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Un caillou nommé Doug Ford

Le nouveau chef du Parti progressiste-conservateur ontarien, Doug Ford.
Impossible de savoir, pour l'instant, si l'élection de Doug Ford à la tête des progressistes-conservateurs ontariens nuira ou profitera au premier ministre fédéral. Photo: La Presse canadienne / Chris Young
Radio-Canada

Si, après avoir pris la tête du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario, Doug Ford parvient à remporter les élections du 7 juin, Justin Trudeau fera face à un premier ministre provincial déterminé à lui mettre des bâtons dans les roues à plusieurs égards. Mais son arrivée dans le paysage politique du pays n'est pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour les libéraux fédéraux en vue des prochaines élections.

Une analyse de Fannie Olivier

Depuis son élection en 2015, Justin Trudeau peut compter sur une alliée indéfectible : la première ministre de l’Ontario, la libérale Kathleen Wynne. Les deux se font l’accolade devant les caméras, se soutiennent mutuellement, partagent une même vision du Canada.

Mais il pourrait bien perdre cette amie à Queen’s Park le 7 juin, quand les Ontariens iront aux urnes pour élire leur futur premier ministre. À en croire les sondages, les conservateurs l’emporteront haut la main.

Si c’est le cas, Justin Trudeau aura devant lui Doug Ford – personnage complètement à ses antipodes – associé au conservatisme social et au populisme, qui a fait sa campagne contre ceux qu’il appelle « les élites ».

Les deux hommes ont eu par le passé des mots durs l’un envers l’autre. Doug Ford a accusé Justin Trudeau d’être un professeur d’art dramatique à temps partiel pas du tout qualifié pour être premier ministre, alors que Justin Trudeau, critiquant la proximité de Stephen Harper avec les frères Ford aux dernières élections, se disait préoccupé par leur « misogynie ».

Ce fossé entre eux pourrait s’exprimer concrètement, advenant une victoire de Doug Ford en Ontario, et créer des étincelles. Le nouveau chef des conservateurs ontariens a promis en campagne de se débarrasser de « la taxe carbone » en retirant la province du marché du carbone qu’il partage désormais avec le Québec et la Californie.

Ottawa garde le cap

Or, le gouvernement Trudeau ne l’entend pas de cette oreille, et il s’est engagé à imposer sa propre façon de faire à toute province qui refuserait de fixer un prix sur le carbone au moyen d’une taxe ou d’une bourse.

Un bras de fer se prépare, car personne n’a l’intention de lâcher le morceau. Et la lutte s’annonce particulièrement ardue pour Ottawa si d’autres premiers ministres provinciaux adoptent la même position que Doug Ford. Déjà, Scott Moe, de la Saskatchewan, rejette le plan fédéral. Et si, au printemps 2019 en Alberta, la néo-démocrate Rachel Notley perdait aux mains du conservateur Jason Kenney – farouchement opposé lui aussi au cadre pancanadien sur le climat – Justin Trudeau aurait contre lui trois provinces prêtes à en découdre sur l’un de ses engagements phares.

Doug Ford ne risque pas d’être plus doux sur d’autres aspects du programme libéral. On imagine mal comment il accepterait de collaborer à un éventuel régime national d’assurance médicaments, avec lequel jongle Ottawa, ou financer davantage les réseaux de garderies, alors qu’il est partisan d’un État aussi peu interventionniste que possible.

Et si, au Québec, cet automne, Philippe Couillard était battu par François Legault, Justin Trudeau perdrait un autre allié. Il risque de se sentir beaucoup moins à l’aise dans ses prochaines rencontres avec le Conseil de la fédération…

Pourtant, dans les rangs libéraux, on ne s’alarme pas de la possible élection de Doug Ford. On affirme qu’on collaborera avec la province, peu importe qui sera élu, et que des terrains d’entente sont toujours possibles. Mais surtout, on n’écarte pas la possibilité que Doug Ford, s’il persiste avec des déclarations fracassantes et des gestes controversés, altère la marque conservatrice et nuise par ricochet au chef conservateur du Canada, Andrew Scheer.

Même chez les conservateurs fédéraux, on admet que les commentaires d’Andrew Scheer sur les faits et gestes de Doug Ford risquent d’être souvent sollicités, compte tenu de l’attention médiatique qu’il génère.

Mais avant de sauter aux conclusions, tant les conservateurs que les libéraux observeront de près si le ton de Doug Ford s'adoucira maintenant qu’il ne cherche plus à briguer l’investiture de son parti, mais bien à devenir premier ministre. La route vers le scrutin fédéral de 2019 est encore longue.

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