérale

Économie