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La Chine refuse d'être seule blâmée pour l'état du marché de l'acier et de l'aluminium

De l'acier en fusion
Un ouvrier dans une aciérie chinoise Photo: Reuters / Jianan Yu
Agence France-Presse

Accusée par le Canada de dumping dans la sidérurgie, la Chine a répondu mardi avoir « pris des mesures concrètes » pour réduire ses surcapacités et jugé que l'offre excédentaire mondiale était « un problème planétaire » qu'aucun pays ne résoudrait seul.

« En réalité, la Chine se montre extrêmement déterminée et a pris des mesures concrètes pour réduire ses capacités excédentaires dans l'acier », des efforts « qui lui ont coûté beaucoup », s'est insurgé mardi Lu Kang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a accusé lundi la Chine d'inonder le marché mondial avec sa surproduction d'aluminium et d'acier écoulée à des prix au rabais, provoquant ainsi une « concurrence déloyale » pour les sidérurgistes nord-américains.

« J'ai dit aux Américains que je suis prêt à étudier avec eux les moyens d'en faire davantage » pour contrer ce « dumping », a souligné M. Trudeau lors de la visite d'une aluminerie de Rio Tinto au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Ces critiques interviennent peu après la décision des États-Unis d'imposer de lourds droits de douane sur l'acier et d'aluminium, dont le Canada, premier fournisseur d'acier et d'aluminium des États-Unis, a été temporairement exempté.

Donald Trump a formalisé le 8 mars sa décision d'imposer des taxes à l'importation de 25 % sur l'acier et de 10 % sur l'aluminium. Elles doivent entrer en vigueur d'ici une dizaine de jours.

La Chine ploie sous de colossales surcapacités

La Chine, premier pays producteur mondial d'acier et d'aluminium, se débat avec de colossales surcapacités sidérurgiques et un gonflement continu de son offre, bien qu'elle vante ses efforts de rééquilibrage.

La Chine produit environ la moitié de l'acier mondial, soit 49,2 % en 2017, selon la World Steel Association, la fédération internationale du secteur, même si elle ne fournit qu'environ 2 % de l'acier importé par les États-Unis.

Les aciéries chinoises, pour l'essentiel des groupes étatiques endettés et minés par le ralentissement économique, ploient sous de colossales surcapacités : selon la World Steel Association, la production d'acier y a encore gonflé de 5,7 % l'an dernier, passant à 831,7 millions de tonnes.

Les États-Unis et l'Union européenne fustigent volontiers la surproduction chinoise d'acier, qui a fortement déprimé les cours mondiaux ces dernières années, et ils dénoncent les subventions publiques octroyées à ce secteur en Chine.

Cette dernière reconnaît le problème, mais souligne « ses mesures concrètes » pour s'y attaquer : elle assure avoir réduit l'an dernier de plus de 50 millions de tonnes ses capacités de production.

Face aux pressions occidentales, la Chine s'était engagée à sabrer ses capacités dans l'acier – qui dépassaient 1,1 milliard de tonnes en 2016 – de 150 millions de tonnes entre 2016 et 2020, objectif qui pourrait être atteint dès cette année.

Ces réductions ont été renforcées dans le cadre d'une vaste campagne contre la pollution, tandis que, parallèlement, la consommation intérieure d'acier connaissait un net sursaut.

Dans ce contexte, les exportations chinoises d'acier ont chuté de 30,5 % l'an dernier, à 75,4 millions de tonnes, selon les douanes chinoises. Elles ont encore plongé de 27 % sur un an sur les deux premiers mois de l'année.

Mais le contexte général n'a guère évolué, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) : « Certains gouvernements continuent de subventionner [...] la sidérurgie, exacerbant les déséquilibres entre offre et demande », a-t-elle déploré la semaine dernière, sans citer de pays.

Un camion se faufile entre des rouleaux d'acierLocaux de la China Steel Corporation Photo : Reuters / Tyrone Siu

Le boom de l’aluminium se poursuit

La Chine est également fustigée pour ses fortes surcapacités dans l'aluminium – utilisé aussi bien dans l'industrie automobile et aéronautique que pour les canettes de sodas. Le géant asiatique représente à lui seul plus de la moitié de l'offre mondiale.

Pékin a certes exhorté les fonderies de 28 grandes villes du nord de la Chine d'abaisser de 30 % leur production d'aluminium entre novembre et mars, dans un souci de réduire la pollution atmosphérique hivernale.

Mais d'autres nouveaux sites de production continuent d'ouvrir dans ce pays, augmentant encore davantage ses capacités déjà largement excédentaires.

Les exportations d'aluminium de la Chine pour les deux mois de janvier et février ont bondi de 26 % sur un an, à 817 000 tonnes, selon les douanes chinoises.

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