•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Trump limoge son secrétaire d'État Rex Tillerson

Les explications de Frédéric Arnould
Radio-Canada

Le président américain Donald Trump a annoncé mardi le congédiement de son secrétaire d'État, Rex Tillerson. L'actuel directeur de la CIA, Mike Pompeo, est désigné pour le remplacer, tandis que Gina Haspel, directrice adjointe de l'agence de contre-espionnage, doit succéder à M. Pompeo. Ces deux nominations devront être approuvées par le Sénat.

La nouvelle du limogeage de M. Tillerson a été annoncée par le président américain sur Twitter, un peu avant 9 h.

« Mike Pompeo, directeur de la CIA, deviendra notre nouveau secrétaire d'État. Il fera un travail fantastique, a-t-il écrit. Merci à Rex Tillerson pour ses services. Gina Haspel deviendra la nouvelle directrice de la CIA et la première femme à le faire. Félicitations à tous. »

Dans des remarques livrées à des journalistes à l'extérieur de la Maison-Blanche dans les minutes qui ont suivi cette annonce, M. Trump n'a pas fait beaucoup de reproches à M. Tillerson, mais a tout de même admis qu'il avait eu certains différends avec lui, notamment au sujet de l'Iran.

Rex et moi parlions de ça depuis longtemps. Nous nous entendions bien, mais nous avions des désaccords. Quand vous regardez l'accord sur le nucléaire iranien... Je pensais qu'il était horrible, il pensait qu'il était OK. [...] Alors, nous ne pensions pas de la même manière.

Le président Donald Trump

M. Tillerson « sera beaucoup plus heureux maintenant », a-t-il aussi fait valoir.

Outre ces quelques commentaires sur M. Tillerson, le président Trump a surtout mis l'accent sur l'excellente relation de travail qu'il a développée avec M. Pompeo depuis qu'il a pris le pouvoir, il y a près de 14 mois. Il a aussi vanté son « énergie formidable » et sa « grande intelligence ».

Avec Mike... nous avons le même processus de réflexion. Je crois que ça va très bien aller.

Donald Trump

« Si cela se confirme, j'ai hâte de diriger le meilleur corps diplomatique au monde pour formuler et mettre en oeuvre la politique étrangère du président », affirme M. Pompeo dans une déclaration remise à la presse.

Tillerson n'était pas un courant, dit un adjoint... aussitôt limogé

Les affirmations du président Trump selon lesquelles il discutait « depuis longtemps » avec M. Tillerson de son départ ont été rapidement contredites par le sous-secrétaire d'État pour les affaires et la diplomatie publique, Steve Goldstein.

« Le secrétaire [Tillerson] n'a pas parlé avec le président ce matin et il ignore les raisons, mais il est reconnaissant d'avoir pu servir, et continue à penser que servir le public est une tâche noble qu'il ne faut pas regretter », a indiqué M. Goldstein, dans une déclaration transmise aux médias.

Le secrétaire avait la ferme intention de rester à son poste en raison des progrès tangibles faits sur des questions importantes de sécurité nationale. Ses collègues du département d'État et les autres ministres des Affaires étrangères du monde avec qui il a travaillé lui manqueront.

Steve Goldstein, sous-secrétaire d'État

Quelques heures après avoir publié cette déclaration, M. Goldstein a lui-même été congédié. « Ce fut l'honneur de ma vie. J'ai hâte de me reposer », a-t-il déclaré à l'AFP, après avoir confirmé son limogeage.

Selon l'Associated Press, plusieurs sources au sein de la Maison-Blanche démentent que M. Tillerson a été tenu dans le noir quant à son avenir. L'une d'elles affirme que le chef de cabinet de M. Trump, John Kelly, l'a notamment prévenu, vendredi et samedi, qu'il serait remplacé s'il ne démissionnait pas, et que son remplaçant avait déjà été identifié.

Le sous-secrétaire Goldstein avait annoncé lundi que M. Tillerson écourtait d'une journée une tournée africaine entreprise la semaine dernière en raison « des exigences de son travail » et pour des « rencontres en personne » à Washington.

La semaine dernière, M. Tillerson s'est retrouvé sur la sellette après avoir déclaré que les États-Unis étaient « encore loin de négociations » avec Pyongyang; quelques heures plus tard, M. Trump acceptait de rencontrer le leader nord-coréen Kim Jong-un.

Selon des sources à la Maison-Blanche citées notamment par le Washington Post et l'Associated Press, M. Trump aurait souhaité mettre une nouvelle équipe en place en vue de ces pourparlers inattendus avec M. Kim et pour des négociations commerciales.

Les relations entre MM. Trump et Tillerson n'ont jamais semblé être au beau fixe. L'automne dernier, le réseau NBC avait notamment affirmé que M. Tillerson avait traité M. Trump d'« idiot » au cours de l'été précédent, et qu'il avait dû être dissuadé de démissionner. M. Tillerson a nié avoir voulu démissionner, mais pas les propos qui lui avaient été attribués.

Le président avait aussi publiquement rabroué son secrétaire d'État en octobre pour avoir évoqué l'existence de canaux de communication visant à sonder les intentions de la Corée du Nord. « Il perd son temps à négocier », avait-il écrit sur Twitter. « Conserve ton énergie Rex, nous ferons ce que nous devons faire. »

Courte allocution de la part de Tillerson

La version officielle, pour le moment, est donc que le désormais ex-secrétaire d'État a appris la nouvelle de son licenciement par l'entremise de Twitter, comme tout le monde.

Ce n'est que trois heures plus tard, vers midi, que Rex Tillerson se serait entretenu avec le président des États-Unis au téléphone, alors que Donald Trump se dirigeait vers la Californie à bord de l'avion présidentiel, Air Force One.

Finalement, vers 14 h 30, M. Tillerson s'est présenté devant les médias pour une courte allocution. « Le plus important est d'assurer une transition ordonnée et en douceur dans une période où le pays continue de faire face à des défis politiques et de sécurité nationale importants », a-t-il lancé d'emblée.

L'air quelque peu déboussolé, il a affirmé qu’avant la fin de la journée de mardi, il allait déléguer toutes ses responsabilités à John J. Sullivan, secrétaire d'État adjoint, mais qu'il ne quitterait son poste que le 31 mars à minuit.

Rex Tillerson, qui dirigeait la pétrolière ExxonMobil avant d'être embauché par Donald Trump, s'est ensuite lancé dans une série de remerciements, de ses employés au département d'État jusqu'aux chefs d’état-major interarmées.

Seul absent, mais de taille, de ces remerciements : Donald Trump.

Sinon, M. Tillerson s'est vanté d'avoir « dépassé les attentes de presque tout le monde » sur la Corée du Nord. Il a dit qu'il restait encore beaucoup à faire pour stabiliser l'Irak, pour vaincre les militants islamistes du groupe armé État islamique, pour améliorer les relations avec la Russie et pour trouver une voie à suivre avec la Chine.

Il a terminé en affirmant que « rien n'est possible sans alliés et partenaires ».

Des réactions démocrates... et russes

Dans une déclaration à la presse, le président de la commission sénatoriale des Affaires étrangères, le républicain Bob Corker, a indiqué que le processus de confirmation de M. Pompeo devrait se mettre en branle en avril, et qu'il avait assuré le président que le tout serait expédié « le plus rapidement possible ».

Le président de la commission sénatoriale du renseignement, le républicain Richard Burr, a aussi indiqué que le processus de confirmation pour Mme Haspel s'effectuera « sans délai ».

La nomination de Mme Haspel, qui compte 30 ans de service au sein de la CIA, pourrait s'avérer controversée. Selon la presse américaine, elle a notamment dirigé au début des années 2000 une prison secrète de la CIA en Thaïlande, où des individus soupçonnés de terrorisme ont été soumis à de la torture. Elle a plus tard ordonné que ces preuves soient détruites.

« Mme Haspel doit expliquer la nature et l’étendue de son implication dans le programme d’interrogation de la CIA pendant son processus de confirmation », a par exemple commenté le sénateur républicain John Mcain, qui a lui-même été torturé pendant la guerre du Vietnam.

Le chef de la minorité démocrate au Sénat américain, Chuck Schumer, qui jouera aussi un rôle dans le processus de confirmation de M. Pompeo et Mme Haspel, n'a pas manqué l'occasion de critiquer le président.

« L'instabilité de cette administration dans à peu près tous les domaines affaiblit les États-Unis », a-t-il écrit sur Twitter. « S'il est confirmé [à la tête du département d'État], nous espérons que M. Pompeo va tourner la page et commencera à durcir nos politiques envers la Russie et Poutine. »

« Félicitations à mon ami et prochain secrétaire d'État Mike Pompeo! », a tweeté l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Nikki Haley. « Excellente décision du président », a-t-elle ajouté, sans un mot pour celui qui fut secrétaire d'État pendant plus d'un an.

À Moscou, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a accueilli cette décision avec une raillerie. « Personne n'a encore accusé la Russie d'être responsable des changements de poste à Washington? » a-t-elle commenté à l'AFP.

Larry Kudlow en bonne position pour remplacer Gary Cohn

M. Trump a par ailleurs indiqué, dans ses remarques aux journalistes, que l'économiste Larry Kudlow, aujourd'hui commentateur au réseau CNBC, est « fortement » considéré pour devenir son principal conseiller économique, un poste vacant en raison du départ de Gary Cohn.

Ce dernier a annoncé sa démission, la semaine dernière, après que le président Trump eut décidé d'aller de l'avant en imposant des tarifs douaniers aux importations d'acier et d'aluminium. Partisan du libre-échange, M. Cohn était opposé à ce type de politique protectionniste.

M. Kudlow, un conservateur qui a servi l'administration Reagan dans les années 80, a pourtant lui-même critiqué la décision de Donald Trump. Le président a lui-même reconnu mardi que M. Kudlow et lui « ne s'entendent pas sur tout », mais a dit être intéressé à avoir une « diversité d'opinions » à la Maison-Blanche.

Donald Trump, président des États-Unis
Avec les informations de Associated Press, Reuters, Washington Post, ABC News, CBS News, et Agence France-Presse

Politique américaine

International